Politique culturelle

L’Alsace fête  « 70 ans de décentralisation théâtrale » : trois jours de création

L’Alsace fête « 70 ans de décentralisation théâtrale » : trois jours de création

23 septembre 2017 | PAR La Rédaction

Du 28 au 30 septembre, la région Grand Est célèbrera « 70 ans de décentralisation théâtrale » à Colmar. Un festival organisé par la Comédie de l’Est, précurseur des Centres dramatiques nationaux : un week-end d’ode à la création et à la démocratisation théâtrales. Huit spectacles seront joués. Précisions avec Guy-Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est.

Par Sophie Allemand

En 1947, le Centre dramatique de l’Est devient le premier Centre dramatique national et s’installe à Colmar. 70 ans plus tard, huit théâtres publics se réunissent pour célébrer cet anniversaire. La décentralisation de l’art théâtral, ce sont tous ces théâtres publics créés après la guerre dans toutes les régions. Une création des pouvoirs publics pour reconstruire la culture française dans des territoires détruits. Ce processus a permis un maillage du territoire national, faisant naitre 38 Centres dramatiques nationaux en France, dont un à La Réunion. Cet anniversaire se souhaitera en trois mots : passé, présent, futur ; via une exposition, huit pièces et une table ronde.

En passant du statut d’établissement régional à celui de national, un théâtre est labellisé : il y gagne financièrement mais aussi en légitimité. Le but aujourd’hui est de « revenir vers des idéaux fondateurs et de s’en souvenir. Comprendre d’où on vient pour comprendre où on va », explique Guy-Pierre Couleau.

« Un événement contemporain, mais passéiste »

Durant trois jours, les regards seront surtout tournés vers le présent. Huit spectacles seront présentés, sous des formes légères. Presque des performances, mettant en scène des marionettes, un DJ, une écriture contemporaine ou encore du théâtre de texte en solitaire sur du Koltès. Le but est de faire appel à la créativité d’aujourd’hui, Guy-Pierre Couleau a demandé aux participants : « aujourd’hui, qu’est-ce qui s’invente dans ton théâtre ? ».

« Comment imaginons-nous l’avenir ? Quelles seront les 70 prochaines années ? », s’interrogera-t-on lors d’une table ronde, le samedi à 16h. Les regards se projetteront ainsi jusqu’au futur. L’objectif est de tirer le rêve pour émerger. Le centre dramatique de l’île de La Réunion sera invité par satellite : une autre temporalité, pour comprendre la signification d’un centre dramatique sur un autre hémisphère.

Le regard sera aussi tourné vers le passé, grâce à une rétrospective. Une exposition des photos d’archive, de costumes et maquettes de décors présentera le groupe d’artistes fondateur de ce mouvement de décentralisation. Une troupe, qui, après la guerre, a joué huit créations par an pendant cinq ans dans cette immense région Grand-Est. « Un événement contemporain, mais passéiste », donc, pour l’organisateur.

L’art théâtral doté d’une mission démocratique

Un centre dramatique est un lieu de création théâtrale, selon Guy-Pierre Couleau. Un lieu qui va contre l’élitisme, jouant avec toutes sortes de langages théâtraux : c’est un outil démocratique. Jeanne Laurent, dite fondatrice du service public pour la culture, est la femme à l’origine de cette décentralisation. Alors qu’il existait une soixantaine de théâtres privés parisiens, elle s’est demandé comment donner accès à la culture aux publics en région. Ces subventions des théâtres publics rendent l’accès culturel le plus accessible possible à tous les publics.

Il faut « trouver l’adéquation entre l’adhésion et la qualité», telle est la difficulté des théâtres publics, soulignée par le directeur de la Comédie de l’Est. C’est-à-dire proposer des choses non pas faciles, mais qui vont rencontrer le public. « Les metteurs en scène sont toujours surpris face à la capacité de découverte du public » justifie-t-il. D’après ce metteur en scène, le spectacle vivant a un effet : « quand on sort de la salle, on est modifié par l’expérience, qui vous augmentera dans le meilleur des cas. Le théâtre est puissant, car ce sont des mots ».

A Colmar, il y a trois théâtres, tous publics. « On travaille avec les milieux associatifs, les prisons, les écoles. On se déplace, pour des formes théâtrales hors les murs », dans cette lignée, Guy Pierre-Couleau souhaite ouvrir cet événement le plus possible à tous les publics. D’ailleurs, le pass pour le festival coûte 5 euros, les 5 euros gagnés servant à soutenir « le billet solidaire », des places pour des spectateurs qui n’en n’ont pas les moyens.

Le théâtre comme « miroir » prémonitoire de notre société

Cet art ancien a plus de 25 siècles et les techniques, simples, ont peu évolué : « on a des projecteurs plutôt que des chandelles », illustre le directeur. Ce sont ces moyens si simples qui rendent le théâtre éternel. Le spectacle évolue à la fois comme un outil fragile et comme une force indestructible : « un miroir de ce que nous sommes, parfois prémonitoire ». On rejoint ainsi l’origine du théâtre grec : la Catharsis, séparation du bon d’avec le mauvais et sublimation des pulsions sur scène. Si l’on regarde l’œuvre de Camus, Les Justes, qui raconte l’histoire du groupe terroriste des socialistes révolutionnaires de 1905 à Moscou, la réalité du terrorisme sonne comme un écho.

Guy-Pierre Couleau estime nécessaire de délocaliser les frontières culturelles et d’« établir une relation immédiate avec nos voisins ». « Je pense que le futur des Centres dramatique est à la fois national et international. Les budgets européens vont être maintenant de plus en plus sollicités », explique-t-il. Aujourd’hui le futur semble se jouer, certes dans une dimension théâtrale nationale, mais surtout dans une construction européenne de la culture.

Le théâtre sert encore à unir, à briser les fractures et c’est ce qui sera fêté le temps d’un week-end à Colmar, pour aller plus loin à l’avenir. Durant 3 jours, se succéderont plusieurs spectacles dont les mises en scène sont signées Jean Boillot, Ludovic Lagarde, Michel Didym, Stanislas Nordey et Guy Pierre Couleau.

Tout le programme est ici.

Photo : Guy-Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est depuis 2010, à l’initiative du projet, assis à son bureau. (Sophie Allemand)

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