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Le best of Livres 2018 de la rédaction de Toute La Culture

Le best of Livres 2018 de la rédaction de Toute La Culture

27 décembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors que l’année se termine, nous pouvons nous féliciter d’avoir tenu la bonne résolution de lire avec voracité. Voici les pages de 2018 qui nous ont le plus marqués. 

Yaël : Le livre de l’année est sans conteste Le Lambeau, de Philippe Lançon. J’ai vraiment vécu avec, pas possible de le lâcher. Pas seulement parce que c’est le témoignage d’un des survivants de Charlie Hebdo. Mais aussi parce qu’au fur et à mesure des pages, enfermé dans sa chambre d’hôpital, à la merci des médecins, Lançon s’ausculte sans aucun faux-semblant et, de page en page, on assiste à la naissance d’un écrivain.  Le prix Goncourt 2018, Nos enfants d’abord de Nicolas Mathieu a apporté un vent nouveau : pour une fois pas de passé politique rance – colonial, Vichy ou Première guerre – mais poétique d’une jeunesse proche, dans l’été, et néanmoins l’horizon bloqué pas la persistance de classes sociales. Un texte fort et qui m’a ensorcelée. Et parmi les publications sur Mai 68, le livre de témoignage de Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, m’a vraiment marquée. Non seulement parce que j’adore l’écriture de Leslie Kaplan, mais aussi parce que ce témoignage m’a vraiment permis de voyager 50 ans en arrière et en tant que femme. 

Géraldine : comme Yaël, j’ai beaucoup aimé le Goncourt 2018, Nos enfants d’abord de Nicolas Mathieu. Situé quelque part entre l’écriture blanche à visée sociale d’Annie Ernaux, un portrait de la génération Y à la Tristan Garcia et le sens du rythme et des dialogues d’une Virginie Despentes, le jeune auteur trouve un ton bien à lui, offrant à ses personnages le souffle d’une épopée moderne et désolée. Dans un tout autre registre, pour le pur plaisir d’une langue française érudite comme peu savent encore l’écrire aujourd’hui, j’ai autant aimé Idiotie de Pierre Guyotat que le premier volume de son autobiographie, Formation, paru en 2007.

Jean-Marie : Mes deux choix de cette année se portent vers J’ai couru vers le Nil, de Alaa El Aswany, pour la puissance romanesque et pour la valeur historique ce livre apportant un regard précieux sur la révolution égyptienne; et sur Ton histoire, mon histoire de Connie Palmen, pour le style, pour une histoire d’amour émouvante et pour une étude quasi clinique des ravages de la maladie mentale.

Julien : J’ai beaucoup lu cette année, et j’ai beaucoup aimé lire. Mon premier coup de coeur est un livre qui m’a fait pleurer, un long livre, difficile mais profondément humain: Une vie comme les autres de Hanya Yanagihara. Un livre plein de souffrances pour un personnage qui se bat pour surmonter ses traumatismes. Un immense récit qui ne se lâche pas. Je n’ai pas non plus boudé mon plaisir avec le dernier livre de Franck Thilliez, Le Manuscrit inachevé, tortueux à souhait, intelligent et rondement mené. Que dire aussi de la réédition de l’oeuvre de Richard Brautigan par les éditions Christian Bourgois ? J’ai découvert un écrivain à la tendresse infinie et à l’humour absurde décapant. Deux chouchous ? Un privé à Babylone et Sucre de pastèque. J’ai été captivé par la vie du grand oncle de Javier Cercas, racontée dans Le Monarque des ombres : portrait de la guerre d’Espagne, le roman est aussi une réflexion intelligente sur la famille. Enfin, s’il fallait rire (et lire) à tout prix, je conseillerai le roman de Fabrice Caro (Fabcaro): Le Discours. Des fous rires en lisant un roman, ça ne m’était pas arrivé depuis quand déjà…? 

Marine : Au cœur de mes préférences de cette année, des femmes, évidemment. Des femmes qui écrivent, voyagent, créent, pensent le monde. Le livre qui remporte la première place de mon classement, c’est inévitablement Dans la forêt, le roman de l’américaine Jean Hegland écrit en 1996 et qui, enfin, trouve sa place au soleil sur les rayonnages des librairies françaises. Un chef d’œuvre que j’ai dévoré à une vitesse folle (et tout mon entourage aussi). De 2018, je retiendrai également l’essai à succès de la journaliste Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes. L’autrice de Beauté Fatale nous transporte au cœur de la chasse aux sorcières bien sûr, mais déroule le fil de l’histoire des femmes, mettant en lumière ce que le monde patriarcal d’aujourd’hui doit à ces années de terreur et de misogynie. Vient s’ajouter à ces deux ouvrages le nouveau Patti Smith, Dévotion, publié chez Gallimard, un livre court à lire calmement un dimanche, d’une traite, une tasse de thé sur la table. Et la touche finale, à lire absolument avant la sortie au cinéma de son adaptation réalisée par Martin Scorsese, La Note Américaine, un document écrit par l’américain David Grann qui raconte, non sans nous glacer le sang, une histoire américaine méconnue, celle des assassinats en masse des membres d’une tribu indienne dans les années 20.

Mélanie: Pour moi, les trois livres de l’année sont : 1/Meryem Alaoui, La Vérité Sort de la Bouche Cheval, Gallimard : Une prostituée gouailleuse de Casablanca est contactée par une réalisatrice pour lui raconter son parcours de vie, et fini par incarner le rôle titre du film. Un Pretty Woman à la marocaine, cru mais jamais larmoyant (et sans prince charmant !). 2/Mary MacLane, Que le Diable m’emporte, Editions du sous-sol : Obsédée par l’idée du bonheur, Mary se décrit comme étant un génie coincé dans un trou perdu du Canada et blasphème à tours de bras pour tromper sa solitude. Cette autobiographie date de 1902, mais vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas plus moderne et insolent. 3/Grace Ly, Jeune Fille Modèle, Editions Fayard : Chi Chi est une ado lambda (elle veut être populaire et crushe sur le beau gosse du bahut), ou presque : ses origines chinoises la différencient des autres élèves. Elle qui en faisait un handicap va changer d’opinion en découvrant l’histoire et les sacrifices familiaux, dans un premier roman qui laisse présager le meilleur pour la suite ! 

Voilà dis moi si ça te va !

visuel : couverture du Lambeau (c) Gallimard

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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