Danse
Venezuela, sacré Ohad Naharin

Venezuela, sacré Ohad Naharin

12 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Enfin ! Cinq ans après sa création et ses représentations en Israël, notamment lors de la 23eme édition du Festival « International Exposure », le chef-d’œuvre incontestable d’Ohad Naharin s’offre une vraie première dans un Théâtre de Chaillot plein à ras bord, comme avant. Une leçon sur les verticalités du maître.

Chen Agron, Billy Barry, Yael Ben Ezer, Matan Cohen, Ben Green, Chiaki Horita, Sean Howe, Chun Woong Kim, Londiwe Khoza, Shir Levy, Adrienne Lipson, Ohad Mazor, Eri Nakamura, Gianni Notarnicola, Igor Ptashenchuk, Yoni (Yonatan) Simon, Hani Sirkis et Amalia Smith sont tous et toutes en noir. Chic, super chic. Robes pour les filles, fendues sur le côté. Eux, ont des hauts un peu ajourés, sexy. Venezuela s’annonce sexy et sombre. 

À la première scène une dizaine d’entre eux sont de dos, ils et elles avancent sur de la musique grégorienne. Cela pue l’enterrement de première classe. Vite, certains se posent, se mettent en arrêt. Ils entrent dans une pause qui d’emblée nous explique l’écriture d’Ohad Naharin. Tout part de la colonne vertébrale et vient décaler les côtes ou une hanche. Les corps sont des courbes, mais des courbes romantiques, sans effet spectaculaire. Surgissent les danses que l’on pense de salon. Un tango, un cha-cha, un pas un peu rock… l’on saisit alors que c’est le phrasé pop qui intéresse le chorégraphe. Les danses latines, ou qui viennent de « là » et qui pourraient se danser dans les bals au Venezuela si vous préférez. 

La beauté se décline de chocs en chocs. Il y a cette scène désormais mythique des cavalières à dos d’hommes à quatre pattes, qui s’étire comme une traversée du désert, qui chaloupe. Eux sont les esclaves qui passent sous leurs jambes très écartées. La domination semble être consentante, comme dans les pas de deux lumineux qui mélangent tous les genres. 

Venezuela s’amuse à déphaser et à décaler la musique. Sacrée dans la première partie, profane dans la seconde, en tout cas, les danseurs et les danseuses ne seront jamais calé.e.s sur le tempo de la musique, ils et elles sont ancré.e.s dans leurs corporalités. Nos yeux ne cessent de suivre Billy Barry, si long, si laxe, qui twerke et vogue en passant comme ça, comme il respire.

Dans cette pièce qui assume son côté danse-théâtre, la composition est brillante. Les deux parties sont exactement les mêmes et pourtant totalement différentes. Naharin s’amuse à changer les rôles, les entrées et les sorties des danseurs et des danseuses qui ne cessent de surgir comme si ils et elles étaient un flux merveilleux.

Moins facile d’accès que les spectacles 100% gaga, Venezuela brille par son écriture pointue. La pièce offre un bouquet de moments qui marqueront l’histoire de la danse. La chevauchée, les pas de deux urbains mais aussi cette levée de drapeaux du monde entier, Palestine et Ukraine compris, rappellent que la danse d’Ohad Naharin n’est jamais loin du politique. 

Un bijou porté par dix-huit danseurs et danseuses tous et toutes hallucinant.e.s de vélocité et d’élégance.

A voir absolument.

Du 11 au 27 mai au Théâtre de Chaillot. Informations et réservations.

Visuel : ©Ascaf

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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