Danse

« Limb’s Theorem » : la magie mécanique de William Forsythe ouvre avec génie le Festival d’Automne

« Limb’s Theorem » : la magie mécanique de William Forsythe ouvre avec génie le Festival d’Automne

05 septembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il faut savoir commencer un festival avec éclat et c’est chose faite. La 43e édition du Festival d’Automne a offert au Théâtre du Châtelet Limb’s Theorem le premier volet de son portrait Forsythe. Retour en 1990.

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Fin de siècle assurément. Les pubs Calvin Klein prônent l’ascèse. Madonna porte le costume et se déhanche dans Vogue. Jean Paul Goude crée des silhouettes graphique-ludique. Le Sida est surpuissant, donnant aux hommes la sensation d’être dépossédés d’eux-mêmes. William Forsythe, américain de son état nous emmène exactement là, à cet endroit où le monde se perd dans les limbes.

Trois parties pour un chef d’œuvre, mobilisant 27 danseurs issus du Ballet de Lyon – avec lequel Forstyhe travaille depuis près de 30 ans – en les utilisant comme des machines. Les arabesques sur pointes dialoguent avec des ondulations modern-jazz qui elles-mêmes vont se teinter de hip-hop. Tout, Forsythe a tout osé et tout réussi. Dans une obsession du mouvement continu, renforcée par la musique pendulaire de Thom Willems, les artistes évoluent dans une scénographie faite d’éléments géométriques.

Tout n’est que fulgurance ici, dans un génie qui vient vous prendre par magie. Il est impossible de ne pas être saisis par la composition parfaite des tableaux qui vient comme une vague prise dans le ressac amener 20 danseurs d’un coup sur le plateau pour les voir s’évaporer ensuite dans un clair-obscur graphique.  Il y a des obsessions, des marches presque militaires, des opérations de séduction dignes d’un harem des 1000 et Une nuits. Il y a un corps que l’on croit enchaîné, un homme qui escalade un mur. Il y a des costumes magistraux qui mettent aux pieds des danseurs pointes classiques ou chaussettes.

Limb’s Theorem est un portrait de siècle mais il n’est absolument ni daté ni dépassé. Il est l’entrée dans une ère qui ne cesse de se déployer. On saisit du point de vue de la danse ce que le chorégraphe a apporté comme rigueur à toute l’école flamande. Les danseurs s’étirent dans des grands écarts verticaux vertigineux, les déhanchés sont poussés à l’extrême, les portés se font en tenant les danseuses sous les aisselles pour leur faire balayer le sol dans un geste d’envol.

Le tout est d’une beauté extrême. Dans ces temps modernes-là, les interprètes savent lutter et prendre les mobiles pour ce qu’ils sont. Ce sont eux, qui, rapidement contrôlent  la lumière et le décor.

La circulation entre les trois parties est étonnante. Une seule est totalement prise en charge par Forsythe, il s’agit de la seconde « Enemy in the Figure » qui contrairement aux deux autres, « Limb’s 1 » et « Limb’s 2 » sont elles scénographiées par Michael Simon. Cette partie-là est  le climax où tout se concentre : lenteur, vitesse, drame, rire, beauté, rigueur. On est avec Limb’s Théorem dans l’explosion du vieux monde.

Limb’s Théorem se donne au Châtelet jusqu’au  6 septembre avant sa reprise à la Maison des Arts de Créteil du 4 au 6 décembre.


William Forsythe – Limb's Theory + Theorem par theatreduchatelet
Visuel :© Michel Cavalca

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 réflexions au sujet de « « Limb’s Theorem » : la magie mécanique de William Forsythe ouvre avec génie le Festival d’Automne »

Commentaire(s)

  • theswimm

    il faut pense à apporter ses boules quies car la musique est à un volume souvent insupportable, très fort. et une lampe torche pour voir un peu les danseurs qui sont le plus souvent dans l’obscurite

    septembre 5, 2014 at 13 h 15 min

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