Danse
Les lignes et les courbes de Malpaso Dance Company au TCE

Les lignes et les courbes de Malpaso Dance Company au TCE

31 mars 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour la première fois, la compagnie de danse contemporaine cubaine se produisait, pour trois petits soirs, dans le cadre de TranscenDanses, au Théâtre des Champs-Elysées, à l’occasion d’un programme où le fil tiré de la diversité de la danse était électrique et joyeux.

Trois pièces donc : Tabula Rasa d’Ohad Naharin, Woman With Water de Mats Ek et 24 Hours and a dog d’Osnel Delgado, directeur de la troupe. Trois pièces qui donnent à la fois l’air du temps et un regard sur une autre façon de porter les écritures théâtrales en danse. 

Tabula Rasa est une pièce de jeunesse du fondateur de la Batsheva. Nous sommes en 1986, et comme avant et comme après chez ce chorégraphe de la meute, tous arrivent ensemble. L’un mène le groupe de filles et de garçons habillés comme pour aller faire une longue marche : shorts en jean, tee-shirt… Tout commence par un combat dans une première partie qui tourbillonne. Les danseurs envoient les coudes qui les entraînent dans des sauts contre nature. Plus tard, ils se baissent en ouvrant leurs genoux. L’un des grands traits de la grammaire de Naharin est de tracer des lignes qui convoquent des images fortes. Il y en aura une qui dépasse les autres. Après une dose d’explosion, une vague de tristesse où la troupe – Osnel Delgado, Daileidys Carrazana, Dunia Acosta, Beatriz Garcia, Armando Gomez, Iliana Solis, Leonardo Dominguez, Daniela Miralles, Osvaldo Cardero, Heriberto Meneses – traverse de cour à jardin la scène, les pieds en première, à petits pas. Charlie Chaplin n’est pas loin dans cette chorégraphie mythique qui dit les aléas des rapports amoureux.

On y voit également les fondations de la gaga dance, et son flow. Les corps très géométriques ne sont jamais raides, l’énergie est communicative. 

Puis, nous entrons dans un autre moment, celui du confinement. Mats Ek crée en 2020 donc, Woman with water. Un presque solo où une silhouette orange comme chez Pina dialogue corporellement avec une table verte. Un gentleman (Osnel Delgado en personne !) aux sauts vastes viendra inlassablement lui servir de l’eau. C’est un geste encore une fois théâtral que nous voyons. On s’y amuse beaucoup, même si l’histoire finit mal pour la dame ! Peut-être que ce n’était pas de l’eau ? La table fait figure de barre académique, ce qui permet à la danseuse (Dunia Acosta) des grands écarts très poussés à la verticale. La pièce amuse, entre pantomime et virtuosité.

Du point de vue de la virtuosité, la dernière pièce, 24 Hours and a dog est une leçon. D’abord parce que la danse jazz n’existe plus sur les plateaux français qui ont laissé les courbes à des chorégraphes du divertissement. Ici il n’en est rien. La technique des danseurs (Osnel Delgado, Daileidys Carrazana, Dunia Acosta , Beatriz Garcia, Armando Gomez, Iliana Solis, Leonardo Dominguez, Daniela Miralles, Osvaldo Cardero et Heriberto Meneses) est à couper le souffle. Nous avons la sensation d’un torrent de jeunesse qui déborde de son lit. Alors oui, les bras se lèvent haut, les doigts s’écartent même en éventail et les dos se cambrent comme dans Fame. Et pourtant, tout cela sonne juste et moderne. Nous sommes en 2013, un an après la création de cette troupe et l’énergie est un cadeau. 24 Hours and a dog assume tout en jazz latino ses allures de comédie musicale. Chaque tableau est une démonstration de talent et de célérité très particulière. Il y a ce quatuor masculin de dos, déhanché en diable qui subjugue par sa progression.

De 1986 à 2020, nous avons pu passer d’un siècle à l’autre avec une autre incarnation de la danse. Ces danseurs aux bases classiques parfaites cherchent, et arrivent, à intégrer les autres souplesses des écritures chorégraphiques latines. Une merveilleuse soirée donc à la théâtralité assumée et portée fièrement par ces interprètes éblouissants. Si la Malpaso dance company venait pour la première fois à Paris, nous pouvons parier que ce n’est pas la dernière !

 

Crédit photo :© Bill Hebert

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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