Danse

Avec « Decadance », Ohad Naharin rend gaga le Palais Garnier

Avec « Decadance », Ohad Naharin rend gaga le Palais Garnier

02 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Mais quel événement dingue ! Le fondateur du renouveau de la danse libre, la gaga dance, Ohad Naharin voit l’une de ses pièces, la plus particulière, entrer au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. C’est délicieusement éblouissant de joie et d’énergie.

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Decadance n’est pas une pièce comme les autres puisqu’elle est faite d’autres spectacles mais ne constitue pas pour autant un best-of. On retrouve ici des bouts de choses vues ou pas, mais pas des chorégraphies intégrales. Decadance est donc comme un puzzle dont les cartons à emboîter sont Mabul (1992), Anaphase (1993), Zachacha (1998), Naharin’s Virus (2001), Three (2005), Telophaza (2006), MAX (2007), Seder (2007) et Sadeh21 (2011), dans le désordre.

Tout le monde peut danser Gaga, c’est la base-même du travail du directeur de La Batsheva Dance Company. Mais quand ce sont les danseurs du Ballet qui se prêtent au jeu, la puissance offerte atteint un niveau totalement dément. Imaginez : demander aux meilleurs danseurs du monde de se connecter à leurs émotions et de les traduire en souffle et en gestes. Cela donne des sauts sans aucun académisme mais avec une force délirante. Cela donne des marches où les hanches se soulèvent comme dans la danse orientale. Cela donne aussi un pas de deux entre deux danseurs à la poésie tout sauf mielleuse. Entre autres.

Les 23 semblent être dirigés à la façon d’un flux que Naharin manipule avec légèreté. Ils sont légion, puis s’évaporent, puis sont légion.. et nous, nous sommes scotchés, éblouis face à la liberté de ton, à la théâtralité de Pina, à l’audace de Bel, comme si le chorégraphe était le père de toute la danse contemporaine. Les pas, ce sont ceux  d’ Hofesh Shechter sans la rage : les dos ont la même amplitude, cela est particulièrement remarquable dans Seder où assis et au commencement vêtus comme des juifs orthodoxes, les danseurs explosent les questions que la chanson pose sur la création du monde, ils la font voler en éclats.

Naharin dépasse la politique, il dépasse la danse aussi. Il décloisonne les mondes, il efface les frontières entre l’orient et l’occident dans une bande son qui mixe les Beach Boys et des chants religieux. C’est une pièce indispensable à voir avant le 19 octobre.

Du 25 septembre au 19 octobre au Palais Garnier

Visuel : Copyright :Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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