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Le silence et les angoisses de Falk Richter à la MC93

Le silence et les angoisses de Falk Richter à la MC93

26 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

A la MC93, Falk Richter se livre sur son passé et ses traumatismes familiaux par l’intermédiaire de son double scénique, Stanislas Nordey. Un spectacle beau et touchant qui finit malheureusement par se perdre.

Falk Richter et son double 

The Silence, du célèbre metteur en scène et dramaturge allemand Falk Richter, s’ouvre sur l’histoire de sa mère. Seul sur la scène, Stanislas Nordey incarne le dramaturge et entame un long monologue qui semble s’écrire au moment même où il se joue. En vidéo derrière lui, des conversations parfois difficiles entre le vrai Falk Richter et sa mère sont projetées. 

On comprend vite que ce texte est un exorcisme pour Falk Richter, une façon de confronter ses traumatismes et les silences de sa vie par l’écriture et le théâtre. Il dresse le portrait d’une famille brisée par la guerre, avec des enfants sans aucune place pour grandir entre un père détruit par l’armée et une mère dans le déni. Une incompréhension règne face au silence des parents, un silence que le père a gardé jusqu’à sa mort.

Il est aussi question de l’homosexualité de Falk, violemment rejetée par son père et sa mère. Le jeu qui se dessine sur scène entre la fiction et la réalité fonctionne très bien, d’autant plus avec la distance de la langue, entre le texte en français dit par Nordey (traduit par Anne Monfort) et l’allemand parlé à l’écran par Richter. 

La prison de la mémoire

Le texte est par moments très puissant, habile dans sa façon d’évoquer le passé et de se demander si tout souvenir n’est pas finalement une fiction. Par l’intimité de Falk Richter, on se rappelle que l’histoire que l’on s’écrit pour soi-même est toujours en partie imaginée, avec des éléments réarrangés et d’autres oubliés. Si la mère de Falk est dans le déni et l’oubli, lui au contraire ressent trop et traîne dans son corps les traumatismes de ses deux parents.

La scénographie est assez classique, avec cet îlot surmonté de néons représentant le jardin de la maison de Falk Richter. Le travail sonore est particulièrement réussi, avec des tonalités rappelant les parties instrumentales du début des Cure. Robert Smith apparaît d’ailleurs à l’écran dans un superbe montage sur fond de « Never Let Me Down Again » de Depeche Mode. C’est d’ailleurs à ce moment, après un beau passage sur le fait que le temps n’est pas linéaire pour la mémoire, que le spectacle change malheureusement de ton. 

Une redescente pénible 

Après cette première longue partie intitulée « Autoportrait », le spectacle en entame deux autres plus courtes, « Autofiction » et « Fiction ». Là, Falk Richter invente des scènes ou en réécrit, un premier amour qui revient, un couple ne parvenant pas à communiquer et un passage sur la pandémie de COVID. L’écriture de ces parties est visiblement appauvrie par rapport au reste et ce malgré la très bonne performance de Nordey. Tout semble assez cliché et on a l’impression d’avoir perdu le dramaturge en route, de ne plus avoir cette tension entre fiction et réalité qui fonctionnait pourtant si bien. 

Le dernier passage appelé « Fiction », sur l’environnement et l’écologie, s’incruste bizarrement dans le spectacle même si on peut en comprendre l’origine. A quoi bon parler de son histoire familiale quand la planète s’approche de sa fin ? Cependant, malgré ce dernier tiers de spectacle en demi-teinte, The Silence reste une exploration touchante des souvenirs, de la famille, et de la fictionnalisation que l’on opère tous avec son histoire. 

Informations pratiques :

À la MC93 jusqu’au 6 novembre, pour plus d’informations cliquez ici

En tournée à la MC2 de Grenoble et à la Maison de la Culture d’Amiens pour la saison 23-24. 

Visuels : ©Jean-Louis Fernandez

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Adam Defalvard

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