Danse

Jamais deux sans trois : le festival Trajectoire revient pour la troisième année consécutive

Jamais deux sans trois : le festival Trajectoire revient pour la troisième année consécutive

21 janvier 2020 | PAR Hortense Milléquant

Désormais Nantes commence l’année au rythme de ce festival de danse. Trajectoires, cette ode au sixième art sous toutes ses formes investit ainsi la cité des ducs et ses environs pour le plus grand plaisir des locaux.

Trajectoires 2020

Initié en janvier 2018 par Ambra Senatore, la chorégraphe et directrice du Centre Chorégraphique National de Nantes (CCNN), ce festival nantais, durant neuf jours cette année, a terminé sa troisième édition le 19 janvier 2020. 
Il s’agit d’un projet proposé par le CCNN en collaboration avec plusieurs institutions culturelles de la ville et avec le soutien de différentes collectivités territoriales locales. Il a pour ambition de mettre la danse comme point de repère et les lieux culturels comme espace de jeu, ce festival Trajectoires veut tracer de nouvelles lignes artistiques pour mettre la ville en mouvement. Il s’agit ainsi de mettre la danse au cœur du projet, tout en mettant le mélange des genres à l’honneur. De cette façon, entre spectacle en avant-première (Vocabulary of need de Yuval Pick), reprise (Comme crâne, comme culte. de Christian Rizzo), tournée (Vague intérieur vague de Julie Nioche) ou représentation unique (Laboratoire de Conversations)… Il y en a pour tous les goûts. 

Le dernier weekend du festival s’ouvre le vendredi soir sur une pièce de Yuval Pick, proposée au Théâtre de Saint-Nazaire.

Vocabulary of need de Yuval Pick

Cette année, le chorégraphe Yuval Pick a présenté sa dernière création. Comme à son habitude, le directeur du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape met la musique au cœur de son œuvre, comme pour son autre pièce PlayBach, il a jeté son dévolu sur un morceau du compositeur allemand. Et comme de coutume, il signe là encore une pièce marquée par une écriture élaborée du mouvement où il interroge l’équilibre sans cesse remis en cause entre l’individu et le groupe. Il explique que sa « recherche est guidée par l’idée que chaque être recèle une connaissance innée que la danse a le pouvoir de dévoiler ».

Pour la première fois, le chorégraphe est à la tête d’une compagnie de huit danseurs (Julie Charbonnier, Noémie De Almeida Ferreira, Thibault Desaules, Guillaume Forestier, Andrés Garcia Martinez, Fanny Gombert, Madoka Kobayashi, Mark Christoph Klee). Ces derniers évoluent sur scène en solo, duo ou en groupe, portés par la partita en ré mineur BWV 1004 de Jean-Sébastien Bach. Ils évoluent autour d’une sorte de skate-park en papier miroir. Ce décor simple a quelque chose d’une vague, symbolisant une forme de purification océane et de renouveau.

Sur cette musique classique, les mouvements des danseurs contemporains sont évidents, il y a quelque chose d’archaïque qui nous ramène aux origines et à l’essentiel.
Le spectacle semble basé sur la respiration des artistes qui oscillent entre terre et ciel, un peu à la manière d’un arbre dont les pieds sont bien ancrés en terre et dont les bras veulent toujours aller plus haut.
Les interprètes sont jeunes et beaux et l’ensemble est esthétique et émouvant. Le public peut appréhender le spectacle selon sa sensibilité, les danseurs peuvent ainsi être vus comme des amis, une fratrie avec sa jalousie et son affection maladroite ou bien comme des couples dont les amours sont par moment orageuses. Symbolisant le besoin d’aller vers les autres, le geste d’une main sur le cœur est un motif récurrent dans la variation, où le couples se font et se défont au rythme de la musique ou de ses silences. À la fin de la représentation, le public conquis peut échanger avec les artistes. Interrogé sur son intention, le chorégraphe Yuval Pick conclut : « Tout est relation dans la pièce ».

Pour ceux qui n’ont pas pu se rendre dans la région nantaise en ce début d’année, la pièce sera également présentée à la Biennale de la danse de Lyon en septembre 2020.

 

Le samedi après-midi, le Musée d’Arts de Nantes accueille, entre autres, une pièce de Christian Rizzo dans l’une des salles du musée consacrée à l’art moderne.

Comme Crâne, Comme Culte. de Christian Rizzo

Le solo, créé en 2005 par le chorégraphe Christian Rizzo, est interprété par le très talentueux Jean-Baptiste André, à l’occasion du festival Trajectoires.
Christian Rizzo est depuis 2015, est le directeur du Centre chorégraphique national de Montpellier. Artiste pluridisciplinaire et venant du monde du stylisme, il accorde un soin particulier aux costumes. Ici, il met en scène un motard casqué.
Entre fragilité et performance physique extraordinaire, la pièce est jouée dans un silence quasi religieux. Enfermé dans sa combinaison de cuir, le motard se meut lentement, prouvant une rare intelligence physique et une précision du détail.
Le corps se tend, s’arc-boute, se plie, se casse et s’étire tout au long de la variation, enchaînant les figures acrobatiques.
La performance plonge progressivement le public dans un état contemplatif face à cet homme accidenté.
Cet homme mi-araignée, mi-panthère nous captive, nous autres, simples mortels.
À la manière d’un accident de moto au ralenti, un solo esthétique et tragique.

© Marc Dommage


Vague intérieur vague de Julie Nioche

Julie Nioche propose également sa dernière création. Danseuse, ostéopathe et chorégraphe se consacre à sa compagnie A.I.M.E. – Association d’Individus en Mouvements Engagés. Cette dernière a pour but de développer la poétique des corps dansant.

Dans cette pièce et comme à son habitude, Julie Nioche joue littéralement avec le feu : pétards, feux d’artifice et fumée sont, en effet, au rendez-vous.
Le spectacle a parfois des airs de conte écologique. Elle semble parfois aussi nous parler de secte, en invoquant des hommes aux accents chamaniques.
Conforme à sa signature, la chorégraphe part à la recherche d’un riche monde intérieur sensible.

Et pour ce spectacle, Julie Nioche est accompagnée par cinq danseurs (Laurent Cèbe, Lucie Collardeau, Kevin Jean, Laurie Peschier-Pimont, Lisa Miramond), deux musiciens (Sir Alice au piano et au chant et Alexandre Meyer à la guitare) ainsi que de deux machinistes (Max Potiron et Marco Hollinger). Et originalité : tous ont une place sur scène.
Comme dans ses autres œuvres, telles Contes tordus, la chorégraphe nous embarque dans un monde onirique, parfois angoissant. Semblant remonter à la nuit des temps, cet univers fantasmagorique est soutenu par la voix de la chanteuse Sir Alice. Elle tente de traduire les mouvements en parole : « ces silences sont longs, ces silences en disent long », psalmodie-t-elle à un moment donné du spectacle.

Entre le feu, la musique et la danse, la performance est ainsi un mélange des genres. Et si à June Events, Julie Nioche torse nu a déjà expérimenté le body painting discret, ici le spectateur assiste à une véritable mise à nu de la danseuse Laurie Peschier-Pimont. Vêtue d’un unique sous-vêtement sombre et intégralement recouverte de peinture noire par ses camarades, elle se meut au sol à la manière un serpent. Dans son sillage, une traînée d’encre de chine se dessine, comme une forme de purification.

Fidèle à elle-même Julie Nioche utilise ici, comme dans Nos solitudes, les suspensions. Si ce ne sont pas des câbles et des poids, dans ce spectacle, elle a choisi des tuyaux accrochés au plafond et crachant de la fumée. Ce lustre étrange ressemble tour à tour à une araignée à cinq pattes, à des boas géants ou parfois à des trompes d’éléphant. L’illusion de ce monde hallucinatoire peuplé de créatures irréelles est renforcée par un jeu de lumière savamment orchestré par Yves Godin. Les projecteurs diffusent ainsi tour à tour des halos blancs, jaunes, verts ou bien encore bleu ou orange, selon l’ambiance qu’elle souhaite projeter.

La représentation dégage une énergie sauvage, quasi tribale, à laquelle Julie Nioche nous a habitué. Et comme à l’accoutumée, elle semble ainsi avoir réussi à viser juste. Elle qui cherche à interroger nos mondes imaginaires nés de la puissance de nos sensations a touché sa cible car en sortant de la salle, le public, perplexe, paraît se poser beaucoup de questions.

La compagnie A.I.M.E. de Julie Nioche part en tournée, ils sont à retrouver un peu partout en France : Toulouse, Strasbourg, Armentières, Brest …

Un extrait de la création : ici.

 

Visuel : © Affiche du Festival Trajectoires – Yoann Amisse / Logo : MESH

         Et © Marc Dommage – Affiche Comme crâne, comme culte.

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