Fictions

« Retombées de sombrero/Un privé à Babylone » de Richard Brautigan : rire pour déconstruire les lieux communs

« Retombées de sombrero/Un privé à Babylone » de Richard Brautigan : rire pour déconstruire les lieux communs

12 juin 2018 | PAR Julien Coquet

En choisissant de rééditer l’œuvre de Richard Brautigan, Christian Bourgois éditeur fait le pari de faire (re)découvrir un des pionniers de la Beat Generation à l’humour ravageur.

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Dans Retombées de sombrero, publié en 1980 aux États-Unis, un humoriste, après avoir jeté un de ses brouillons à la corbeille, déclenche dans un San Francisco parallèle des émeutes à cause de la chute d’un sombrero. Au même moment, le personnage principal ne se remet pas de la fin de sa liaison avec son amie japonaise Yukiko.

Le deuxième roman qui compose ce recueil, Un privé à Babylone, s’ingénie à déconstruire les mythes du roman policier et les attentes du lecteur. Comme l’explique son traducteur, Marc Chénetier : « Et ce « thriller » sans « thrills », où tout suspense est désamorcé par les avertissements et les anticipations, toute tension détruite par l’incompétence et l’aveu importun, toute crédibilité hachée par la bêtise et tout machisme miné par la fringale, achève un cycle contestataire et démystificateur ». Crade, détective privé, est engagé par une femme capable de boire six pintes de bière sans percevoir aucun effet pour voler un corps dans une morgue. La première partie, la plus dure pour cet antihéros fauché, est de trouver des munitions. Repoussant toujours le coup de fil qu’il doit donner à sa mère qui le tient pour responsable de la mort de son père et évitant sa propriétaire à qui il doit plusieurs mois de loyer, Crade avance tant bien que mal dans une intrigue qu’il ne comprend pas lui-même. Sa vie réelle ratée, Crade passe son temps à se réfugier dans son imagination, à Babylone, où il est un célèbre détective : « Aïe-aïe-aïe, j’ai commencé à rêver de Babylone en redescendant chez moi. Il ne fallait à aucun prix que je me mette à rêver de Babylone juste au moment où je commençais à arranger quelques trucs. Si je me mettais à gamberger sur Babylone il allait se passer des heures sans que je m’en rende compte ».

Lire Brautigan est un réel plaisir tant l’humour se distingue à chaque page. Composés de courts chapitres, le lecteur avance dans des récits enchevêtrés entre classiques du hard-boiled et comédies du trio ZAZ.

« C’était la première fois que je participais à une poursuite en voiture. J’en avais vu des tas au cinéma, mais je n’y avais jamais participé. C’était vachement différent de celles que j’avais vues dans les films. D’abord, je n’avais jamais été très bon conducteur et leur chauffeur à eux était du tonnerre. Ensuite, au cinéma, les poursuites durent des kilomètres. Celle-là, pas. A quelques centaines de mètres de là, j’ai tourné dans Lombard Street et j’ai emplafonné une familiale qui s’y trouvait garée. Du coup, la poursuite en voiture a brusquement cessé. Ça n’avait pas été inintéressant. Dommage que ça ait duré si peu de temps. »

Retombées de sombrero/Un privé à Babylone, Richard Brautigan, Christian Bourgois, 352 pages, 18 €

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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