Théâtre
Stanislas Nordey au TNS : nomination de référence

Stanislas Nordey au TNS : nomination de référence

20 juin 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Pour diriger le seul théâtre national français de province, et son école prestigieuse et vénérable, Aurélie Filippetti vient de proposer Stanislas Nordey, metteur en scène exigeant et en recherche constante, découvreur de textes contemporains pointus et de paroles brûlantes et sociales, qu’il aime également à prendre en charge lui-même, en tant que comédien. Sans oublier dix années d’enseignement prodiguées à Rennes… Du goût pour le travail, en tout cas. Qu’il va devoir transmettre à une nouvelle génération d’élèves d’art dramatique. Qui dit mieux ?

Nordey livreOn l’a beaucoup vu, Stanislas Nordey. En 2010, jeune apprenti comédien, la vingtaine sonnante, il a fallu qu’on s’intéresse à ce metteur en scène bien établi, sorti du Conservatoire de Paris en 1991, et signataire de… on ne savait pas trop comment en faire le compte, de ses nombreux spectacles. D’abord, Les Justes, à la Colline. Oh, pas facile. Exigeant. De la parole, beaucoup beaucoup de parole. Un quatrième acte stimulant, dans lequel on a découvert un comédien puissant et décalé, Laurent Sauvage… Puis Se trouver, de Luigi Pirandello, en 2012 dans le même lieu. Hum, là on voyait mieux… on l’apercevait, ce texte qui courait d’interprète en interprète… Sept ou huit personnes face à nous, sans bouger… Et une incarnation donnée aux mots. Et puis… ah, 2013, Tristesse animal noir ! oui ! du grand, du beau théâtre ! Comment voulez-vous mettre des effets grandioses dans une histoire de forêt qui brûle ? un texte incandescent – signé Anja Hilling – suffit. Comment figurer des flammes dévorantes ? avec de petites lampes disposées par centaines au sol ! Comment transporter, étonner, émouvoir, avec juste des mots de dramaturges ? vraiment que ça ?… Alors là… Et puis, le frisson nous traversa encore à nouveau l’été dernier, au cours des trois heures quarante de Par les villages, monté lors du Festival d’Avignon, dont Nordey était artiste associé. On retrouvait Laurent Sauvage, cette matière textuelle qui vole et frappe en plein cœur, et cette non-nécessité de figurer… Entretemps, on avait vu et aimé Nordey acteur dans Clôture de l’amour, ou dans Ciels… Nordey lecteur, en particulier des œuvres de Frédéric Vossier, à Théâtre Ouvert, maison dont il est un familier… Et on avait particulièrement goûté un petit chef-d’œuvre dirigé par lui, Sodome ma douce, incarné par la seule – et regrettée depuis – Valérie Lang

En 2010, Nordey avait 44 ans. Auparavant, il s’était fait révéler en faisant résonner, avec le concours de sourds-muets, les mots d’Hervé Guibert (Vole mon dragon, en 1994), avait créé des œuvres d’ Armando Llamas, de Jean Genet, de Didier-Georges Gabily, Jean-Luc Lagarce… Fait découvrir en France Werner Schwab et Falk Richter… Sans cesser d’être fidèle à Pier Paolo Pasolini (jetez un œil au programme de la prochaine saison de la Colline). Et il avait en charge sa quatrième promotion de l’Ecole du Théâtre National de Bretagne de Rennes (Lazare ou Thomas Jolly, pour ne citer que les plus connus, furent ses élèves).

Aujourd’hui, il est nommé directeur du Théâtre National de Strasbourg. Le lieu, à la sensibilité socialiste marquée, et ce depuis longtemps, se conforme idéalement à ses convictions politiques (on rappelle qu’il s’engagea en 1996 aux côtés des sans-papiers de l’église Saint-Bernard). En fera-t-il une ruche aux portes grandes ouvertes, aux artistes comme au public, comme il le tenta de 97 à 2001 avec le Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis ? cette fois-ci, on peut prévoir que, chauffé par cette expérience qui se solda par un gros déficit, il ne se laissera pas déborder… L’ouverture sur l’Europe sera parfaite, pour lui qui ne jure que par les textes contemporains internationaux… Hum, on le verra bien moins à l’affiche comme comédien… Et les élèves de l’école du TNS ? certains, déjà entrés, seront peut-être rétifs à ses principes de mise en scène. Les autres recevront, au-delà des techniques, un enseignement précieux : le goût du travail. Qui lui permet de monter ou jouer près de quatre spectacles par saison (découvrez-les plus en détails dans Stanislas Nordey, locataire de la parole, de Frédéric Vossier, publié aux Solitaires Intempestifs). Qui, associé à une curiosité démesurée, fait de lui une référence, encore bien actuelle, pour la jeune génération d’artistes dramatiques.

Visuel: couverture de Stanislas Nordey, locataire de la parole, de Frédéric Vossier

Visuel Une: Stanislas Nordey dans Par les villages

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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