Fictions

« Une vie comme les autres » de Hanya Yanagihara : Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

« Une vie comme les autres » de Hanya Yanagihara : Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

02 mai 2018 | PAR Julien Coquet

Vendu à plus d’un million d’exemplaires et traduit dans 23 pays, Une vie comme les autres est un roman bouleversant, incroyablement émouvant.

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Il en faudra, du courage, à celui qui se lancera dans cette épopée de plus de 800 pages. Le lecteur, avouons-le tout de suite, souffrira, non pas d’ennui, mais d’un véritable chagrin qui le prendra tout au long de cette incroyable histoire. Au début du roman, Hanya Yanagihara fait mine de s’intéresser à une histoire qui servira de toile de fond au véritable propos de l’auteure. A New York, on suit dès l’ouverture quatre amis prêts à en découdre avec le monde du travail, les relations amoureuses et leur famille. Malcolm est un jeune architecte métis, JB un peintre cherchant la gloire et la consécration, Willem un prometteur acteur et Jude, le mystérieux Jude, un avocat passionné par son travail.

Au bout d’une centaine de pages, le livre bascule pourtant pour ne se concentrer plus que sur le point de vue de Jude dont on découvrira peu à peu la terrible enfance. S’étirant sur une trentaine d’années, ce roman épique américain dresse un panorama des moments-clés de l’amitié des quatre garçons : les joies, les peines et les chagrins de chacun sont évoqués, plaçant le lecteur dans une position de confident et donc d’ami.

C’est par ce procédé qui n’a rien de nouveau dans l’histoire littéraire que Hanya Yanagihara réussit un coup de maître, celui de faire vivre l’empathie et la compassion à son lecteur. Rarement on a été autant ému. On pleure beaucoup durant cette histoire : c’est souvent la mort qui fait son entrée, les doutes des hommes sur les bien-fondés de leurs actions, les chagrins d’amour, la difficulté qu’il y a à persévérer à vivre, etc. C’est par exemple cette scène où Jude ressent la terrible solitude vécue par le garçon auquel il donne des cours privés : « Et il éprouva à ce moment-là, profondément, la solitude que représentait la vie de Felix, ces samedis passés en compagnie d’un avocat estropié qui approchait la trentaine et ne venait que pour gagner de l’argent, et qui sortirait ce soir-là avec des gens qu’il aimait et qui le lui rendaient, tandis que Felix demeurerait seul, sa mère – la troisième épouse de M. Baker – perpétuellement ailleurs, et son père convaincu qu’il avait un problème, quelque chose qui nécessitait réparation ».

On peut reprocher à ce livre d’adopter une vision assez binaire des personnages : ceux-ci aiment soit profondément Jude, lui pardonnant toutes ses maladresses et ses méchancetés, soit ne lui veulent que du mal. Mais ce manichéisme renforce sûrement les sentiments que nous éprouvons pour Jude. Porté par un souffle littéraire puissant alternant souvenirs et anecdotes, ce texte remporte sans aucun doute la palme du roman le plus émouvant écrit depuis une bonne dizaine d’années. Un roman majeur et nécessaire sur l’amitié et la souffrance.

« Tu ne comprends pas ce que je veux dire maintenant, mais un jour tu comprendras : le seul truc avec l’amitié, je pense, consiste à trouver des gens qui sont mieux que toi – pas plus intelligents ou plus cool, mais plus gentils, plus généreux et plus indulgents –, et puis de les apprécier pour ce qu’ils peuvent t’enseigner et à essayer de les écouter quand ils te disent quelque chose sur toi-même, que ce soit une bonne ou mauvaise chose, et de leur accorder ta confiance, qui est le plus difficile. Mais aussi le plus gratifiant ».

Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara, Editions Buchet Chastel, 816 pages, 24 euros

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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