Danse
Le re-Bound de Paxton au Festival d’Automne

Le re-Bound de Paxton au Festival d’Automne

23 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En 1982, le chorégraphe américain Steve Paxton danse Bound. Plus de trente ans après, le temps est venu de garder ce solo emblématique vivant. C’est donc transmis à Jurij Konjar que cette pièce cruellement actuelle arrive dans le cadre au Théâtre de la Ville invitée par Le Festival d’Automne 

Le spectacle semble être un portrait de l’Amérique, nous plaçant avant la guerre de Sécession. Il y a sur le plateau des bouts de bois, un écran et bientôt des objets nous plaçant dans un remix de La petite maison de la prairie : un rocking-chair et un landau en bois. Jurij Konjar entre en scène vêtu d’un pantalon, d’un tee shirt, de lunettes noires et d’un bonnet de piscine. Il porte un carton autour de lui qui lui donne l’air d’un passager étrange. Il passe devant un écran camouflage et camouflet. Que cache-t-il ? Sa danse nous informe dans un geste qui vrille, qui ne cesse d’être circulaire, tout en s’appuyant sur une flexibilité étourdissante. Il y a ici une précision du geste qui le rend fluide, sans jamais aucun à-coup. Ce nageur-là semble se promener dans le temps au son d’une radio saturée, d’un air qui pourrait être celui d’une ancienne cathédrale ( en fait des chants Bulgares)  et des bruits de bombes.

Quand on revoit Paxton danser (magie du web) on retrouve une transmission parfaite. Transmettre. Cela est une norme dans la pratique de la danse. Cet été à la Parenthèse au Festival d’Avignon on a vu Michèle Noiret faire de cet exercice un spectacle en donnant Palimpseste à David Drouard. On se souvient également de Boris Charmatz et Frank Willens dansant l’un après l’autre les gestes monuments de la danse contemporaine pour Sans Titre de Tino Seghal. La leçon était simple : le même mouvement porté par un autre corps diffère. Ici, en revoyant l’élève de Merce Cunnigham, on se place dans une exacte similitude. Le spectacle est ainsi archivé, comme photocopié, par le vivant.

Steve Paxton « Bound » at The Kitchen (1982) from The Kitchen on Vimeo.

Paxton, perçu comme l’un des fondateurs de la danse contact se situe dans la droite ligne de l’institutionnalisation de cette démarche. Rappelons deux faits. En 2014, le Centre Pompidou offre une Retrospective à Xavier Leroy et en 2015, Boris Charmatz, directeur du Centre Chorégraphique National de Rennes renommé Le Musée de la danse, fait entrer Vingt danseurs pour le vingtième siècle au répertoire de Garnier.

Avec Bound, ce qui étonne,  c’est l’avant-gardisme de la pièce. En 1982 l’art vidéo n’est pas roi sur les scènes, non plus les mélanges de genres. Ici nous sommes aux frontières de la performance et de la danse, on sent exactement la part d’improvisation désormais écrite. Là encore, ce qui apparaît aujourd’hui comme une norme ne l’était pas encore. Il faut également écrire que les sujets qu’aborde Bound sont d’une actualité folle. Qu’est-ce qui fait une nation ? Comment se construire une identité sur les ruines d’une guerre ? La spiritualité est-elle une fuite ?

C’est une chance magnifique que le Festival d’Automne et le Théâtre de la ville offrent en donnant à voir un monument de la création des années quatre-vingt.

Visuel : ©Jurij Konjar

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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