Danse

William Forsythe/Trisha Brown/Jérôme Bel explorent l’histoire de la danse au MAC

William Forsythe/Trisha Brown/Jérôme Bel explorent l’histoire de la danse au MAC

30 novembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Dans le cadre du Festival d’Automne, la Maison des Arts de Créteil accueille du 29 novembre au 2 décembre trois chorégraphies (ré)appropriées par le Ballet de l’Opéra de Lyon. Une soirée composée par Jérôme Bel dont la pièce, créée pour l’occasion, déçoit de par sa pauvreté. On appréciera cependant l’occasion de (re)découvrir deux pièces majeures signées Forsythe et Brown. 

En réunissant The Second Detail de William Forsythe, Set and Reset/ Reset de Trisha Brown, et sa propre création Posé arabesque, temps lié en arrière, marche, marche, Jérôme Bel propose d’explorer l’histoire de la danse de ces dernières décennies. Et met ainsi au cœur de cette soirée le thème de l’émancipation, sur lequel se sont construites (et se construisent toujours) les danses modernes et contemporaines.

La soirée débute donc avec l’excellent The Second Detail, créé en 1991 par le chorégraphe américain William Forsythe. Sur une musique résolument moderne quatorze danseurs et danseuses, chaussons de danse aux pieds et cheveux tirés, enchaînent des figures et pas de danse classique, arabesques, pirouettes et autres jetés. L’uniformité des costumes et du décor, la suprématie de la couleur grise transmettent une impression de conformité et presque de froideur. Les corps cependant expriment comme un désir de rompre avec la norme, venant se briser contre et au fil de la musique. Et soudain apparaît une femme, pieds nus, les cheveux mi-détachés et revêtue d’une robe ample, dont les mouvements libérés de toute conformité viennent défier ceux des autres danseurs. Elle est l’incarnation même de la danse moderne, le rejet des normes – la liberté d’une danse dansée par passion, sans se soucier de la convenance et de la chorégraphie.

A l’énergie de The Second Detail se succède la nonchalance de Set and Reset/ Reset de la chorégraphe Trisha Brown. Ici les bras et les jambes se font lourds, répétant inlassablement un mouvement de balancier qui ne va pas sans rappeler celui d’une pendule, et qui fait écho à la rotation des deux grands modules en voile suspendus du décor. Comme déséquilibrés les corps s’engagent dans des sortes de chutes inachevées, bloquées par l’autre ou par lui-même. Le tout pour une chorégraphie marquée par une certaine lenteur, une certaine lourdeur des membres qui s’oppose à l’énergie et à la propreté des grands jetés et autres pas caractéristiques de la danse classique. En cela Set and Reset/ Reset est une œuvre résolument post-moderne, marquée par le poids de l’Histoire qui vient alourdir les corps élancés du classicisme.

C’est avec Posé arabesque, temps lié en arrière, marche, marche que la soirée s’achève. Cette pièce créée par le Ballet de l’Opéra de Lyon en septembre 2017 se veut une sorte de conclusion, de réflexion sur l’histoire de la danse ainsi dégagée par les pièces de Forsythe et de Brown. La tâche était peut-être un peu trop vaste: Posé arabesque ressemble au devoir bâclé d’un lycéen qui n’a pas souhaité trop se fouler. La chorégraphie de Jérôme Bel regorge pourtant de bonnes idées, comme ce premier tableau (reprise de la chorégraphie de La Bayadère) où l’histoire de la danse défile comme un fil que l’on tire devant nos yeux, prenant la forme d’une succession de danseurs et de danseuses revêtus des costumes typiques des différentes époques, du tutu au pantalon de survêtement. Ou encore ce duo final entre un homme noir et une femme incarnée par un homme, dénonçant à lui seul le rôle bien défini des sexes et la dominance des blancs dans la danse. Trop long au début, mais se révélant bien trop court et pauvre au final, Posé arabesque laisse une désagréable impression de s’être fait avoir, un arrière goût amer d’insatisfaction. Et c’est bien dommage.

Visuel: © Jaime Roque de la Cruz/ MAC

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Sarah Reiffers

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