Danse
Reprise de « Fase » à l’espace Cardin : Anne Teresa de Keersmaeker à la source

Reprise de « Fase » à l’espace Cardin : Anne Teresa de Keersmaeker à la source

15 février 2020 | PAR Lise Lefebvre

Créée en 1982 à la Monnaie de Bruxelles, Fase, Four movements to the music of Steve Reich, est l’acte fondateur du travail d’Anne Teresa de Keersmaeker sur la répétition et le décalage. Une déclaration puissante, qui n’a rien perdu de sa vitalité. 

Sur le plateau nu, les deux danseuses en robe et baskets tournent sur elle-mêmes, devant un écran blanc. En fond sonore, l’obsédante Piano Phase de Steve Reich. Fase vient de démarrer; tout de suite la proposition frappe par sa simplicité et sa radicalité. Tout comme la musique de Reich finit par accoucher d’une autre musique, par d’infimes variations dans la répétition de la phrase, les mouvements des danseuses alternent entre parfaite synchronisation et légers décalages qui rendent possible un nouveau rythme, un mouvement qui respire autrement. 

Quatre moments contrastés se succèdent ainsi, de l’inaugural « Piano Phase » au très tonique « Clapping Music », en passant par « Come out »-entièrement dansé en position assise sur des tabourets – et la fabuleuse respiration en cercle et en solo qu’est Violin Phase. 

Cette épure donne ainsi à voir le matériel d’origine d’Anne Teresa de Keersmaeker, sa grammaire essentielle, qui l’ont menée à Drumming et à Verklärte Nacht. La symétrie des corps et de leurs ombres qui dansent sur l’écran blanc -merveilleux travail de lumières- les angles formés par les bras repliés ou tendus, la géométrie que dessinent les danseuses, la fusion totale avec la musique de Steve Reich- le spectacle se donne à voir et à entendre comme une oeuvre d’art total. La claque vivifiante qu’ont dû recevoir les spectateurs en 1982 se renouvelle, précise, joyeuse, insolente. 

En effet, si le côté abstrait du propos a de quoi fasciner, il est indissociable d’une autre constante du travail d’Anne Teresa de Keersmaeker : la fluidité des gestes, le souffle des danseurs. De ces enchaînements et ces ruptures, millimétrés comme une mécanique de précision, se dégage une beauté pure. Voir Yukia Hashimoto et Laura Maria Poletti se décaler imperceptiblement, puis se rejoindre comme les aiguilles d’une montre, et venir danser à l’avant-scène, presque au milieu du public, est une expérience singulière. Comme si le temps, soudain,  devenait tangible. 

À voir et revoir d’urgence, donc, pour découvrir les quatre danseuses qui se produisent en alternance, et explorer jusqu’au bout l’art du décalage. 

Jusqu’ au 22 février au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, 1, avenue Gabriel, 75008 Paris. 

Visuel: © Anne Van Aerschot

 

 

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