Théâtre

Ciels de Wajdi Mouawad

19 mars 2010 | PAR Claire Linda

Chaque pièce de l’auteur, metteur en scène Wajdi Mouawad est un événement. Le théâtre de l’Odéon accueille jusqu’au 10 avril 2010, Ciels, une pièce présentée pour la première fois au festival d’Avignon 2009. « Peut-être que la plus grande qualité d’écriture de Wajdi Mouawad c’est cet amour fou du théâtre qu’il pratique en tant qu’acteur, auteur, metteur en scène, et cette attention extraordinaire qu’il a à raconter des histoires et à raconter des histoires qui sont parfois folles qui sont toutes nées de sa grande fréquentation avec Sophocle et les classiques grecs. » Stanislas Nordey


L’histoire…

Enfermés de leur propre gré dans un lieu sous haute protection, cinq spécialistes travaillent, depuis 8 mois. Ils écoutent des conversations téléphoniques codées et tentent de les comprendre. Un attentat terroriste se prépare, la date est connue : le 25 mars. Ils restent trois mois pour le déjouer, mais avant ils doivent déchiffrer une énigme capitale laissée en testament sur un ordinateur super sécurisé, par le cryptographe Valery Masson (Gabriel Arcant). Valery désigne un certain Clément Szymanowski (Stanislas Nordey), seul capable de reprendre en main la complexité de ses travaux. Par amitié pour Valery, Clément rejoint le lieu isolé de l’équipe d’espionnage et se met au travail.

Ciels , tout en étant le contrepoint de la trilogie, Le Sang des Promesses, revient sur le thème de l’origine en le déliant de toute référence territorialisée pour l’envisager dans un espace clos. Les pièces, Littoral, Incendies, Forêts, tentaient de piéger la question de l’identité dans les méandres d’une mémoire familiale, il y était question de remontée généalogique, de retour vers un pays ou une mémoire perdus, de nécessité de renouer un lien de filiation et d’héritage. Dans la pièce Ciels, le conflit entre les générations est aussi présent mais ici, il est question d’avenir. Ciels nous convoque dans une autre temporalité : « Le temps des revendications est passé, voici le temps hoquetant », dit le magistral poème d’ouverture. Il ne s’agit plus de combattre les fantômes du passé mais de regarder en face les « démons » d’aujourd’hui. La quête, l’exil, le mouvement pour la construction laisse la place à un lieu anonyme et clos où toute vie meurt. Un lieu hanté de voix qui viennent du dehors, mais appartiennent à un présent technologique et cinq personnages qui tentent de lire et de déchiffrer ces paroles, ces voix qu’ils écoutent sans comprendre. Ces voix s’avèrent être les voix de trentenaire, la voix des « fils des pères ».

Ne révélons pas plus ici le dénouement d’une histoire fleuve saturée de références, empreinte de poésie et de grandes envolées lyriques.

Dans Ciels il est question …
D’art, et de poésie, de littérature, du qu’est ce que la beauté ? Qu’est ce qui est beau pour nous aujourd’hui après avoir traversé les guerres, les massacres, le choc des images les bombardements (suite auxquels les lettres tombent en pluie silencieuse dans le vide).
Le public est invité à vivre une expérience émotionnelle grâce à un dispositif scénique quasi cinématographique, obligés de se retourner continuellement pour suivre l’action, les spectateurs sont amenés par ce mouvement à entrer dans la représentation ou, comme le suggère Wajdi Mouawad, « à faire corps » avec la fiction. Dès le début de la pièce ils sont désignés comme les statues du jardin.
Mais le message de l’auteur passe malheureusement difficilement, tant le spectateur est tenu à distance et maintenu dans un inconfort physique.

Dans Ciels il est aussi question…
D’une lecture terroriste de l’annonciation de Tintoret, de la valeur de l’Art, de la poésie, du rêve collectif, de l’obéissance et de la jouissance à la désobéissance, de l’amitié ou la constitution d’un être ensemble non conflictuel, du côtoiement de la naissance et de la mort.

Malgré l’inconfort des sièges et la fin déconcertante, malgré la lenteur assumée dans l’orchestration du décor, Wajdi Mouawad propose un plaidoyer pour l’invention d’une nouvelle humanité, une pièce déroutante, généreuse, ambitieuse, mystique, où l’art et la poésie, tiennent une place centrale.

Ni pour, ni contre, l’expérience est à vivre !

Ciels Texte et Mise en scène de Wajdi Mouawad
11 mars au 10 avril 2010 aux Ateliers Berthier 17e
avec John Arnold, Georges Bigot, Valérie Blanchon, Olivier Constant, Stanislas Nordey (remplacé par Emmanuel Schwartz les 18 et 19 mars), et en vidéo Gabriel Arcand, Victor Desjardins, et la voix de Bertrand Cantat

Renseignements ici


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Claire Linda

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