Danse
Jérôme Bel trace le portrait pas à pas de Jolente De Keersmaeker

Jérôme Bel trace le portrait pas à pas de Jolente De Keersmaeker

19 octobre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne, Jérôme Bel ajoute un portrait à sa collection en se tournant vers la star du Tg STAN, l’immense comédienne Jolente De Keersmaeker. Magnifique.

Le procédé est toujours le même, et le résultat est toujours différent. Bien avant l’épidémie de Covid, Bel a décidé de ne plus prendre l’avion et de ne plus imprimer les programmes de salle. Si certains avaient trouvé cela futile, après les pluies de cendres de cet été sur le monde entier, plus personne ne peut trouver qu’un geste même petit, soit vain. Cette économie se glisse partout. La lumière est calculée au kilowattheure près. Les costumes sont des vêtements existants. Le décor, réduit à son minimum, pioché au théâtre. Voilà pour le cadre. Sur le fond, son travail est désormais celui d’un historien. La Danse a la culture de l’archive, on le sait, et Jérôme Bel a particulièrement celle de la biographie : des interprètes – Cédric Andrieuxdes chorégraphes – Isadora Duncan –, des lieux – Cour d’Honneur – de lui-même. Ses dernières études de cas porte sur les actrices. Il a déjà fait trembler la voix de Valérie Dréville.

La structure du spectacle et pas mal de ses motifs étaient déjà présents dans Valérie Dréville. Car Bel opère de façon précise, impose une méthode de travail. Jolente De Keersmaeker va elle aussi passer en revue les fantômes et les idoles du chorégraphe. Pina Bausch en reine, toujours, ici dans un extrait de Café Müller christique, d’une puissance inouïe ou une Isadora Duncan douce et généreuse.

Jolente De Keersmaeker est une grande actrice qui est essentiellement connue pour son lien au collectif flamand le Tg STAN fidèles du Théâtre de la Bastille. Son lien à la danse est quasi organique puisqu’elle est la sœur d’Anne Teresa de Keersmaeker. Elles ont d’ailleurs très souvent travaillé ensemble. Mais jusqu’ici elle n’avait jamais dansé. Une actrice n’est pas une danseuse.

Jolente passe ainsi d’un rôle à un autre en montrant « comment le mot entre dans la danse ». Le corpus va du classique à la super pop ( Diamonds de Rihanna incarné à 100% !).

Au départ, nous pensions que ces portraits d’actrices seraient multipliés à l’infini. Il n’en sera rien justement parce que chacune a une puissance sur scène qui lui est propre. Jolente est époustouflante de maîtrise du plateau. Elle ne sait pas danser, ses pirouettes sont bancales et son écart n’a rien de grand. Là n’est pas la question. Elle dévore l’espace et nous embarque dans ces saynètes chorégraphiques. De Didon et Enée à la Fièvre du Samedi Soir, Jolente de Keersmaeker nous a fait voyager dans son panthéon de plus en plus personnel.

Grandiose.

Jusqu’au 22 octobre au Théâtre de la Bastille. Le spectacle affiche complet sur le site du Festival d’Automne mais il reste de la place sur celui du Théâtre de la Bastille.

Visuel : ©Herman Sorgeloos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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