Danse
Dance Reflections : le retour aux fondations de la danse par Van Cleef & Arpels

Dance Reflections : le retour aux fondations de la danse par Van Cleef & Arpels

11 mars 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La célèbre maison de joaillerie programme, sous le regard de Serge Laurent, son premier festival de danse, à Londres, jusqu’au 23 mars. Un programme qui permet de comprendre l’actuel de la danse contemporaine par ses racines. Jour 1.

Création

En ouverture du festival, deux noms donnent le ton : William Forsythe et Lucinda Childs. En effet, c’est par une très jeune création, quasiment un work in progress, que le festival a débuté pour nous ce jeudi 10 mars. Et cela, pour une maison aussi chic que Van Cleef & Arpels, c’est très osé !

Nous retrouvons deux danseurs majeurs, Rauf « RubberLegz » Yasit et Brigel Gjoka. Ils présentaient une première version de Neighbours, écrite en collaboration avec William Forsythe. La pièce est extrêmement prometteuse et contient dans sa première partie les éléments d’un chef-d’œuvre. Ils sont deux, vus et adorés dans  A Quiet Evening of Dance.

Chacun dans leur grammaire, ils déploient des souplesses et des compréhensions hors-normes du corps. Leur outil est dépassé, tellement intériorisé qu’ils s’amusent à décaler à outrance les côtes et les équilibres. Rauf est une icône hip-hop qui rend le break romantique, et Brigel transforme les lignes de Forsythe en courbes avec humour, presque burlesque ! La pièce raconte l’amitié entre eux deux et leurs inspirations mutuelles, qui permettent au contemporain d’être hip-hop et au hip-hop d’être contemporain. L’exercice de style en silence est passionnant. Pour le moment, la place de la musique et du récit est encore au travail. À suivre !

Archive vivante

Sans grande transition nous arrivons dans la grande salle du  Sadler’s Wells, 1500 places, débordant ce soir-là de public. Et pour cause, un grand événement s’y déroulait : la transmission de Dance, la pièce fondamentale de Lucinda Childs au Ballet de Lyon. En 1979, la pièce fait figure de révolution, soutenue par  un glorieux name dropping : Philip Glass pour la musique, Sol LeWitt pour la vidéo, et, bien sûr, Lucinda Childs aux pas. 

Dance a 43 ans et pas une ride. C’est une pièce en trois parties : « Dance I », « Dance II » et « Dance III ». L’enjeu pour les fans de ce spectacle est de voir comment le Ballet de Lyon allait porter la transmission.

La vidéo a été refaite, ce n’est plus celle de LeWitt mais elle est totalement dans ses pas. Comme en 1979 ou en 2014, ils sont douze danseurs sur scène, plus ceux filmés qui surgiront sur un écran transparent, venant apporter du relief ou écraser les petits humains. 

Dans cette version du Ballet de Lyon, la danse est encore plus structurée que dans celle d’origine. Il y a un dialogue à trois parfait. La musique a été créée pour Dance, les pas ont été créés pour la musique, la vidéo a été créée pour s’accorder aux danseurs. Trois temps, donc, qui n’en forment qu’un seul. Deux quartets et au centre un solo au départ, en 1979, dansé par la gracile Lucinda et parfaitement réincarné par Noëllie Conjaud qui met des hanches dans les lignes.

Cela commence très simplement avec quelques jetés et ronds de bras. Et rapidement, l’obsession rejoindra la répétition, et cette répétition viendra se troubler, les lignes offrant des croisements aux danseurs, sans que jamais ils ne se touchent. Ils sont contraints à une précision d’autant plus dure à maintenir que la chorégraphie n’offre pas de complexités qui permettent de retenir l’attention. C’est une leçon de flux. Il est impossible de comprendre le travail d’Anne Teresa de Keersmaeker sans avoir vu Dance, et, de façon générale, de comprendre cette révolution qui a fait que les pas ne viennent plus illustrer une musique. 

Et l’avoir vu une fois, deux fois, dix fois ne change rien : on entre dans Dance comme on entre en hypnose, saisi par la musique en boucle, par la danse en fausse boucle et par ces figures en noir et blanc, venues du passées, qui changent de taille et d’allure, devenant les ombres et les âmes des danseurs présents sur le plateau, nous contraignant à une pleine conscience. Ce chef d’oeuvre est désormais entre de bonnes mains.

 

Visuel : ©Jaime Roque de la Cruz

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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