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Voyage à Trieste, l’Italie version mitteleuropa

Voyage à Trieste, l’Italie version mitteleuropa

17 août 2022 | PAR Sabina Rotbart

Trieste n’est pas seulement une cité balnéaire  à une heure de Venise. C’est aussi  un grand port historique développé sous l’Empire Austro-hongrois et un foyer littéraire particulièrement vivace.  Cosmopolite, elle bouillonne, terriblement inventive. 

 

Trieste ne ressemble à aucune autre ville italienne. Et pour cause. Elle ressemble plutôt à Vienne, si  Vienne était posée au bord de l’Adriatique. Au centre, d’immenses cafés où se régaler de Strudel et de potages au goût venu de l’est. Les larges artères dallées évoquent plus la Mitteleuropa que le dédale charmant des villes italiennes. Si vous dites aux triestins que l’histoire de Trieste a commencé avec les Habsbourg qui en firent leur fief personnel, vous les vexerez et vous aurez tout faux. Car elle existait avant eux. Mais c’est de se placer sous la protection de l’Autriche (1382) qui va l’aider à se développer. Et plus encore son statut  de port-franc car face à Venise elle peut alors développer un commerce austro-hongrois très florissant. Très vite, Trieste possède  les plus beaux commerces  de la Méditerranée et fait du négoce jusqu’ aux confins du Moyen Orient.

 

L’empreinte des Habsbourg

Cette protection des Habsbourg qui a  duré… 537 ans impacte l’architecture urbaine. Construit en 1743 et agrandi ensuite, un môle impressionnant  de 250 mètres de long borde les flots. Coeur de la cité la Piazza grande  est un vrai décor théâtral furieusement éclectique.  Le néo-byzantin y jouxte le néo-classique, le style romain voisine avec le néo-classique. Marie-Thérèse d’Autriche a érigé là une fontaine élégante, fait creuser un canal pour faciliter le débarquement des marchandises en plein centre-ville et tracer de grandes artères plus aptes au commerce que les venelles. 

 

Un peu au nord de Trieste à Grignano, il faut voir même si c’est un poncif le château de Miramare lui aussi  propriété des Habsbourg. Un lieu ultra romantique. C’est le deuxième site le plus visité d’Italie donc on évite de s’y rendre pour ferragosto, moment où toute l’Italie se met sur veille pour le 15 août. Bâti sur un éperon de karst  il surplombe la mer Adriatique.  Erigé par Maximilien de Habsbourg en 1856 ce petit trésor est entouré d’un parc charmant construit comme un défi car il n’y avait pas une once de terre sur ces rochers arides. Tout a été amené à bras d’hommes même une certaine variété de pins capables de vivre presque sans racine !  (www.castellodimiramare.it).

Trieste c’est une ville cosmopolite où toutes  les nationalités se sont plutôt bien côtoyées jusqu’aux drames du XXème siècle. Mais auparavant italiens, slovènes, croates, serbes, slaves et peuples de la Méditerranée s’affairaient sans trop s’affronter  le commerce passant avant tout. De grandes compagnies sont nées ici comme l’assureur  Generali et  la Lloyd autrichienne constructeur de navire puis assureur. Au Musée de la Mer dans les anciens docks du Porto Vecchio une très belle collection de 6000 objets raconte la construction navale et la vie sur les luxueux paquebots de croisière  (www.museedelmaretrieste.it).

 

Ulysse est né à Trieste

Et savez-vous qui a travaillé dans cette ville bruissante d’activités? Un écrivain célébrissime et pas du tout italien… Joyce bien sûr. Vous ne l’ignorez pas, Ulysse est né à Trieste. Venu d’abord d’Irlande avec sa femme pour travailler plus au nord, Joyce se voit proposer du travail  chez Berlitz à Trieste. Il donne des cours d’anglais à Italo Svevo  dont il fera connaître l’oeuvre alors que cet auteur était prêt de renoncer à ses « rêves esthétiques ». On imagine Svevo faisant une version à partir de la nouvelle de Joyce The Dubliners…Ulysse et La Conscience de Zénon sont vraiment contemporains. 

 

La ville du café

Trieste se développe au XVIIIème quand justement le café devient à la mode. La ville se saisit de ce nouveau débouché parfois encore mal vu car considéré comme une nourriture peu catholique.  Ici le café est un véritable art de vivre. En témoigne le vocabulaire spécialisé utilisé pour le commander. La précision est tatillonne qui distingue  un café noir (nero), d’un café noir servi dans un verre  (nero in B, pour bicchierre le verre) et d’un cappucino (caffelatte). A celui qui veut déguster ce breuvage velouté dans des conditions quasi idéales nous conseillerons sans risque de se livrer à un véritable circuit gourmand de café en café.  Pour goûter les différents crûs et des ambiances chaque fois singulières.

 

Le café San Marco, QG de l’écrivain voyageur Claudio Magris lequel aime écrire dans ces lieux où on est seul mais avec d’autres jouit d’un décor Liberty admirablement restauré (www.cafesanmarco.com). Corniches ornées de décor de feuillages, lustres de bronze aux corolles de verre, percolateur à la carrosserie de cuivre pur, l’endroit séduit définitivement. Il est devenu un véritable point de rencontres culturelles. A côté de la salle impeccablement  restaurée s’est installée une grande librairie où se pressent des auteurs venus de l’Europe entière, une maison d’édition et un restaurant où savourer des nourritures volontairement rustiques comme l’os à moelle servi en majesté. Les pâtisseries des Balkans se dégustent en sirotant l’admirable café doux comme une caresse que le directeur Alexandros Delithanassis a mis au point pour les clients.

A Trieste on ne se rencontre pas à la maison mais au café aussi des lycéennes travaillent-elles ensemble à une table pendant que de dignes mamies dégustent un verre de Malvasia, le vin blanc très frais du Frioul et que des couples d’amoureux dégustent des pâtes de sarrasin sombres.

Tout près du bord de mer, le caffé Tommaseo créé en 1830 (www.caffetommaseo.it)  a lui l’atmosphère d’un refuge intime. Dans la salle couleur crème vanille ornée d’angelots dodus, les gourmands dégustent des beignets vénitiens fourrés de crème pâtissière et bien sûr des Sachertorte fortes en chocolat. A ne pas manquer le samedi, un brunch musical emballant très Lili Marleen.

 

Une région très gourmande

Vous l’aurez senti Trieste est une ville extrêmement gourmande, riche d’un héritage gastronomique multiple qui va de l’Est de l’Europe aux confins de la Méditerranée. Les fruits de mer abondent  et dans les petites auberges nombreuses le long du Golfe, vous vous régalez d’anchois frits aux oignons, de palourdes. Mais si votre passion c’est la seiche, c’est chez the Pier  sur la marina du port de plaisance au milieu des voiliers qu‘il faut aller goûter. L’ultime tendreté!  (www.pierts.it).

L’arrière-pays du Frioul-Vénétie-Julienne comporte aussi une gastronomie exceptionnelle repérée par Slow food comme des sentinelles du goût, notamment les herbes sauvages dont on fait de succulentes omelettes, les fromages et des charcuteries somptueuses puisque c’est la région  du San Daniele. Une route des gourmands, la route 63 mène de gourmandises en gourmandises. On passera un moment mémorable  chez Ai Fiori, restaurant chic triestin où se déguste un rare risotto aux cigales de mer (www.aifiori.com). Ou l’on filera vers  le plateau du Karst (le Carso) à trente minutes vers l’est. Une région faite de calcaire friable où l’eau ravine d’innombrables grottes qui furent le théâtre de scènes tragiques à la fin de la deuxième guerre mondiale. Les communistes ne firent pas de quartiers,  pensant que tous les Italiens étaient fascistes, ils en précipitèrent  un bon nombre dans ces crevasses.

Plus gaiement le week-end les triestins vont y dévorer des plateaux de charcuteries et de fromage dans des auberges de campagne (www. pipan-claric.it) à moins d’aller acheter de la viande  directement chez les éleveurs (www.gruden.zbogar.com). Puis  ils rejoignent les plages dorées de Duino.

Des artisans d’art d’exception 

Quand le vent, la bora, souffle trop, c’est le moment  d’un shopping en  ville.  Chez des créateurs tout à fait exceptionnels comme le passionnant VUD qui travaille le bois brut (vud-design.com) ou Dezen-dezen (www.dezendezen.com) qui réinterprète les fichus des paysannes d’Europe centrale  et dont les impressions artisanales se transmettent depuis deux générations. De la très haute qualité. Enfin, on se reposera peut-être de tout ces moments de découverte dans un élégant hôtel Art nouveau comme le Savoia excelsior palace, un 4* au bord du golfe. (www.collectionne.starhotel.com).

Pour en savoir plus 

www.turismofvg.it

www.italia.it

Pour rejoindre Trieste: Prendre le train régional à Venise. Trieste est à une heure. 

©Massimo Crivellari, Fabrice Gallina

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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