Opéra

Un Pré aux Clercs enjoué à l’Opéra Comique

Un Pré aux Clercs enjoué à l’Opéra Comique

27 mars 2015 | PAR Elodie Martinez

L’Opéra Comique ressort de ses méandres Le Pré aux Clercs, l’un de ses opéras peu joués, presque oublié depuis une vingtaine d’année, rappelant Zampa que Jérôme Deschamps avait ramené à la vie au début de son mandat. Il s’agit d’un opéra en trois actes de Ferdinand Hérold sur un livret d’Eugène de Planard, le tout inspiré du roman de Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX. Créé en 1832, il connut plus de 1600 représentations jusqu’en 1949. Pourquoi son succès déclina-t-il ensuite ? La version proposée aujourd’hui et mise en scène par Éric Ruf nous le fait demander !

L’ouverture donne tout de suite le ton : superbe, dynamique, vivante, faisant taper le rythme du pied à plus d’un spectateur. Nous n’allons pas pleurer ce soir, c’est certain, et une entrée musicale si tonitruante réveille quiconque a pu arriver fatigué, assurant de notre plein éveil et donc de toute notre attention. Nous plongeons alors dans une comédie qui rappelle assez aisément celles de Molière, avec une foule de personnages défilant tout au long de l’œuvre : Marguerite de Valois, (Marie Lenormand), Isabelle de Montal (Marie-Eve Munger), Nicette (Jaël Azzaretti) le Baron de Mergy (Michael Spyres), le Marquis de Comminge (Emiliano Gonzalez Toro), le très amusant Cantarelli (Eric Huchet), Girot (Christian Helmer), ainsi que des rôles secondaires pris en charge par des solistes d’Accentus comme un brigadier (Olivier Déjean), l’exempt du guet (Grégoire Fohet-Duminil) et des archets (Thomas Roullon et Jean-Christophe Jacques). Malgré le nombre, on ne se perd pas une seconde dans cette intrigue qui, malgré sa gravité latente, ne tourne jamais au drame.

Le rideau s’ouvre sur un décor assez simple : plusieurs arbres sont disposés sur la scène, rappelant une cours extérieure. Apparaissent ensuite le chœur, dont la diction est plus qu’appréciable, et les deux premiers personnages qui ne seront, paradoxalement, que des personnages secondaires mais qui permettront à l’intrigue de se dérouler sans accro (ou presque) : Nicette et Girot, chantant la joie de se marier très prochainement. Le baryton Christian Helmer (aux airs de jeune acteur américain) se détache dès les premières notes par sa voix d’une clarté et d’une profondeur absolument prodigieuses. Un nom à retenir s’il ne se rappelle pas à vous de lui-même !

Surgit alors le baron de Mergy, interprété par l’américain Michael Spyres. Impossible de passer à côté de son accent, mais les efforts qu’il produit pour se faire comprendre dans les parties parlées sont payants, tout particulièrement dans les deux premiers actes (la fatigue du troisième acte rend alors sa diction moins facile). L’accent disparait totalement dans les parties chantées et l’on aimerait que certains chanteurs français soient aussi compréhensibles !
La mezzo-soprano Marie Lenormand nous présente une reine Marguerite complexe, davantage prisonnière de son frère qu’invitée, seule, mais aussi intrigante pour le bien d’autrui, et sa prestation vocale sert son personnage avec beaucoup d’intelligence.

Léger bémol cependant concernant Marie-Eve Munger dont le vibrato omniprésent interroge quelque peu. Il est vrai que la partition est difficile, mais ce qui au départ peut être touchant pour ce personnage fragile finit par poser la question de la solidité de la voix. Rien d’insupportable, bien sûr, et les graves sont étonnamment à l’aise pour une soprano qui parvient à abandonner ce vibrato dans les notes les plus aigües. Le trio uni dans l’air de l’acte II « Venez à mon secours » est un excellent moment !

La mise en scène est quant à elle relativement simple pour servir au mieux l’intrigue. Avouons-le : cela fait un bien fou de revoir des costumes d’époque et un décor qui n’a rien d’un appartement ou d’un studio actuel ! Si l’Opéra Comique renoue avec ses racines, la mise en scène fait de même dans la gaieté de couleurs multiples et de sublimes costumes ! Le passage de l’acte I à II est d’ailleurs un moment poétique d’une grande douceur qui s’intègre parfaitement dans l’ensemble pourtant très dynamique. Le début de l’acte III permet d’intégrer un passage dansé très divertissant et plaisant !

L’Opéra Comique renoue donc ici avec beaucoup sa nature profonde dans une comédie sentimentale qui finit bien malgré un moment de réel doute suite au duel final (en coulisses, respectons les bienséances) sur un fond historique qui nous parle. Quelques longueurs dans la partitions ne gâchent en rien cette joyeuse soirée où le plaisir et l’amusement sont les maîtres mots, Arlequin n’étant jamais bien loin…


© Pierre-Grobois

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

2 réflexions au sujet de « Un Pré aux Clercs enjoué à l’Opéra Comique »

Commentaire(s)

  • Ferrero-Lesur

    A la réception du nouveau catalogue ( N°17 )de l’Opéra Comique, je suis à la fois intéressé et agacé, car sa présentation, très luxueuse, ne donne aucune indication sur les décors ou les costumes des œuvres à voir, et ce ne sont pas les illustrations fantaisistes qui peuvent en donner une idée.
    Tout le monde n’est pas fanatique des mises en scène modernes, où les personnages d’époque sont veston-polo quand ils ne sont pas en jogging…
    C’est pourquoi j’aurais aimé voir à quoi ressemblerait la mise en scène, quelques photos ou des croquis.
    Vous comprendrez que l’on puisse souhaiter savoir à quoi s’attendre, avant d’envoyer un chèque de près de 200€.
    Je vous serais reconnaissant de m’indiquer si il est, ou quand il sera possible de se faire une idée.
    Si non, vous pouvez au moins m’indiquer si la mise en scène ou les décors d’Eric Ruff, sont dans le même genre de ce qui a été fait avec le Pré aux clercs.
    Meilleures salutations,
    Pierre Ferrero-Lesur

    septembre 20, 2016 at 19 h 20 min
    • Bonjour Monsieur,

      Je vous remercie avant tout de votre intérêt pour cet article.
      L’Opéra Comique présentait sa saison au public le 17 septembre, lors des Journées du Patrimoine. Cela aurait été l’occasion pour vous de vous faire une idée (je l’évoquais à la fin de l’article sur la nouvelle saison : https://toutelaculture.com/spectacles/opera/lopera-comique-devoile-sa-programmation-2017/). Je n’ai malheureusement pas pu m’y rendre, n’étant pas de Paris, mais le programme évoquant diverses présentations, notamment de certains futurs opéras et de leurs décors ou costumes.
      Cependant, le site de Toute la culture ne travaille pas pour l’Opéra Comique et j’ai reçu le même programme que vous ; je n’ai donc pas plus d’informations. C’est pourquoi je vous invite à contacter directement l’opéra qui pourra certainement vous renseigner à ce sujet. Je vous rejoins par ailleurs sur les mises en scène modernes qui donnent souvent l’impression d’un travail « low cost » du metteur en scène (mais qui ne revient pas pour autant moins cher au public).
      Bien cordialement,
      Elodie Martinez

      septembre 24, 2016 at 13 h 12 min

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