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« Sorcières, La puissance invaincue des femmes », de Mona Chollet : les recettes d’un succès

« Sorcières, La puissance invaincue des femmes », de Mona Chollet : les recettes d’un succès

03 octobre 2018 | PAR Marine Stisi

Dans un nouvel ouvrage publié par les Éditions Zones intitulé Sorcières, La puissance invaincue des femmes, l’autrice Mona Chollet déroule le fil du temps et nous prouve que la chasse aux sorcières des siècles passés n’est pas sans lien avec la misogynie des heures contemporaines et du monde patriarcal dans lequel nous vivons aujourd’hui… Si c’est non seulement passionnant, c’est aussi totalement addictif. 

[rating=5]

Succès de la rentrée

C’est le livre qui est sur toutes les lèvres (ou presque !). Dans le classement des essais les plus vendus de cette deuxième quinzaine de septembre, Sorcières, La puissance invaincue des femmes, apparaît en troisième position. Contactées par la rédaction, les Éditions Zones confirmaient avoir déjà vendu, aux heures où nous écrivons ces lignes, quelque 12 000 exemplaires. Et ce n’est pas fini ! C’est beaucoup et c’est franchement encourageant.

Encourageant en effet, puisque l’essai de Mona Chollet, autrice du largement acclamé Beauté fatale (également publié par les Éditions Zones), est de ces livres éclairant dont nous avons absolument besoin. De plus, il fait absolument consensus. Celles qui le lisent s’accordent pour parler de son effet page-turner et de la facilité avec laquelle il se dévore. Nourrie de multiples références, tantôt classiques tantôt chipées à la pop-culture, difficile de nier les grandes qualités de la plume de Mona Chollet.

Sorcière, un outil marketing ?

En réalité, ne remettant naturellement pas une seule seconde en question les qualités rédactionnelles de l’autrice ni la facilité avec laquelle elle nous emporte avec elle, son sujet est certainement pour beaucoup dans son succès. Sorcières. Difficile d’accuser Mona Chollet de surfer sur la tendance, tant le travail de recherche est conséquent, mais il tombe à pic, c’est indéniable. Depuis quelques mois, les conférences et autres émissions se succèdent les unes aux autres pour évoquer cette histoire dont personne n’a jamais vraiment parlé.

Mais voilà. Jamais le féminisme et la recherche de figures féminines fortes n’avaient semblé aussi séduisants aux yeux du public et désormais, la sorcière est plus hype que jamais. « We are the grand daughters of the witches you could’nt burn », peut-on lire depuis quelques années durant différentes manifestations de femmes à travers la planète. Jadis cachées, les sorcières d’aujourd’hui n’hésitent pas à clamer haut et fort leur identité. De la chanteuse Lana Del Rey qui assiste à une messe noire aux pieds de la Trump Tower de New-York au grimoire de la journaliste et écrivaine Jack Parker publié l’année prochaine, elle est loin, la sorcière terrifiante des dessins animés de notre enfance.

Si à la lecture de l’ouvrage, l’engouement nous apparaît étonnant, c’est qu’il nous fait découvrir avec quel désintérêt la question a été bâclée pendant des décennies par les historiens et les chercheurs. L’histoire, cette histoire-là (l’histoire des femmes ?), n’intéressait probablement pas. À quoi aurait servi une réhabilitation si personne ne s’en souciait ? Les historiens, s’ils abordaient la question, préféraient reléguer les horreurs aux rangs de détails des siècles passés, de réponses peut-être légèrement trop cruelles aux craintes d’une époque révolue. Mais est-ce si révolu que cela ?

Il semblerait que les femmes tentent, avec la réhabilitation des faits – et c’est bon signe – de se réapproprier leur histoire, de mettre des noms sur l’anonyme et de comprendre, aussi, ce que le passé veut dire de notre présent. Une histoire que Mona Chollet déroule en nous posant une question : qu’est-ce que cette chasse à sorcières a à voir avec la vie des femmes d’aujourd’hui, la pression de la maternité, de l’éternelle jeunesse ou de la douceur non négociable ? On vous le donne en mille : bien plus qu’on ne pourrait le croire.

Mona Chollet, Sorcières, La puissance invaincue des femmes, Editions Zones, 240 pages, 18€.

Visuel : ©DR

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

Une réflexion sur « « Sorcières, La puissance invaincue des femmes », de Mona Chollet : les recettes d’un succès »

Commentaire(s)

  • Hommage à la Sorcière…
    La sublime Prêtresse qui chantait le cantique de la Nature, l’inspiratrice des hommes, la grande consolatrice, Celle qui était la promesse et la miséricorde, Celle qui était la science et guérissait toutes les blessures, a été chassée du temple.
    L’ignorance a pris sa place et s’est faite orthodoxie. Alors, que va-t-elle devenir ?… Qu’elle le veuille ou non, la voilà destinée à l’oeuvre sourde des conspirations.
    « Humiliée dans les petites occupations, elle qui avait vu par-dessus nos fronts, dit Jules Bois, elle fut enfoncée dans les détails obscurs. La sibylle qu’elle porte en elle fait semblant de dormir, mais s’éveille parfois.
    « La femme est en tête de l’hérésie. Chassée du temple, elle devint la sorcière. Elle paya cette révolte du plus riche et du plus précieux de son sang. Les Albigeois et les Gnostiques la glorifièrent. La sainte Sophia était pour eux la Déesse invisible. C’est dans le massacre que fut noyée cette résurrection mystique de la femme. Plus tard, quand les Bohémiens arrivent à Paris, ils disent obéir à la sublime maîtresse du feu et du métal, prêtresse d’Isis, qui dans le dernier de leurs chariots penche un front couronné de sequins sur les livres antiques. Mais la pauvre sorcière du moyen âge est encore la plus dolente. On l’extermine par hécatombes. »
    Mais il faut un prétexte pour l’exterminer.
    On l’accuse d’exercer un pouvoir magique, occulte et tout-puissant, pour nuire à l’homme.
    Le synode de Paderborn, en son 6ème Canon, confirmé par un édit de Charlemagne, reprit la question des masques anthropophages en ces termes : « Quiconque, aveuglé par le Diable, croit, à la manière des païens, qu’une femme est sorcière et dévore des hommes, et brûle pour cela cette femme et fait manger sa chair par d’autres, doit être puni. »
    Donc, on mangeait des femmes !… et on accusait les païens de cette invention, pour les noircir !
    Et c’est parce qu’on mangeait des femmes qu’on accuse les sorcières de manger des hommes !…
    Le synode de Riesbach et Freisingen, en 799, dit dans son 5ème Canon que « les magiciens et magiciennes devront être emprisonnés, mais que, dans aucun cas, il ne pourra être attenté à leur vie ».
    Voilà des documents qui nous font connaître les mœurs qui existaient en ces temps.
    La puissance donnée aux femmes sorcières était immense. Une d’elles, du pays de Constance, qui n’avait pas été invitée aux noces de son village, à cause de sa supériorité, se fit, dit-on, porter par le Diable sur une haute montagne, y creusa une fosse dans laquelle elle répandit sa sécrétion urinaire, puis prononça quelques mots magiques, et, aussitôt, un formidable orage éclata qui dispersa la noce, les ménétriers et les danseurs. Tout cela prouve que le mal qui arrivait lui était attribué : c’était sa vengeance qu’elle exerçait, l’ancienne vengeance divine à laquelle on croyait toujours, quoiqu’elle ne fût plus Déesse. Elle était devenue au moyen âge la Stryge, celle qui s’envolait par les cheminées, se précipitait du haut des montagnes, devenait une chatte, etc.
    Et cependant, malgré la persécution, elle travaille, elle écrit, son esprit toujours actif se manifeste sous l’impulsion de sa plus brillante faculté, l’intuition ; c’est ce qui fait dire à Jules Bois, dans Le Satanisme et la Magie (p. 43) : « Elle se relève la nuit, écrit d’étranges pages, qui semblent ne jaillir ni de ses souvenirs, ni de ses lectures, ni de ses conversations. D’où alors ? Autour d’elle, on s’inquiète : comment croire à des fraudes ? On se récrie, on résiste, puis d’épouvante on accepte tout. C’est que l’invisible devient visible de plus en plus, il commande, il conseille, il investit la maison de sa présence outrecuidante, utile cependant. Il gère les affaires, prophétise, allonge dans la famille moderne l’ombre des vieux Dieux. »
    La Fée Mélusine, la femme savante et bonne, n’était-elle pas représentée dans un corps qui finit en serpent par le Catholique qui la maudit ?
    Après ce massacre de la Femme, qu’allait-il rester de la société humaine ?
    « La Femme universelle, toujours refoulée par l’Eglise, la Mère étouffée par la Vierge, la Femme vraie, sans fausse honte de sa nature et de ses dons » (Jules Bois). En effet, il restait la Nature avec ses éternelles lois. Il restait la Femme !.. Déesse sans autels, Reine sans royaume, qui n’ose avouer sa royauté,… mais la prend quand même !
    Mais toutes n’étaient pas des femmes fortes, des sorcières. Il y avait aussi les femmes faibles et amoureuses de l’homme perverti. Celles-là vont au prêtre, et ce sont les riches, les joyeuses, les heureuses, celles qui plaisent aux séducteurs par leurs complaisances ; elles lui apportent leurs amours et leur or. Qui oserait critiquer la sainteté de leurs intentions ? Aussi les maris se taisaient.
    Ces bons Pères ! on les comblait vraiment, on les traitait comme des dieux ; il n’y avait pas assez de belles dentelles pour leurs surplis, pas assez d’or pour leurs ornements, pas d’étoffe assez belle pour les vêtir,… les saints hommes !
    Des mains princières travaillaient pour eux, filaient le fin lin de leur robe… Et tout cela couvrait si bien leur boue, qu’on ne la voyait plus.
    Mais les femmes fortes allaient à l’homme maudit, à celui que, par un paradoxe fréquent, le prêtre appelait « Satan », c’est-à-dire à l’homme vrai, grand et droit. Elles allaient donc au diable, elles se donnaient au diable, modeste, pauvre, déshérité comme elles.
    Ce sont eux qu’on appelle les bons hommes, on les prend en pitié parce qu’ils n’ont pas l’astuce et l’hypocrisie des grands seigneurs de l’Église. Ces naïfs sont restés fidèles à l’antique loi morale ; aussi, comme ils sont ridiculisés, avilis, meurtris, les pauvres grands bons hommes, et hués par le peuple abruti ! Mais qu’importe à ces hommes ce qu’on dit d’eux ? il leur reste la vraie femme, la grande, c’est-à-dire tout, et c’est cela qui, finalement, les fera triompher.
    […]
    Les grandes Femmes du XVIIIème siècle continuèrent l’œuvre des « sorcières », et jetèrent dans le cerveau des hommes toutes les idées qui firent éclore la Révolution.
    Les unes étaient érudites et lisaient le grec à livre ouvert, d’autres furent des savantes qui élargissaient le champ des connaissances humaines, il y eut des philosophes, et des psychologues, des physiciennes et des naturalistes, toutes étaient charmantes et, par le charme de leur conversation, stimulaient l’esprit masculin.
    https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.fr/

    octobre 13, 2018 at 15 h 13 min

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