Danse
Forsythe à bras ouverts au Théâtre du Châtelet

Forsythe à bras ouverts au Théâtre du Châtelet

05 novembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe américain semble être plus libre que jamais, sorti des carcans des obligations. Pour le Festival d’Automne, dans le cadre de la saison Hors les murs du Théâtre de la Ville et au Châtelet, il invite à A Quiet Evening of Dance, une leçon de rigueur souple qui n’a rien de calme.

Si vous cherchez la définition d’un contrepoint, vous ne la trouverez pas facilement. D’abord parce que le terme désigne une forme de superposition en musique qui au fil du temps est devenue un style, surtout en jazz. Mais en grammaire chorégraphique, qu’est ce que cela veut dire ? De façon simple, écrivons que c’est une réponse d’un mouvement à un mouvement en décalé, presque en miroir et c’est ce « presque » qui est le contrepoint.

Quand entre le premier duo, ganté de blanc, on comprend immédiatement, il s’agit d’un Prologue (2018). La volonté de Forsythe est d’expliquer par l’exemple. Le pas de deux est 100% académique. Cela permet d’ouvrir les champs des possibles pour la suite composée de Catalogue (Seconde Edition 2016–2018), Epilogue (2018), Dialogue (DUO2015–2018) et Seventeen/Twenty One (2018). Les danseurs de la Forsythe Company, Roderick George, Brigel Gjoka, Ayman Harper, Jill Johnson, Brit Rodemund, Parvaneh Scharafali, Yasutake Shimaji, Riley Watts, Ander Zabala sont rejoints par Rauf “RubberLegz“ Yasit, à la tessiture hip hop.

Dans A Quiet Evening of Dance toute l’attention est portée sur les bras, totalement gantés. Un duo met en parallèle deux danseuses dans un exercice qui commence les pieds ancrés avec comme seuls mouvements, des compositions dissonantes des épaules aux mains. La virtuosité est de mise dans ces compositions qui insistent sur les incontournables du chorégraphe. Les directions sont exploitées avec une dose d’humour (la course en arrière du Duo2015 est délicieuse).

Les danseurs sont techniquement sans limite et offrent une légèreté qui n’a rien de simple.  La ligne s’avère finalement pop, dans une explosion de couleurs qui elles aussi dissonent avec la musique. Le piano martial de Morton Feldman auquel succède, dans la seconde partie, la beauté baroque de Rameau ne viennent pas illustrer les pas qui croisent le voguing et le hip-hop dans une dextérité académique. Au jeu des mélanges des genres, le grand Will est le plus fort. Plutôt que de se glisser dans une tendance, il prouve la finesse de l’écriture non classique et éduque notre regard à la frénésie d’un rythme qui vraiment, n’a rien de « quiet ».

Visuel : William Forsythe, « A Quiet Evening of Dance » © Bill Cooper

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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