Opéra

Avec Les puritains, le bel canto à la perfection à Marseille.

Avec Les puritains, le bel canto à la perfection à Marseille.

05 novembre 2019 | PAR Paul Fourier

L’Opéra de Marseille est un nid dans lequel le bel canto a, depuis longtemps, élu domicile dans sa forme la plus aboutie. Ces Puritains en sont, une fois de plus, la plus flagrante démonstration.

Monter cet opéra de Bellini est toujours une gageure. Il faut, avant toute chose, un quatuor de chanteurs de très haut niveau, et surtout une soprano et un ténor, non seulement capables de venir à bout de cette partition épuisante – et ici dans une version quasi complète -, mais également d’en extraire toute la virtuosité, toute la force, toute la profondeur et ainsi, de la sublimer. Donner cette œuvre en version concert n’est guère gênant tant les mises en scène peinent souvent à traduire une intrigue très datée et axée (comme fréquemment dans le bel canto) sur les sentiments (voire la psychologie) des personnages.

A l’occasion de cette nouvelle production, force est de constater et de saluer, d’opéra en opéra, cet art du casting propre à l’institution marseillaise qui parvient à réunir sur une même scène, les meilleurs artistes du moment dans leur catégorie. Que le bel canto soit le répertoire de prédilection des deux solistes principaux pèse, indéniablement, dans la balance, en insufflant une dynamique absolument extraordinaire à l’ensemble.

Dans le rôle d’Elvira, Jessica Pratt est stupéfiante. Stylistiquement parfaite, le maîtrisant du bout de ses doigts qui n’effleurent que rarement le chevalet sur lequel n’est posée aucune partition, elle déroule les pyrotechnies belliniennes à un rythme d’enfer. Avec une facilité déconcertante (et un plaisir manifeste), elle interprète magnifiquement cette jeune fille, il faut le dire, passablement perturbée par la pression exercée par les mâles qui l’entourent. À ce niveau d’aboutissement, elle ose tout, se permet des effets saisissants, des vocalises et variations invraisemblables, des nuances inouïes. Et lorsque sa voix déjà ample se déploie et emplit soudainement la grande salle de l’Opéra, le public s’accroche à son siège face à cette maîtrise et cette rare quintessence de l’art. Son bel canto s’appuie sur une technique de haute volée, mais ne se limite jamais à cela, ce qui, dans l’univers de ce type d’opéra, est tout sauf aisé. Elle parvient à donner chair à cette Elvira qui perd pied à plusieurs reprises et passe aussi vite de l’extase à l’agonie (et inversement). Le constat est net : Jessica Pratt est indéniablement au plus haut niveau des hauteurs belcantistes, pourtant himalayennes.

Yije Shi déploie immédiatement, dans le rôle d’Arturo, un chant d’une grande noblesse, d’un legato charmeur et des aigus faciles. Un peu tendu au début, le triomphe qui suit son « a te o cara » semble le libérer complètement. En phase avec sa partenaire, il n’est pas là pour se montrer précautionneux, mais, au contraire, généreux, voire conquérant, même s’il reculera (comme beaucoup, y compris les plus prestigieux) devant l’impossible contre-fa écrit par Bellini. Ce ténor, encore trop méconnu, est incontestablement l’un de ceux qui magnifient les opéras de Donizetti ou de Rossini et l’on ne peut qu’attendre, avec impatience, ses prochaines prises de rôles.

Tout aussi généreux (presque trop pourrions-nous dire), Nicolas Courjal surprend encore et toujours tant l’artiste est à l’aise dans tous les répertoires. Celui-ci n’est peut-être pas son meilleur, mais la projection du chant, la beauté du timbre, la vaillance, la caractérisation forcent, une fois de plus, le respect.
Jean-François Lapointe, sans démériter, est, lui, un peu en retrait. Moins à l’aise que ses partenaires, il semble, au début, plus précautionneux et peine pour rester notamment dans le jeu dans leur fameux duo et dans le magnifique « suoni la tromba », face au volume parfois torrentiel de Nicolas Courjal qui ne l’épargne guère. Le timbre est beau, mais manque par moments de brillance et de projection, les vocalises ne lui sont pas naturelles.
Alors que c’est souvent un rôle sacrifié, Julie Pasturaud apporte sa voix opulente à la Reine, et caractérise fort bien ce personnage qui sauve sa peau, mais provoque le malheur.
Chacun avec son individualité, mais dans un subtil travail d’équipe, la basse, le baryton et la mezzo-soprano, contribuent néanmoins à des ensembles de toute beauté dans cet opéra riche en duos, trios ou quatuors.

Cette synergie se constate également avec le formidable chœur (dirigé par Emmanuel Trenque), l’orchestre de l’Opéra de Marseille et la direction enthousiasmante de Giuliano Carella qui ne relâche jamais la tension puisqu’en face se déploie un groupe de chanteurs prêts à relever tous les défis.
Qu’une représentation soit à marquer d’une pierre blanche parce qu’un ensemble d’artistes parvient à ce niveau de fusion et à ces sommets de chant dans une œuvre aussi exigeante et l’on peut se dire avec gourmandise : « On y était ! ».

Visuel : © Christian Dresse

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