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La légende du dragon de Calais…

La légende du dragon de Calais…

05 novembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Début novembre, un dragon géant a déambulé dans les rues de Calais. Intrigués et charmés, les Calaisiens et visiteurs de passage l’ont de suite adopté. Mais quel est donc cet étrange animal qui a suscité engouement et émerveillement chez des millions de personnes ?

Cette créature fantastique est née de l’imaginaire de François Delarozière et de la compagnie La Machine. L’idée a commencé à germer il y a quelques années suite à la présentation du spectacle Long Ma, le cheval-dragon, à Calais en juin 2016. Subjuguée par ce dernier, la Maire de Calais, Natacha Bouchart, a sollicité François Delarozière pour accompagner la mutation urbaine de la ville en intégrant des œuvres artistiques dans le paysage urbain, tous deux persuadés que la culture est à la fois un élément fédérateur et un instrument d’émancipation collective et individuelle.

Gratuits et ouverts à tous, les spectacles de la compagnie La Machine constituent en effet un excellent moyen pour accompagner la métamorphose de Calais, puisqu’ils visent à transformer le regard des habitants sur leur propre ville. Leurs créations magnifient leur quotidien et enchantent des lieux qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Intrigués et fascinés, habitants, visiteurs de passage et touristes ne peuvent que s’émerveiller en tombant nez à nez avec une de ces machines au détour d’une rue…  La magie opérant, ils oublient même que tout ceci n’est pas « réel »…

À leur décharge, il faut bien avouer que ces créatures sont impressionnantes de réalisme tant elles sont expressives ! Prenons l’exemple de notre dragon ! Face à ses 15 mètres de haut, ses 25 mètres de long et ses 72 tonnes, on se sent tout petit et bien impuissant, surtout lorsqu’il remue sa queue, tel un scorpion menaçant l’ennemi de son dard. On se dit qu’il vaudrait mieux ne pas énerver cette mystérieuse créature qui crache du feu, de la fumée, de la brume et de l’eau. Difficile d’interpréter également chaque son qu’elle émet, sûrement à cause de la barrière de la langue… Pourtant, plus on la côtoie, plus elle nous semble inoffensive. Comme nous, elle respire et semble ressentir des émotions. Elle aussi a peur de nous. Mais, il suffit de plonger notre regard dans le sien pour que toutes nos appréhensions disparaissent. Ses yeux sont fascinants et véhiculent tout un panel de sentiments. Les cils qui les entourent renforcent l’expressivité de son regard. Une seule rencontre aura suffi pour nous faire oublier qu’il s’agit d’une machine composée de bois sculpté, acier, cuir, toile, cuivre.

On serait en effet davantage enclin à croire la légende qui entoure l’arrivée de notre dragon. Celle-ci dit que sous l’épaisse croûte terrestre circulent de profondes galeries qui relient les mers et les continents et dans lesquelles évoluent des créatures fantastiques. Parmi elles, se trouvent les dragons, les gardiens du monde et garants de son équilibre. Ces derniers n’apparaissent aux hommes qu’en cas d’extrême nécessité, pour régler un conflit ou apaiser un mal. Naturellement bienveillants, ils peuvent aussi être sauvages et imprévisibles. Ils ne sont ni bons ni mauvais. Depuis la nuit des temps, il paraît qu’un dragon veille sur les terres et mers du Nord. Cette histoire oubliée de tous a ressurgi brusquement ce 1er novembre 2019. Suite aux récents travaux entrepris dans le port de Calais, des ouvriers ont malencontreusement descellé la pierre sacrée qui reliait le monde des abysses au nôtre. Libéré des entrailles de la terre, le dragon en a profité pour partir à la découverte des environs. Effrayés, les habitants ont d’abord cherché à le repousser, puis, petit à petit, ils se sont accoutumés à sa présence, laissant entrevoir une possible cohabitation. Charmé par le feu et la musique des hommes, le dragon, lui aussi, s’est acclimaté à son nouveau foyer… C’est cette histoire, celle de l’arrivée de cette créature mystérieuse à Calais, de la défiance de ses habitants à son égard, puis de son adoption unanime par tous les hommes, qui nous a été contée lors du spectacle qui a eu lieu du 1er au 3 novembre 2019. Malgré une météo peu clémente, les pérégrinations du notre dragon ont suscité un réel engouement, puisqu’elles ont été suivies par près de 400000 spectateurs sur place et environ 3,9 millions d’internautes.

Mais l’aventure de notre dragon ne s’arrête pas là. Bien au contraire, elle ne fait que commencer. À partir du 17 décembre 2019, il élira domicile face à la mer, à proximité de Calais plage. Grâce à la couleur bleu océan qui recouvre les 600 mètres carré de sa peau, il se fondera à merveille dans son nouvel environnement. Il logera pour l’heure dans la cité éphémère qui a été construite pour lui cet automne, le temps que soit finalisée fin 2020 son refuge définitif : la Nef. Celle-ci aura quelque chose d’organique et de magique puisque ses vertèbres osseuses, mues par un dispositif hydraulique, épouseront les mouvements du dragon. Quant à l’abri provisoire, constitué de plaques de polycarbonate transparent, il a été pensé comme un écrin pour le dragon de Calais, une vitrine qui permettrait d’admirer de jour comme de nuit cette créature fantastique qui veille sur le port. Ces diverses installations accompagnent la requalification du front de mer et marquent la volonté de créer un lien entre le Nord de Calais et la plage, en valorisant au passage le Fort Risban, cette pièce stratégique dans la défense de Calais construite par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans et classée Monument Historique en 1990.  Ce dernier sera non seulement visité plusieurs fois par jour par le dragon, mais devrait aussi servir de tanière des varans de voyage. Un restaurant et une boutique devraient y être aménagés, ainsi qu’une terrasse sur le bunker. Sur le toit du fort, un iguane et un petit dragon permettront au public d’observer le paysage, tels des sentinelles scrutant les environs. Positionnés derrière les remparts, ils pourront en effet être manipulés depuis des postes de commande ancrés dans le chemin de ronde.    

Vous vous demandez peut-être pourquoi le dragon irait régulièrement patrouiller près du Fort Risban. Tout simplement pour le faire découvrir aux gens qui le souhaitent. En effet, le 17 décembre 2019, sa transformation en machine de ville sera totalement achevé. Il deviendra alors une sorte de belvédère mobile offrant une vue imprenable sur la ville. Il pourra transporter une cinquantaine de passagers sur son dos sur une terrasse couverte à laquelle on pourra accéder via un escalier intégré dans sa queue et équipé de garde-corps. Ce nouveau mythe urbain devenu réalité permettra aux habitants du Calaisis, ainsi qu’à l’ensemble des visiteurs de passage à Calais, de se retrouver autour de cette machine, symbole de partage et porteuse d’espoir quant à l’avenir de la ville.

Il seront rejoints plus tard par d’autres reptiles. Au total, ce sera près d’une dizaine de machines comprenant dragon, varans et iguanes, qui déambuleront bientôt dans Calais. Chaque machine sera attachée à un lieu qui a subi une transformation : le dragon de Calais sur le front de mer et le Fort Risban, les varans de voyage au Dombucker (capacité de transport de 25 passagers), la famille des iguanes au Fort Nieulay (capacité de transport de 5 passagers) et la grande iguane qui dormira près de l’église Saint-Pierre, sous une verrière dessinée pour elle (capacité de transport de 15 passagers). Chacune de ces créatures pourra circuler en ville, en empruntant les voies de circulation. Des aubettes en acier, bois sculpté et verre, aux couleurs du dragon, équipées de bancs, feront office d’arrêt de bus pour ces étranges engins de locomotion. Seule inconnue pour le moyen : la cohabitation entre ces animaux, qui se déplaceront à un peu plus de 2 km/h, et les autres usagers de la route… Mais en ce qui nous concerne, nous avons hâte de pouvoir toutes les essayer et observer la manière dont ces machines interagissent entre elles et avec leur environnement, avec le secret espoir que leur arrivée à Calais soit aussi exceptionnelle que celle de notre dragon.   

Le dragon de Calais, un spectacle de rue imaginé par François Delarozière et la compagnie La Machine, à initiative de la Municipalité, qui a eu lieu du 1er au 3 novembre 2019, dans les rues de Calais.

Retrouvez l’actualité de la compagnie La Machine sur son site Internet (ici), sur sa chaîne YouTube (ici), sur sa page Facebook (ici), sur ses comptes Twitter (ici) et Instagram (ici).

À partir du 17 décembre 2019, Le dragon de Calais devient un équipement culturel et touristique géré par la compagnie du Dragon.

Retrouvez l’actualité de la compagnie du Dragon sur son site Internet (ici), sur sa chaîne YouTube (ici), sur sa page Facebook (ici), sur ses comptes Twitter (ici) et Instagram (ici).

Visuels : Affiche du spectacle © Stéphan Muntaner et photos de © Magali Sautreuil..

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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