Danse

Les libertés de Preljocaj, la maison hantée de Rizzo et les hésitations de Dianor en ouverture de Montpellier Danse

Les libertés de Preljocaj, la maison hantée de Rizzo et les hésitations de Dianor en ouverture de Montpellier Danse

24 juin 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quel est le lien entre une prison, une maison et une fusion ? Peut-être l’idée d’accueillir, sans avoir peur ni des fantômes ni de s’ouvrir vers d’autres mondes, même si comme le sont toujours les fondations, c’est parfois bancal. Et c’est cela qu’il se passe au 39e  Montpellier danse.

Donc, jusqu’au 6 juillet, le festival Montpellier Danse réunit les stars de la danse contemporaine avec un hommage rendu à Merce Cunnigham. En ouverture, nous avons pu approcher trois spectacles : Soul Kitchen d’Angelin Preljocaj, Une maison de Christian Rizzo, et The Falling Stardust d’Amala Dianor.  Tout commence avec une émotion forte. Angelin Prejlocaj travaille en milieu carcéral depuis 1996, mais là, il a décidé d’aller plus loin. Tout comme le fait Olivier Py avec la prison du Pontet dans le Vaucluse, il a permis à cinq femmes de sortir de leur enfermement pour être sur scène.

Depuis mars, il travaille avec elles à ce projet qui mêle danse contact et odorat. La mission est immense. Il s’agit de redonner du corps à ces détenues. De leur donner aussi une autre fonction, celle d’être une interprète. En prison, le toucher n’est que violence et les odeurs, on l’imagine, peu heureuses. L’idée géniale de Soul Kitchen est de penser une pièce qui dure le temps d’une recette de cookies au chocolat.  Alors, pour cette « restitution d’ateliers en univers carcéral », Angelin s’est entouré de ses gimmicks, on imagine pour se rassurer. Les iconiques tables en métal de MC 14/22, les chaises de Paysage après la bataille, les dos jazz de tous ses spectacles… 

Il y a ce trouble évident face à ces filles qui disent s’appeler Sylvia, Malika, Sofia, Vital et Esther, mais on sait que cela est faux. On ne peut rien savoir d’elles, ni leurs noms ni la raison de leur incarcération. Et la question tourne dans nos têtes : « mais qu’as tu fait ? ».  

La pièce vaut par son existence même. Elles sont là. Le chorégraphe et le festival ont du braver toutes les affres administratives. Elles sont là. Elles dansent, se regardent, s’écoutent, arrivent à se toucher, à reproduire une phrase, elles qui, âgées de 19 à 62 ans, n’avaient jamais dansé.  Cela tient du miracle et provoque un partage intense.

Sans aucune transition et suite à un problème de concordance des temps entre Montpellier Danse et le Printemps des Comédiens, c’est en groupe et en retard que nous nous trouvons à la porte d’Une Maison de Christian de Rizzo, sans avoir le droit d’y entrer avant « que la musique commence ». La scène est assez ubuesque : une maison dont on reste à la porte… Finalement, nous accédons à cette pièce du directeur du CCN de Montpellier présentée dans les deux festivals, au Domaine d’ô. Le spectacle est programmé par le Théâtre de la Ville à Chaillot du 27 au 29 février, nous pourrons donc un jour vous en dire plus.  Mais déjà, ce que l’on perçoit de ce travail, c’est que comme Preljocaj, Rizzo compose avec ses cartes personnelles : des cônes, figure adorée du chorégraphe, dont un qui symbolise la maison, toute en terre. Des danseurs posés en chandelle qui semblent sortir ou entrer du sol et des néons pour toit.  Par moment, les pas des danses folkloriques, autre fondamental de Christian Rizzo surgissent.  

Au son de la géniale techno froide de Cerceuil,  Youness Aboulakoul, Jamil Attar, Lluis Ayet, Johan Bichot, Léonor Clary, Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Julie Guibert, Ariane Guitton, Hanna Hedman, David Le Borgne, Maya Masse, Rodolphe Toupin et Vania Vaneau, les habitants de cette maison, au tapis de danse blanc, vêtus de noir, se déplacent dans des diagonales seuls guidés par des bras qui quittent peu l’horizontal et des marches genoux pliés. La danse est comme saccadée, chaque passage au geste suivant est marqué par un temps. L’illusion, surtout vu de très haut, est celle d’une fourmilière grouillant de fantômes. Même les vivants ne le sont pas dans un dialogue incessant avec un au-delà qui deviendra flagrant après que la maison tombe en ruines dans un geste qui remet la terre à sa place, c’est à dire, au sol, prête à accueillir une étrange ronde, comme un rêve. A suivre.

Enfin, c’est sur le magnifique plateau en plein air de l’Agora, le centre névralgique du festival, qu’ Amala Dianor présentait sa création pour Montpellier Danse. Le merveilleux danseur hip hop est ici chorégraphe et tente de concilier l’urbain et le classique. Malheureusement, l’écriture trop explicative de The Falling Stardust épuise vite. 

Au plateau, Mourad Bouayad, Lucie Dubois, Baptiste Lenoir, Charlotte Louvel, Sandra Mercky, Keyla Ramos, Yukie Spruijt, Jeanne Stuart et Elena Thomas sont vêtus comme des boxeurs. Toute la pièce au son dance de Awir Léon est une battle entre les pas de la boxe et ceux de la danse classique.

Les états de corps sont admirables mais cela ne suffit pas à créer un spectacle. Les tableaux s’enchaînent comme une monstration technique. La prouesse est à saluer et la générosité du chorégraphe également. Reste un enchaînement de tableaux qui rappellent les débuts d’Emanuel Gat et Thomas Lebrun dans leurs travaux sur le noir et la force, les lignes néo-classiques de Forsythe et les tentations jazz de Preljocaj. Aucun plagiat ici mais visiblement un manque à s’autoriser. 

A ne pas rater dans le beau programme (au complet là), la « Leçon de danse  » du jeudi 04 juillet de 10h à 11h Place Dionysos avec Femke Gyselinck, assistante d’Anne Teresa De Keersmaeker, et la nouvelle création de Boris Charmatz infini le jeudi 4 et le  vendredi 5 Juillet à 22h. En clôture, le merveilleux Les six Concertos brandebourgeois d’ Anne Teresa de Keersmaeker les 5 et 6 juillet à 20H à l’Opéra

Visuels :©
Une Maison  © Marc Domage
Soul Kitchen  ©Jean claude Carbonne
The Falling Star ©Jeff Rabillon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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