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Festival du film sur les droits humains ce week-end à Genève

Festival du film sur les droits humains ce week-end à Genève

12 mars 2022 | PAR Sabina Rotbart

C’est sans doute un des plus grands festivals de films sur les droits de l’homme existant. Le FIFDH fête ses vingt ans en donnant une audience importante aux activistes des quatre coins du monde. Jusqu’au 13 mars.

Avec 36 films présentés, 11 activistes du monde entier sollicités, 20 débats, le FIFDH (festival du film et forum international sur les droits humains) qui fête en 2022 sa vingtième année impressionne par l’énergie qu’il déploie durant dix jours dans toute la cité. mais aussi par le public très jeune qu’il réussit à mobiliser puisque 50% des participants ont moins de 30 ans. Concert (de Barbara Hendricks, marraine du festival), théâtre (avec Tiago Rodrigues), forums (sur les enfants de Daech que personne ne veut voir, la statuaire raciste dans un pays comme la Suisse qui n’a pas eu de colonies… ) se succèdent ouvrant des questions essentielles. Faut-il en finir avec la coopération ? Comment le transhumanisme redéfinit les droits humains ? S’insurger et après ?

Pour un large public

Parmi les films certains sont grand public comme Hit the road de l’iranien Panah Panahi sur des parents qui conduisent leur fils sur la route éprouvante de l’exil comme si de rien n’était. Ou Good Madam de Jenna Cato Bass qui raconte la quasi invisibilité des bonnes-à-tout-faire en Afrique du Sud les transformant en quasi fantômes.

D’autres volets sont plus strictement documentaires et montrent à quel point en Suisse la conscience critique est très aigüe.  c’est le cas pour Je suis noires qui pointe  le racisme systémique dans la confédération comme ailleurs, un film de Rachel m’Bon et Juliana Franjul. Dans la même catégorie, le très étonnant Tout commence du réalisateur suisse Frédéric Choffat retient l’attention. Ce cinéaste a filmé ses enfants très jeunes adultes et déjà activistes mobilisés pour le climat. Le regard est certes affectif mais surtout presque ethnographique et met en valeur le vocabulaire différent de cette dernière génération. On regrettait juste des longueurs qui desservent un peu le propos passionnant. De jeunes activistes qui étaient d’ailleurs présents au festival où ils soulignaient l’urgence absolue d’agir face à un avenir compromis. Ils témoignaient aux côtés de dix autres activistes venus d’ailleurs comme Shirin Ebadi prix Nobel de la paix venue parler de la torture en Iran et d’autres venus du Liban ou même du Texas… Les militants menacés se racontent à Genève lieu des institutions internationales sans détour et cette médiatisation accrue semble leur procurer un surcroit de protection.

Un lieu pour rencontrer des producteurs

Le FIFDH est aussi un moment de rencontre entre producteurs, diffuseurs, cinéastes, mécènes et ONG, une section professionnelle baptisée Impact days  réunissant cette année 900 professionnels venus de 70 pays. On peut souhaiter ainsi que le très beau dessin animé Ma famille afghane de Michaela Pavlatova, récit d’une femme tchèque venue vivre chez son mari afghan, homme aimant et cultivé mais pris dans le cadre complexe de normes sociales écrasantes ne soit pas davantage distribué en France bien que primé à Annecy en 2021 (il devrait sortir fin avril). Bref, c’est un festival chambre d’écho.

Peace for Nina de l’ukrainienne Zhanna Maksymenko–Dovhych vient ainsi d’être primée cette année lors des Impact days à distance de Kiev encerclée. Ce film  en pleine post-production malgré la guerre est le récit du combat d’une mère de soldat pour faire reconnaître le meurtre de son fils comme crime de guerre. 

Une soirée supplémentaire a d’ailleurs été consacrée à l’Ukraine pointant le non-sens de cette guerre dans le droit international et le droit humanitaire et montrant comment cette guerre a commencé depuis longtemps au Donbass avec le film The earth is blue as an orange de Iryna Tsilyk.

Prolonger le propos au Musée international de la Croix-Rouge

Il faut se rendre parallèlement au Musée international de la Croix Rouge et du Croissant rouge (www.redcrossmuseum.ch) qui est accolé au siège du CICR dans le quartier des organisations internationales que l’on gagnera d’ailleurs ensuite à visiter (Bit, Onu, HRW, OMC…). L’exposition temporaire « Un monde à guérir »  présentée analyse  la grammaire de la photographie humanitaire à travers les très nombreuses campagnes photographiques commandées par le CICR notamment à l’agence Magnum. Organisée par Pascal Hufschmid, historien de l’art et directeur du musée, elle prolonge  le propos du Festival. Mais elle peut se visiter après, jusqu’au 23 mars, comme d’ailleurs ce musée qui est l’un des plus couru de Genève (150000 entrées annuelles en temps normal). Car la scénographie refaite en 2015 par trois architectes de trois pays différents (dont Shigeru Ban) est une réussite pour la visibilité remarquable du propos et par sa façon magistrale de traiter un propos très lourd. 

Tout sur Genève :   WWW.GENEVE.COM                                      

visuels : affiche et photo (c) FIFDH

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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