Le Théâtre de la Ville dévoile une programmation 16-17 qui pousse les murs

9 mai 2016 Par Araso | 0 commentaires

Plus que jamais, le Théâtre de la Ville sera un « Théâtre dans la Ville ». Un concept fort et engagé qui prend une dimension nouvelle avec les travaux de rénovation de la salle de Châtelet – celle des Abbesses demeure. Un Théâtre de la Ville qui sort des cadres, lie de nouveaux partenariats dans une tradition déjà bien assise. Une programmation comme on les aime qui fait la part belle à la création, prend des risques en théâtre comme en danse et prône une « ouverture » absolue aux publics, à la jeunesse, aux artistes, aux pays. 

Lors d’une conférence de presse réunissant sa présidente du conseil d’administration Dominique Alduy, Bruno Juillard, premier adjoint au maire de Paris chargé de la culture et Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville, la nouvelle programmation a été annoncée en même temps que la fermeture du Théâtre pendant deux ans pour d’important travaux de rénovation. Ce grand changement, Emmanuel Demarcy-Mota l’avait évoqué en détails et en exclusivité dans une interview à Toute La Culture. Loin de se laisser aller à la nostalgie, le Théâtre grouille de monde, son équipe s’affaire et se montre confiante et le sourire aux lèvres.

Cette huitième saison d’Emmanuel Demarcy-Mota est l’occasion de rappeler l’engagement du Théâtre de la Ville qui donne « priorité aux jeunes« , a toujours eu à coeur d’ »accompagner la jeune génération de chorégraphes et de metteurs en scène » commente Dominique Alduy. Celle qui salue l’engagement de son directeur qui a  »ouvert ce théâtre aux autres salles de Paris dans le cadre de partenariats permanents » souligne le pari relevé et tenu de maintenir sa programmation en s’associant à plus d’une vingtaine de théâtres.

Cette ouverture, il faut la qualifier, et ce matin ce ne sont pas les exemples qui manquent à l’appel: ouverture sur le monde, accueil des Berliner pour une première en France autour de Faust, Emmanuel Demarcy-Mota lui-même tourne avec sa compagnie à l’international en prenant soin d’exporter la langue française au passage. L’an passé, ce sont 260 000 spectateurs qui sont venus au Théâtre de la Ville, un nombre toujours en progression régulière. Le résultat d’une assidue « politique de fidélité relationnelle avec le public«  selon Dominique Alduy, qui note au passage la « gestion exemplaire » du théâtre. Oui, affirme-t-elle, « nous aurons un pincement au cœur quand nous quitterons le bâtiment »

Bruno Julliard, qui siège régulièrement au conseil d’administration, a quant à lui rappelé le soutien de la maire de Paris à ce théâtre dont la construction unique a inspiré les rénovations de Chaillot, du TPE, de Sceaux. Saluant le « travail colossal qu’a nécessité la préparation des travaux et la saison 2016-17 essentiellement hors les murs », le premier adjoint à la maire de Paris annonce avec fierté qu’une enveloppe de ½ milliard d’euros sera investie d’ici 2020 dans la politique culturelle de la mandature. Et de rappeler que pour Anne Hidalgo, le rapport au public est une priorité, comme l’indique à juste titre le concept du « Théâtre dans la Ville« , une utopie concrétisante d’un théâtre accessible au plus grand nombre. Un chemin qui ne se fait pas sans l’art d’une certaine prise de risque, dans lequel le Théâtre de la Ville est passé maître, plaçant la création avant tout. 2018 ouvrira donc une ère de créativité. La très bonne surprise de cette saison 16-17 est que l’on ne voit quasiment pas la différence avec une programmation dans les murs. En ce qui concerne les partenariats, Bruno Julliard a tenu à souligner la « discussion amicale et franche avec Pierre Cardin pour qu’il libère ses locaux de l’espace Pierre Cardin » appelé aussi le Pavillon des Ambassadeurs. Entre mars 2016 et le mois d’octobre, date du déménagement, 1,5 millions d’euros auront été investis par la ville pour y accueillir les équipes du Théâtre. Le Théâtre du Châtelet subira également et concomitamment d’importantes mutations, avant que de nouveaux travaux soient lancés en 2018 à la réouverture des deux théâtres, cette fois pour rénover la place du Châtelet.

Quand Emmanuel Demarcy-Mota prend la parole, c’est tout d’abord pour rappeler que le théâtre s’inscrit dans la droite lignée des grands enjeux de transformation et d’utopies des années 1970. Il souligne l’impact du rapport au travail, dans la préparation des travaux pour impliquer les équipes dans un modus operandi qui ne pouvait être ni brutal ni coercitif. « Face à un obstacle, trois attitude sont possibles : buter dedans, faire un détour, ou celle choisie par toute l’équipe du Théâtre de la Ville de s’appuyer sur l’obstacle pour rebondir plus loin. » Et la messe est dite. Son ambition? « Installer une qualité de dialogue et d’échange entre les équipes. Les fonctions de chacune et de chacun feront que chacune et chacun échangera sur la base de sa volonté en fonction des équipes, des théâtres, et des projets. C’est auront une opportunité unique de créer des échanges fructueux.« 

Emannuel Demarcy-Mota rappelle le lien que doit avoir un théâtre avec le temps scolaire. Dans ce contexte, la question de la gestion des 3 temps de la vie d’un individu (scolaire, péri-scolaire et en famille) et comment on s’engage sur ces trois temps implique de sortir des clichés et comprendre les mutations d’une société. Cette ouverture à la jeunesse se traduit par 40 000 places pour les moins de 15 ans lors de la prochaine saison

Pour le reste, le théâtre continue de soutenir la création tout en maintenant les grands enjeux. Le directeur rappelle son souhait de « favoriser les artistes qui décloisonnent les formes artistiques et dépasser voire effacer les frontières. Le projet politique d’un théâtre s’examine sous l’angle de sa programmation artistique.«  Comment continuer à préserver l’acte artistique authentique et renouveler la présence de nouveaux artistes comme ceux que l’on accompagne régulièrement? C’est le défi relevé par le théâtre pour les deux prochaines saisons.

La saison 16-17 compte donc 123 programmes contre 130 la saison passée, dont 23 pour le théâtre, 35 pour la danse et 15 pour l’enfance et la jeunesse, pour une jauge totale de 230 000 places. Ce sont donc 7 metteurs en scène, 8 chorégraphes et 30 pays qui seront représentés, avec 15 créations. De grands temps forts ponctueront la saison, comme ce dialogue entre les villes de Paris et de New-York, où Emmanuel Demarcy-Mota a déjà emmené ses propres spectacles. Mais pas question pour lui de se mettre en avant pour le plus grand bonheur de Yoann Bourgeois, qui sera montré pour la première fois à la Brooklyn Academy of Music (BAM). En échange, Kyle Abraham montrera sa danse urbaine New Yorkaise pour la première fois en France, de même que les chorégraphe Robert Ashley et Steve Paxton.

Autre temps fort, le lancement de l’espace Pierre Cardin sur deux weekends fin novembre et début décembre. La programmation du lieu fait honneur à cette nouvelle salle d’accueil: Akram Khan y créera une pièce, Fabrice Melquiot va réunir 10 interprètes et il s’y tiendra un salon de musique iranienne. Les deux monstres sacrés Robert Wilson et Mikhail Baryshnikov y seront à nouveau réunis pour un spectacle autour des cahiers de Nijinsky. Emmanuel Demarcy-Mota, qui confie son admiration pour Camus, y créera avec sa compagnie « L’Etat de Siège« , Kaori Ito y reprendra le magnifique « Je danse parce que je me méfie des mots » créé pour et avec son père, et Yoann Bourgeois y créé son prochain spectacle, « Minuit et demi« . 

Le théâtre du Rond Point et Jean-Michel Ribes accueilleront la création très attendue de James Thiérée, tandis que le très célébré « Réparer les vivants » qui fit salle comble au théâtre Paris Villette le mois dernier se donnera aux Abbesses en juin prochain. Egalement en reprise, le « Polyeucte » de Brigitte Jacques-Wajeman, « Alice et autres merveilles«  dans le cadre du parcours Jeunesse.

Un programme de danse comme on les aime et qui ne diminue pas, avec 34 projets dont « Available Light  »de Lucina Childs, la révélation du dernier festival d’Avignon « Steroptiks« ,  »BIT » de Maguy Marin, et « Jamais assez«  de Fabrice Lambert et  »Finir en beauté » de Mohamed El Khatib, dont la nomination comme l’un des trois artistes associés est une très belle surprise dans un paysage où le metteur en scène nous avait habitué à des lieux bien plus confidentiels. 

D’autres temps forts de la danse illumineront la programmation, comme la sublime Cristiana Morganti, interprète historique de Pina Bausch qui présentera un solo aux Abbesses, Pina Bausch d’ailleurs programmée en ouverture de saison avec « Viktor« , Anne Teresa de Keersmaeker investira le Centquatre tandis  qu’Hofesh Schechter réalisera sa prochaine création mondiale à la Grande Halle de la Villette, avant même de la présenter à Londres. Fermé, le Théâtre de la Ville ?

Visuels © Araso/ Visuel officiel de la saison 16-17 du Théâtre de la Ville


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