Théâtre
Un Petit Eyolf sur terrain vague par la Compagnie Elk

Un Petit Eyolf sur terrain vague par la Compagnie Elk

30 mai 2013 | PAR Christophe Candoni

Dans le cadre du festival Impatience 2013, on découvre, au 104, le beau travail de la Compagnie Elk déjà présenté à Arras et à Vanves autour de Petit Eyolf du dramaturge norvégien Enrick Ibsen, une pièce déchirante sur la douleur de la perte. Jonathan Châtel a retraduit et adapté la pièce. Il en signe pour sa première mise en scène une version sobre, délicate et d’une grande justesse.

Revisité par les plus grands metteurs en scène, le théâtre d’Ibsen questionne et passionne car il a cette force de creuser au plus profond des troubles, des sentiments, des contradictions des personnages qu’il met en scène. Ceux du Petit Eyolf sont à la fois touchants et repoussants, perdus et énigmatiques. Allmers est un homme de lettres aussi dévoué que lâche lorsqu’il décide de renoncer à écrire le livre sur la « responsabilité humaine » qui aurait pu être l’œuvre de sa vie pour se consacrer à l’existence difficile du petit Eyolf, son jeune enfant handicapé. Rita est aussi déroutante dans son désir d’une relation amoureuse exclusive alors qu’elle sent que son mari lui échappe. Lorsque l’enfant meurt accidentellement au cours d’une noyade, tout leurs projets basculent et s’écroulent.

La scène est un espace sombre et resserré, traversé non pas d’une dune de sable comme on aurait pu s’y attendre pour figurer la plage où va bientôt disparaître le personnage éponyme mais d’un monticule de terre (celle d’un cimetière ?) et de quelques gravats épars sur lesquels les comédiens se tiennent, à distance, en équilibre jusqu’à ne plus pouvoir, s’étreignent ou se violentent, combatifs mais fragiles. Superbe dans sa nudité et magnifiquement éclairé, le lieu est comme envahi par la mort qui prend prise sur la vie devenue impossible à vivre (très belle image de la mère qui s’enterre le visage pour hurler sa douleur).

La pièce rigoureusement dégraissée trouve encore plus de force. En choisissant de ne pas faire intervenir l’enfant sur scène comme c’est le cas dans le texte original, le metteur en scène axe sa vision sur l’absence et le couple instable formé par Pauline Lorillard (déjà vue sous la direction de Guillaume Vincent ou Laurent Gutmann) et Vladislav Galard (découvert chez Sylvain Creuzevault et le duo Achache / Candel) tout en délicatesse et en complexité. Ces deux comédiens sont fortement émouvants, sans donner dans le sentimentalisme, comme le reste de la distribution. Ce qui caractérise la belle manière dont ils ont été dirigés est le mystère avec lequel ils sont sur l’instant. Tout à l’air d’une simplicité inouïe et recèle une épaisse étrangeté, une confusion qui ne se livre pas comme cela. Par la musicalité de leur voix, leurs silhouettes finement expressives, les interprètes portent l’émotion juste au cœur d’un spectacle simple, doux et fort.

photo Bernard Coutant

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