Opéra

Ercole Amante entre comédie et tragédie à l’Opéra Comique

Ercole Amante entre comédie et tragédie à l’Opéra Comique

05 novembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 12 novembre, l’Opéra Comique nous fait redécouvrir un opéra de Francesco Cavalli (1602-1673), l’un des maîtres du baroque italien avec Claudio Monteverdi. Dans une production luxuriante de 3h30, Raphaël Pichon et l’Orchestre Pygmalion, un casting de voix de haut vol (Nahuel di Pierro, Francesca Apromonte, Giuseppina Bridelli…), les metteurs en scènes habitués du Comique, Valérie Lesort et Christian Hecq, nous proposent de ne pas trancher entre rires et larmes, pour cet « Hercule amoureux » …

Héros unique et universel, Hercule (Nahuel Di Pierro) est aussi un tyran débordant qui convoite Iole (Francesca Apromonte), la femme de son fils Illo (Krystian Adam). Non content de vouloir tromper sa femme, Déjanire (Giuseppina Bridelli), il menace la vie de son propre fils pour lui ravir son aimée… Si Venus (Giulia Semenzato), toute de rose vêtue et carrossée soutient le séducteur, c’est sans compter sur l’action de Junon (Anna Bonitatibus) et du sommeil…

Dans de riches décors signés Laurent Peduzzi, jouant sur la luxuriance des costumes, les elfes, les nains, les plantes et visages qui dépassent, parant la structure simple d’amphithéâtre de la scène de dorures baroques et d’apparitions, de machines et machines de Vanessa Sannino (on retrouve le cupidon de la production d’Orphée dédié aux enfants, lire notre article), nous avons plaisir à retrouver le duo phare qui nous avait faire redécouvrir le Domino noir (lire notre article). Valérie Lesort et Christian Hecq continuent de séduire le public du Comique en adaptant aux codes du vaudeville la structure longue, baroque et mythique en 5 actes, de cet Hercule Amoureux de Cavalli. Ça foisonne, ça bruisse, il y a du Savary, des trous joyeux par lesquels les amants apparaissent et disparaissent, des marionnettes géantes qui saisissent les protagonistes de mains colorées et pelucheuses, il y a des dieux en parade, d’autres en goguette et enfin d’autres qui  sont (r)ex machina

C’est donc tout un arsenal qui figure la destinée en la rendant comique, voire vaudevillesque. Mais il y a aussi des moments tragiques et poignants, soulignés par la solitude sur scène : par le costume gris, nu et l’infinie traîne de Déjanire, par les perruques blanches des amants tyrannisés et apeurés, par les arrêts de la fanfare quand le destin a effectivement frappé. La tragédie du destin est là, notamment lors du sublime duo du troisième acte, entre Déjanire et Illo. Et il y a aussi de jolis clins d’œil à la suite de l’opéra notamment du côté de Mozart, de son Don Juan évidemment mais aussi de son Mithridate plus juvénile.

Du côté de la musique, Raphaël Pichon et l’Orchestre Pygmalion jouent le jeu de ce brouillage des pistes et des genres : les trompettes nous saisissent par les couloirs extérieurs dès le premier acte, le réveil d’Hercule est mis en scène par une pétarade baroque unique en son genre et la musique bouillonne. Le chef d’orchestre qui nous a déjà fait redécouvrir l’Orfeo de Rossi, qui a cousu des partitions rares pour le baroque (et plus grave) Miranda et qui nous avait séduits à l’Opéra Comique (lire notre article), déploie  ici une énergie irrésistible. Du côté des voix, c’est également un festival de beauté, que ce soit au contact du timbre chaud et enveloppant de Nahuel Di Pierro, ou face à la précision et l’émotion de Giuseppina Bridelli. Et le duo formé par Krystian Adam et Francesca Asprmonte frise la perfection. Cette harmonie est mise en perspective par toute une série de pages et demi-dieux, avec un maestria égale à l’émotion suscitée par les héros.  Une très belle production qui pourrait peut-être dérouter dans les hiatus et paradoxes des registres qu’elle déploie, mais à l’Opéra Comique, la tradition fait le lien et tisse un fil précieux et délicieusement empoisonné d’une bien belle tunique de Déjanire… A voir et à entendre. 

visuels : (c) Stefan Brion / Opéra Comique 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]telaculture.com

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