Danse
Ohad Naharin au comble du virtuose à Montpellier danse

Ohad Naharin au comble du virtuose à Montpellier danse

27 juin 2022 | PAR Gerard Mayen

Extrême vigueur des énergies, et acuité du trait, caractérisent 2019, la nouvelle pièce créée pour la Batsheva

Une relation de très grande fidélité s’est nouée de longue date entre le festival Montpellier danse, la Batsheva et le chorégraphe Ohad Naharin qui l’a longtemps dirigée, et y demeure associé. Certaines années passées, la venue de cette compagnie israélienne s’était déroulée dans un contexte de vive tension, car des militants pro-palestiniens prônent le boycott de toutes les formes d’échanges avec Israël, y compris culturels puisqu’ils y voient un outil favorable à la bonne image internationale de l’État hébreu.

Cela ne semble pas devoir être le cas cette année, et près une série de reports et annulations en contexte pandémique, pas moins de quatorze représentations de la pièce 2019 sont programmées au Corum de Montpellier jusqu’à samedi qui vient, 1er juillet. Il faut dire que la jauge en est très réduite, puisque le public lui-même est invité à s’installer sur le plateau de scène. Les quinze danseurs et danseuses (rattrapés par l’actualité d’une autre manière, leur effectif ayant été réduit par de nouvelles contaminations par le Covid) évoluent sur un plateau surélevé, sorte de catwalk propre aux défilés de mode.

Les spectatrices et spectateurs sont installés en bifrontalité, sur deux gradins dressés tout du long de part et d’autre. Il en découle un rapport de très grande proximité. On s’autorisera à en révéler la fin, qui voit les interprètes se déplacer dans les travées elles-mêmes, pour finalement s’allonger sur les genoux des spectateurs qui y sont assis, pour un moment de relâchement – et/ou de recueillement. Il y a alors bien besoin, tant la pièce s’est déroulée jusque là sous très haute pression. Sur le plateau même, sur-haussé, l’espace d’évolution est bien limité, et la condensation de l’énergie est poussée à son comble.

Une très grande richesse d’apparence vestimentaire, volontiers de référence queer côté homme, émaille un jeu incessant d’apparition et de disparition, de traversées par vagues, de marches faussement nonchalantes, de pauses appuyées, qui balaient le plateau, de bout en bout. Bottes, talons aiguilles, matières ajourées et coupes près du corps, contribuent à une atmosphère de suggestion érotique, brodée sur un tonus gymnique.

Une inventivité incessante des motifs et combinaisons, une énergie d’exécution quasi acrobatique, un goût du trait exact, comme parfait, anime cette tribu juvénile, tout en corps d’exception, formant un collectif qu’on pourrait lui-même taxer de musculeux dans sa gestion générale des tensions. Une grande respiration d’espaces et de lignes est réglée avec une virtuosité implacable, dont on ne peut discuter un seul instant l’absolue excellence. Ces sommets d’écriture chorégraphique jouent aussi d’un contraste avec une bande sonore qui puise dans les répertoires folkloriques, ou de variétés populaires, travaillant à la résolution de groupe.

De quoi inspirer au moins deux modes de réception possibles : à l’instar de la quasi totalité du public, il y a l’option de l’adhésion enthousiaste aux frissons d’une émotion à vif, exposée de manière exacerbée, avec une efficacité remarquable. Plus distancés, et certes très rares, certains esprits s’étonneront de cette forme de démonstration de force, dans une culture de l’exception corporelle, qui ne laisse que peu d’espace à une quelconque hypothèse de divagation critique.

Le Festival Montpellier Danse, à Montpellier jusqu’au 3 juillet. Tout le programme est ici.

Visuel : c_Ascaf

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