Danse
Variations contemporaines autour de Forsythe au Ballet de l’Opéra de Lyon

Variations contemporaines autour de Forsythe au Ballet de l’Opéra de Lyon

09 novembre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Le ballet de l’Opéra de Lyon propose un programme autour de William Forsythe, avec une création de Fabrice Mazliah, Sheela na gig, conçue en collaboration avec les six interprètes.

[rating=4]

Pour une compagnie comme le Ballet de l’Opéra de Lyon dont le répertoire est tourné vers le contemporain, William Forsythe constitue une des figures essentielles de la programmation. Mais c’est avec une commande à l’un des interprètes du chorégraphe américain, qui a dansé sous sa direction à Francfort puis dans la Forsythe Company, que s’ouvre cette soirée  « Carte blanche à Forsythe ». Sheela na gig de Fabrice Mazliah propose une série de variations sur les figures et les conditions féminines.

Conçue avec les six danseuses qui l’incarnent, la pièce, d’une quarante de minutes, dépasse les limites du langage purement chorégraphique, et n’hésite pas à s’appuyer sur les ressources de la performance, dans une construction formelle qui laisse la place à l’improvisation. Cette transgression des frontières entre les genres s’illustre en particulier dans les pages du répertoire pop et populaire que chantent les six solistes, retrouvant par la voix la nature organique d’un corps de ballet. C’est d’ailleurs cet enracinement charnel sinon biologique de l’identité féminine qu’explore cette création au titre évoquant les sculptures archétypales de femmes nues aux significations ambivalentes sinon controversées que l’on voit dans certaines églises. La scénographie, imaginée par le chorégraphe lui-même et mise en valeur par les lumières de Mathias Rieker, accompagne ce propos avec une symbolique très forte : la vaste toile rouge divisée en six bandes qui se replie au fil du spectacle en fond de scène ne peut manquer d’évoquer le sang et les menstruations de chacune des six danseuses. Par-delà le refus d’une dramaturgie extérieurement fixée, cette succession de saynètes aux tonalités affectives variées évolue par vagues, jusqu’à une ultime séquence spéculaire qui condense les intentions de l’ouvrage : une traversée des regards portées sur les femmes, un peu prolixe parfois, mais non exempte de moments forts, et incarnée avec un engagement évident.

Le vocabulaire de Forsythe, que Fabrice Mazliah connaît intimement, se révèle plus franchement athlétique. Les deux œuvres choisies en déclinent deux avatars complémentaires. Sur les boucles répétitives de Jesus’ blood never failed me yet de Gavin Bryars aux allures d’archives sonores à partir d’un cantique éraillé d’un homme vivant dans la rue, Quintett développe une vitalité toute en souplesse faite d’arabesques et de contorsions feutrées. On reconnaît la virtuosité combinatoire du chorégraphe américain, dans un minimalisme scénographique qui répond à celui de la partition, sans s’asservir à l’imitation, ni verser dans le démonstratif. Les cinq interprètes de la première des deux distributions de la série de représentation – Caelyn Knight, Maeva Lassere, Giacomo Luci, Leoannis Pupo-Guillen et Raúl Serrano Núñez – révèlent toute l’énergie en apesanteur de cette musicalité quasi contrapuntique du mouvement qui contraste avec la vigueur brute de One flat thing reproduced, pour quatorze danseurs et vingt tables. Sur les rythmes de Thom Willems, c’est une démultiplication de forces impétueuses qui se rencontrent et s’entrechoquent, dans une ambiance industrielle – avec l’habillage très casual wear de Stephen Galloway qui participe d’une apparente désacralisation de l’espace scénique – où les individualités se fondent dans un tout en perpétuel mouvement. Une conclusion d’une puissance irrésistible à un programme où le mouvement et sa trame s’affranchissent de formats préétablis, et portée par les affinités électives du Ballet de l’Opéra de Lyon à la tête duquel Julie Guibert vient d’être nommée.

Gilles Charlassier

Ballet de l’Opéra de Lyon, Opéra de Lyon, Lyon, du 4 au 10 novembre 2021.

©Michel Cavalca

La 24ème édition du prix Wepler récompense Antoine Wauters pour « Mahmoud ou la montée des eaux »
Avec « Somnole », Boris Charmatz nous propose un solo unique et somptueux
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture