Danse

Contes tordus : Julie Nioche et Christophe Huysman au 104

Contes tordus : Julie Nioche et Christophe Huysman au 104

16 février 2012 | PAR Smaranda Olcese

Julie Nioche et Christophe Huysman imaginent un écrin enjoué où les corps semblent soumis à des contraintes autres que celles qui régissent le sens commun. Un petit format qui glisse vers le conte, pour mieux nous permettre de nous saisir de l’énorme charge poétique qui se cache dans les failles du quotidien.

 

Crée à Avignon en 2011 dans le cadre des Sujets à Vif, Contes tordus illustrent parfaitement cet esprit qui encourage les rencontres de pratiques et d’écritures et les déplacements aux frontières de différents territoires artistiques. Sans sacrifier à une dimension d’expérimentations formelles, le résultat est jubilatoire. Une belle complicité s’installe entre les deux protagonistes. Julie Nioche, danseuse et chorégraphe, consacre une grande partie de son énergie au monde du soin et de la recherche, notamment à travers A.I.M.E. – Association d’Individus en Mouvements Engagés. Christophe Huysman, quant à lui, est à la fois interprète, metteur en scène et auteur. Il est également fondateur de la compagnie Les Hommes penchés. Ils partagent une manière d’être au monde décentrée, jamais tout à fait stabilisée. Cette façon de concevoir leur art respectif leur permet de faire des pas de côté. Leur terrain de rencontre est fait d’un jeu de rattrapages et d’ajustements perpétuels. Une nécessité intime les pousse à remonter vers les origines du mot et du mouvement.

La parole prend son temps avant d’éclore. Au tout début de la pièce une injonction résonne avec une douce insistance que seule une voix d’enfant pourrait prendre : retrouver le goût de la vie ! Un filtre coloré sépare la cage de la scène de la fosse et des gradins, et plonge le plateau dans une atmosphère bleue, dense et irréelle. Les performeurs sont face à face mais le public n’a pas accès à la réalité sensible de ces corps qui défient les lois de l’équilibre. Les pieds solidement encrés au sol, leurs bustes et leurs bras s’affranchissent du poids, évoluent comme s’ils étaient en apesanteur, s’attirent et se rejettent, penchent dangereusement au delà d’un point de non-retour. Ils semblent portés par des flux d’énergies qui parcourent l’espace qui les sépare.

Cette création pourrait être perçue comme une série de variations légères, ludiques et espiègles sur les membranes, l’extérieur et l’intérieur, le vide et le plein. Rarement la distance entre deux corps aura été aussi riche, sensible et vibratile de toute la potentialité d’un toucher imaginaire. Avec une grande économie de moyens, tout un monde fictionnel gagne de la substance. L’attaque joyeuse, colorée et nullement agressive d’une nuée de petites balles sautillantes remplit le plateau d’une matière inattendue, incontrôlable et hautement plastique, dont l’instabilité générique ouvre la voix d’une poétique des chutes. Les corps retrouvent leur pesanteur dans un champ profondément marqué par le sceau de la fiction.

Les mots se mettent également à couler. Ils esquissent les traits d’un conte naïf, à la fois tendre, cruel et fascinant. Malgré l’absence de contact physique entre les paumes des deux protagonistes, ils se retrouvent dans un espace-temps enchanté qui rappelle à nos sens le bonheur de toucher et d’être touché, par les choses, par les gens et par la vie qui nous traverse.

 

Photos © Christophe Raynaud de Lage et Célie Valdenaire

 

 

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