Danse
« Monument 0 : Hanté par la guerre (1913-2013) », la danse macabre d’Eszter Salamon

« Monument 0 : Hanté par la guerre (1913-2013) », la danse macabre d’Eszter Salamon

30 janvier 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Prenez la sensation d’une hallucination, placez là aux racines africaines de l’humanité, remontez votre esthétique jusqu’aux églises romanes où dansaient les cadavres sur les parois. Voici ce que peu ou prou vous trouverez dans cet objet, qui plus il se digère, plus il apparaît génial, nommé « Hanté par la guerre (1913-2013) » et chorégraphié par Eszter Salamon.

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Un chant vient assassiner le silence. Il n’est pas très fort, mais il est limpide, chant de douleur dans une langue que l’on ne connait pas. Il n’est nullement besoin de comprendre pour ressentir. La sensation est déjà là. Elle est une radicalité, un chemin vers l’expérience. Bientôt apparaîtront en solo avant de constituer un groupe, des corps comme peints. Les académiques noirs et blancs donnent l’illusion d’être face à un rite ancestral vaudou.

Doucement, avec la voix et le souffle comme seuls appuis rythmiques, Boglárka Börcsök, Ligia Lewis, João Martins, Yvon Nana-Kouala, Luis Rodriguez et Corey Scott-Gilbert vont offrir une danse à la physicalité implacable. Les corps sont comme hantés par les fantômes de l’histoire. Dans un geste qui puise dans la danse africaine et dans le hip-hop, les postures en seconde font la part belle à une attirance vers le bas. Les pas tapent comme les bâtons de combats ou de vieillesse dont ils s’emparent.

La leur est ancrée dans l’esprit humain semble nous dire ces interprètes qui dansent jusqu’à s’épuiser. Masquer et habiller par la styliste Vava Dudu, célèbre notamment pour ses étuis péniens. 1913-2013 est le cadre donné à ce spectacle. Il y a deux ans, les mêmes jalons nous donnaient à voir l’histoire de la naissance de la danse contemporaine en refaisant vivre le Sacre du Printemps dans sa version quasi originale. La réalisation était de Dominique Brun. Le parallèle est évident. Le siècle vu comme celui de la guerre industrielle a eu son versant artistique. Ici, cela est frappant. La danse est géniale en même temps que le fil tendu est raide. La souplesse et la puissance des corps s’opposent aux visages masqués et spectaculaires des danseurs.

Il ne faudrait pas croire pour autant que Hanté par la guerre (1913-2013) serait le Sacre de la guerre. Non. Il est un lieu de mémoire, un endroit qui ne se situe pas géographiquement mais qui est le support à nos commémorations personnelles. Dans Dance for nothing, la chorégraphe et plasticienne interrogeait les origines de la danse, ici, elle se colle, et a assez de talent pour y parvenir, à la banalité du mal jusqu’à interroger la place de ceux que l’on nomme les « anciens combattants », marqués toute leur vie par le sceau des batailles ici revenus d’outre-tombe.

Le spectacle est repris du 15 au 22 au Festival d’Avignon dans la Cour du Lycée Saint Joseph !

Visuels : ©Ursula Kaufmann


Au Festival d’Avignon : du 15 au 22 juillet, Cour du Lycée Saint Joseph.

Infos pratiques

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Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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