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Art Basel 2018 : du relief, du funéraire et du sacré

Art Basel 2018 : du relief, du funéraire et du sacré

12 juin 2018 | PAR Yaël Hirsch

Jeudi 14 juin, Art Basel ouvre ses portes au grand public après avoir accueilli collectionneurs et presse. Toute La Culture a vu la foire en avant-première et vous en parle.

Pour cette édition 2018, ce sont pas moins de 290 galeries et 4000 artistes qui sont attendus sur la grande Messeplatz de Bâle. Comme chaque année, la plupart se concentrent sur les deux étages de « Galleries » en Hall 2. Au rez-de-chaussée, l’on trouve les immenses galeries muséales des grandes villes d’art du monde (avec par exemple une demi-rotonde de toiles de Picasso chez Helly Nahmad). A l’étages sont présentés des œuvres et des artistes parfois un peu moins connus et plus abordables pour les bourses des collectionneurs.

Sur les deux étages, on note cette année une tendance assez forte du mausolée avec un certain nombre de croix, de crucifixions et un triomphe du genre du bas-relief. Un fil rouge à la fois macabre, sobre et élégant que l’on retrouve aussi bien dans la série Gates of Paradise de Sugimoto chez Marian Goodman que dans le sculptural Twith two de Richard Serra qui est adossé aux murs comme un tombeau chez Peter Freeman. Les vrais crucifix de Lucio Fontana font un effet flambeau chez Karsten Greve et le Manteau de Boltanski enveloppe le mur de mémoire chez Kewenig. De même, l’installation De la grille au grillage de Daniel Buren chez Tucci Russo semble plus veiller une tombe que protéger une propriété. La mosaïque de Adrian Paci chez Kaufmann Repetto aussi bien que l’installation de Kader Attia chez Lehmann Maupin et la salle de plastique brûlée de Buri chez Tornabuoni, semblent veiller les morts.

Alors que 14 maisons d’éditions et d’impressions sont mises à l’honneur au cœur de Galleries avec le secteur « Edition », le graphisme est une autre tendance, qui ajoute à l’élégance un peu mortifère de cette édition. Les séries Immersive intégral midnight de Jorinde Voigt chez David Nolan, le travail de Grayson Perry chez Paragon ou un dessin de ville morte de Joaquin Torres Garcia chez Acquavella sont autant d’empreintes marquantes.

Hors de ces deux directions l’on note la présence de Baselitz dans plusieurs galeries (dont Max Hetzler et Thaddaeus Ropac) et l’omniprésence de Anish Kapoor. Parmi nos coups de cœur l’on partage : le triptyque de photos de Alfredo Jaar chez Lelong, Les aquariums de hauteur de Mariele Neudecker chez Pedro Cera et l’installation en miroirs de Alicja Kwade chez König. Enfin nous avons aimé revoir des Photo sublimes, dont le pied de Noureev par Richard Avedon chez Pace McGill.

Du côté du Hall 1, pour la première année Design/Miami et Unlimited se connectaient au dessus de la ligne de tram, les installations gigantesques de Unlimited autant été hissées au premier étage. Dans cette section, même impression de grandes tendances au solennel, au macabre et au cérémoniel dans l’Histoire. Pour la première année, les installations XXL de Unlimited sont en étage et en apesanteur. On y entre par un océan de blancheur sacrée pour se confronter à un grand mur d’Ibrahim Maham.

L’installation de bris de porcelaine Tiger, Tiger, Tiger de Ai Wei Wei trône au centre de cette aile de la foire. Matthew Barney y réédite sans surprise son toujours très macabre Partition de 2002. Évoquant les émeutes de 2010 et la violence avec un pneu en feu, Rikrit Tiravanija, signe une puissante installation vidéo et une œuvre de mémoire. La Tombe ouverte de José Yaque est pleine de plantes en bouteille et nous laisse songeurs. Celles de Jenny Holzer forment un cercle d’humanité froide. Et chez Robert Longo ce sont les étoiles qui sont mortes.

Tout aussi poignante et terrible est l’installation sonore I Have Nowhere To Go. Portrait of a Displaced Person de Douglas Gordon qui nous place dans la cale bruyante et guerrière d’un bateau battu par les flots. Le projet Ponte City de Subodzsky et Waterhouse (lire notre article sur l’exposition au BAL) prend toute son ampleur ente temple et monographie. Une immense installation de tissus de Claude Vialat met de la lumière au dessus d’une sculpture de Richard Long. Et unlimited a exhumé aussi cette année un Connétable de Georges Mathieu de 1959.

Côté privé : les poupées gonflables de Jurgen Klauke rendent le sexe terriblement triste. L’installation vidéo TDLR de Candice Breitz donne la parole à des travailleuses du sexe sur écrans séparés puis ensemble. Avec la fresque de Yu Hong, Old Man Yu Hong Is Still Moving Away Mountains, nous fait entrer dans un Far West mythique mais songe. Il n’y a que, surréaliste et très coloré l’acrylique, la toile blue skies de Katherine Bernhardt pour éclater de couleurs, de même sur celle de Barthelemy Togo sur le Rwanda : de quoi se demander si ces fulgurances de lumière ne sont pas plus tristes que les grandes stèles couleur terre.

Du côté du design, le fond du décor est toujours très noir, les galeries souvent les mêmes avec des éditions superbes, historiques et quasi patrimoniale (Charlotte Perriand chez Downtown Rudy Ricciotti et Claude Parent chez Philippe Gravier, les arts décoratifs des années 1940 et 50’ chez Jacques Lacoste). L’on note cependant au fond un nouvel espace ou Calvin Klein étale un Intensive International Landscape aux tissus africains, la collection de Mini et Vespa Stuart Parr et le très populaire projet sur les espèces en danger de la Fondation Leonardo DiCaprio.

Art Basel, cela dure jusqu’à lundi et c’est aussi des Conférences, un Parcours dans la ville, des foires off à ne pas manquer des fêtes pour les collectionneurs, et des expositions bâloises comme Bacon/Giacometti à la Fondation Beyeler ou l’extraordinaire rétrospective Bruce Nauman au Schaulager. Prévoyez de bonnes chaussures !

Visuels : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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