Fictions
« Fantaisies guérillères » de Guillaume Lebrun : La Seigneure des agneaux

« Fantaisies guérillères » de Guillaume Lebrun : La Seigneure des agneaux

10 octobre 2022 | PAR Julien Coquet

Premier roman porté par une langue inventive et folle, cette réécriture de l’histoire de Jeanne d’Arc amuse et séduit.

Décidément, Jeanne d’Arc n’en finit pas d’inspirer notre littérature nationale, et continue de courir dans l’imaginaire collectif. Du « Jeanne au secours ! » de Jean-Marie Le Pen tourné en dérision, aux deux films de Bruno Dumont inspiré par Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc de Péguy au tout récent Johanne de Marc Graciano publié aux éditions Le Tripode.

Ici, dans ce premier roman, le lecteur fait face à l’histoire de Jeanne d’Arc devenue mythe. Les libertés prises avec l’Histoire font notre plus grand bonheur. Au début du XVème siècle, deux voix vont s’alterner pour raconter une étrange histoire, celles de la Jeanne que nous connaissons, et celle de Yolande d’Aragon, surnommée « Yo ». La Guerre de Cent Ans fait rage et le territoire française se retrouve tiraillé entre Armagnacs et Bourguignons. Prenant le sens de l’Histoire entre ses mains, Yolande, illuminée par une révélation divine, décide de créer une école militaire. Isolée dans une forêt, elle forme des jeunes filles aux techniques militaires et à la pensée critique avec, pour quelques noms de cours : « l’invisibilisation des Femmes Puissantes dans l’Histoire par la diablerie des hommes », « initiation à l’esgorgement et au krav maga », « étude de l’art de guerroyer à travers le monde »… Le but ? Rendre à la France sa liberté et bouter les Englishois. 

La langue de Guillaume Lebrun séduit énormément, et constitue l’atout principal de ce roman, le faisant se distinguer de la masse des premiers romans publiés en cette rentrée littéraire. On sent à quel point l’auteur a dû se plonger dans les textes de Chrétien de Troyes, de Geoffroy de Monmouth, etc. afin de livrer une langue fidèle au Moyen-âge. Mais Guillaume Lebrun renchérit, puisqu’à la langue moyenâgeuse, il ajoute de la langue anglaise et des références au monde contemporain (notamment à la saga de science-fiction Le Guide du voyageur intergalactique de Douglas Adams). Apportons tout de même un petit bémol à cette belle réussite : la fin, inspirée de Lovecraft, nous a perdus. On aurait alors préféré un roman raccourci sur quelques dizaines de pages… Mais ne boudons pas notre plaisir de lecteur : Fantaisies guérillères se présente comme l’un des premiers romans actuels les plus stimulants !

« La guerre dont vous entendez les bruits, les bastailles dont vous voyez les morts et tout ce sang versé jusque dans les sillons de vos pères, oui, tout ceci prendra fin par vostre intervention. Mais ne vous trompez point, bien que je parle à vous toutes, c’est à une seule que reviendra cette grâce, celle d’estre nostre élue. Les autres mourront, de l’effort à accomplir et de bien d’autres périls qui nous attendent. Qui survivra sera sans conteste la plus féroce. Bien sûr, je ne connais point encore le visage qu’elle peut avoir parmi ceux que je voix au jour d’hui. J’ai l’impression qu’icelle pourrait, qu’icelle non, mais la sélection se fera seule et sans moi, j’ai foi en mon Dieu. »

Fantaisies guérillères, Guillaume LEBRUN, Christian Bourgois éditeur, 320 pages, 20,50 €

Visuel : (C) BnF / Armorial de l’Europe et de la toison d’Or. (C) Mickaël Cunha

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Julien Coquet

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