Danse

Sadeh 21, la jeune garde d’Ohad Naharin survole Chaillot

Sadeh 21, la jeune garde d’Ohad Naharin survole Chaillot

26 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voilà, c’est fini, les deux mois consacrés au génial chorégraphe Ohad Naharin touchent à leur fin. Tout a commencé avec l’Opera de Paris et Decadance pour se prolonger avec le focus « tous gaga » au Théâtre National de Chaillot.

Sadeh 21 est une pièce écrite en 2011. Mais Sadeh, le mot, est biblique. Il veut dire terre, champs, lieu des bêtes sauvages. Encore une fois, cela a un rapport direct avec les éléments. Chez le patron de Batsheva Dance Compagny, nous sommes toujours dans un lien ultra proche entre le mouvement et le sol. Bien accroché. Ils ont bien accrochés les jeunes interprètes du The Young Ensemble, une formation de la Batsheva qui permet à des danseurs en devenir d’atteindre un niveau professionnel.

Sadeh 21 vient donc clore un parcours qui aura permis au public parisien d’entrer dans le geste très significatif du chorégraphe israélien.: Mamootot,Venezuela et Décalé donc côté Chaillot et Decadance côté Garnier, un mash-up de 10 ans de créations.

Alors, on commence par être présentés. Dans un décor comme un cadre blanc, un par un, les danseurs arrivent. Ils courent, s’arrêtent et balancent un geste très déployé souvent ponctué d’improbables sauts, presque animaliers : Chen Agron, Gil Amishai, César Brodermann, Ariel Gelbart, Londiwe Khoza, Béatrice Larrivée, Shir Levy, Federico Longo, Ohad Mazor, Robin Lesley Nimanong, Tom Nissim, Igor Ptashenchuk, Tamar Rosenzveig, Lihi Shochatovitch, Nicolas Ventura,Shaked Werner, Reches Itzhaki et Avigail Shafrir  vont traverser chacun ce mythique plateau devenu long.

Puis les combinaisons se feront, tous les possibles sont permis, tous les rythmes aussi tant que les hanches s’ouvrent et que les dos d’arquent. C’est époustouflant techniquement. C’est émotionnellement troublant. La bande son vient notamment piocher chez Lynch avec des compositions de Badalamenti. Accélérations folles, arrêts sur images sont les incontournables de cette danse qui s’attaque à la guerre dans des explosions sonores et des pas militaires, mais aussi à la religion avec ce « Sadeh 19 » où les hommes entre eux dansent comme les juifs hassidim , les bras sur les épaules de l’autre et la jambe qui se lève en angle.  On fait la ronde à un autre moment, on peut minauder aussi. Les rapports humains sur une terre fragile sont dans Sadeh 21 tout à fait là, dans leurs complexités, dans leur schizophréniques changements. On convulse, on s’agenouille, on frétille, on se mord, on s’aime, on se pousse… on marche à contre-courant.

Les lumières changent et amènent du surréalisme au propos. La jeunesse monte la garde,tombe, se relève. Mais dans cette pièce très cinématographique dans son esthétique, le final s’annoncera glaçant de vérité.

Visuel : Sadeh21 © Gadi Dagon

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_national_de_chaillot

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