Théâtre
LES ÂMES OFFENSÉES #4 : Les Hadza Cueilleurs d’eau

LES ÂMES OFFENSÉES #4 : Les Hadza Cueilleurs d’eau

12 mars 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans son théâtre, à partir des carnets de terrain de l’ethnologue Philippe Geslin,  Macha Makeïeff  a imaginé un spectacle ethnographique. Les Hadza Cueilleurs d’eau est la quatrième et dernière édition du travail de la dramaturge autour des recherches de l’ethnologue. 

Dans le grand hall animé du théâtre de La Criée, une exposition de photos de l’ethnologue Philippe Geslin dépose la trace d’un monde qui s’efface de la planète. Pour la quatrième édition, après les Inuit, les Soussou, les Massaï, c’est au tour des Hadza de se faire voir. (Pour les noms de peuples, il y a une réticence à accorder au féminin ou au pluriel comme si ces noms devaient rester intouchables. Pour cette raison et aussi pour éviter de les accorder différemment dans la diversité des langues du monde, les ethnologues décident neutres les noms d’ethnies.) 

Les Hadza sont si loin 

Les Hadza seraient les premiers habitants connus de Tanzanie. Leur présence sur les rives du lac Eyasi remonte à près de quarante mille ans. Leur population s’élève à environ mille individus, dont quelques 400 ont conservé le nomadisme et comme leurs ancêtres, parcourent la savane avec des arcs et des flèches. Ils chassent le babouin, la gazelle et le zèbre, cueillent les baies sauvages, les tubercules et le miel, collectent l’eau au sommet des baobabs, dans le lit des rivières. Une eau rare et vitale qui dicte leurs déplacements au fil des saisons. Ils vivent sans calendrier. Ils n’ont ni cultures, ni bétail, ni abris permanents. Ils ne connaissent pas le mot nature  : ils sont partie intégrante d’elle. Ils sont parmi les derniers chasseurs-cueilleurs d’Afrique. Les fruits, les baies et les racines rapportés par les femmes prévalent sur le gibier dans le régime alimentaire des Hadza. Les hommes, eux, récoltent du miel et chassent à l’arc. Les femmes participent à la chasse. La division du travail et l’économie sexuelle s’apparentent à un matriarcat et font écho à des mythes de création où la différence des sexes est codifiée autour de totem et tabous.

Les Hadza sont si proches

Philippe Geslin est ethnologue, chercheur, ancien professeur des Universités. Au sein des sciences humaines et sociales, il a contribué au développement de l’anthropotechnologie à travers de nombreuses publications et terrains de recherches et d’intervention en Europe, Afrique, Asie, Amérique latine et Groenland.  Depuis 2014 il explore des formes esthétiques de restitutions scientifiques. Il expérimente différentes formes artistiques.

Dans la petite salle de la Criée, il nous tend ses jumelles pour nous approcher au plus près de ces femmes et de ces hommes qui nous apparaissent merveilleux par l’effet conjugué d’un éloignement immense et d’une condition humaine commune. Le plateau se transforme en œilleton de la longue-vue que nous prête l’ethnologue. Entre poésie et théâtre, le récit de l’ethnologue Philippe Geslin entre en résonance avec l’univers visuel et sonore, imaginé par Macha Makeïeff. Sensible, curieux et généreux, Philippe Geslin nous donne en partage des carnets de notes, des photos, des rencontres. L’expérience de spectateur consiste en une conférence théâtralisée captivante. 

Nous accédons à un monde qui se situe au cœur du berceau de notre humanité et nous le confrontons à nos questionnements actuels sur le progrès, l’expansion, l’écologie. Le spectacle vertueux et édifiant avorte nos tentations à aller à rebours. Explorer leurs croyances, leurs désirs nous aide à imaginer une écologie optimiste et non objecteur de croissance ; nous aide à penser l’avenir en se souvenant avec respect et considération de ces premières sociétés avec leurs balbutiements, leurs liens à la nature et aux esprits. Le spectacle nécessaire nous aide à penser autrement. 

Le spectacle se donne jusqu’au 12 mars à La Criée et au Théâtre Liberté à Toulon le 23 mars. Le 22 mars sera présenté à Toulon au Liberté l’opus sur les Massai.

puis

Les Âmes offensées #3 

Les Guerriers Massaï avant le départ des gazelles…

Mardi 22 Mars à 20h à Châteauvallon 

https://www.chateauvallon-liberte.fr/evenement/les-ames-offensees-3/

Les Âmes offensées #4

Les Hadza cueilleurs d’eau

Mercredi 23 Mars à 20h à Châteauvallon 

https://www.chateauvallon-liberte.fr/evenement/les-ames-offensees-4/

Crédit Photo ©Clément Vial

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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