Danse

« 20 danseurs pour le XXe siècle », le sacre de la modernité par Boris Charmatz

« 20 danseurs pour le XXe siècle », le sacre de la modernité par Boris Charmatz

26 septembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire danser l’archive. Écrit comme cela rien de très sexy, pire, rien de populaire. Alors comment faire ? Et bien en important une idée chère à la fois à Jean Vilar et Au Musée de la Danse : donner à voir les pas qui ont fait le vingtième siècle, en les sortant de leurs cadres. Vingt danseurs pour le XXe siècle, spectacle déambulatoire et performatif  chorégraphié par Boris Charmatz est entré au répertoire de l’Opéra de Paris.

[rating=5]

Le danseur et chorégraphe Boris Charmatz impose ici un sentiment aussi agréable qu’il est puissant de frustration. Il est impossible de tout voir car les vingt danseurs de l’Opéra de Paris performent tous en même temps dans tous les espaces du Palais, à l’exception, symbolique et efficace de la salle et du plateau.

A vous de créer votre parcours et votre spectacle. A la différence de Sans Titre de Sehgal où les dates clés de la danse au XXe siècle se fondaient dans les corps nus de deux danseurs, ici, tout est aléatoire. Sans titre se nommait aussi 20 minutes pour le XXe siècle et la référence est nette puisque Frank Willens et Boris Char­matz étaient interprètes. Le hasard des rencontres nous aura fait côtoyer de nombreux faunes et nymphes. Cela est obligatoire, car il faut saisir ce que les années 1912 et 1913 ont révolutionné dans le fond et dans la forme. Années de naissance de l’Après midi d’un faune et du Sacre du Printemps. Deux pièces sans cesse revisitées depuis leur création.

Garnier devient ici un temple d’icônes souvent disparues : Cunnigham, Bagouet, Pina Baush, Alain Buffard mais aussi Claude François. On circule dans un siècle et dans des espaces, dans les déroulés de Pina, les alignements de Merce, les pliés de Nijinski, les révolutions d’Isadora.

Qu’il est rafraîchissant alors de déambuler dans les dorures à quelques centimètres des meilleurs danseurs qui soient. Ils sont :  danseur étoile, sujet, premier danseur, quadrille, et se prêtent au jeu de la rupture hiérarchique. Eux dansant dans des conditions proches d’un spectacle de rue. L’étoile Benjamin Pech passe par exemple d’un exigeant Fokine à un Buffard très aride ( et magnifique ) qui pose la question  de la place du corps dans le geste.

Quelque soit le temps que vous y passerez, les extraits que vous verrez et ceux que vous raterez, l’objectif de cette pièce est atteint : Vingt danseurs donne réellement à voir et à comprendre quel fut l’apport sans égal, de part sa diversité, de ce siècle à l’histoire de la danse. Siècle qui après avoir éclaté les codes chorégraphiques est entré dans un questionnement non clôt sur ce que veut dire la circulation d’un corps dans l’espace. Par exemple, les chairs maltraitées de Benoît Lachambre font l’objet d’une improvisation. Siècle qui a vu aussi deux guerres mondiales et trois génocides. Assez pour que cela passe dans les gestes qui deviennent raideurs et angles sous les notes de Glass.

Cette entrée au répertoire répond à une actualité et à un besoin ressenti par le monde de la danse depuis quelques années : comment montrer ce qui n’est plus ? Charmatz répond par l’évidence : en dansant bien sûr. Il ouvre ainsi une  nouvelle question, celle de la perpétuelle transmission. Parmi les passeurs on compte ici, notamment, Dominique Brun, qui avait réactivé le Sacre dans son jus en 2013 ou Jérôme Bel, insatiable archiviste du mouvement.

Il reste de la place pour ce spectacle, au tarif unique de 15 euros.

Avec :
Stéphanie Romberg
Caroline Bance
Marie-Solène Boulet
Myriam Kamionka
Alexandra Cardinale
Juliette Gernez
Anémone Arnaud
Julia Cogan
Noëmie Djiniadhis
Marion Gautier de Charnacé
Julie Martel
Caroline Osmont
Sofia Parcen
Benjamin Pech
Alessio Carbone
Yann Saïz
Pascal Aubin
Grégory Gaillard
Hugo Vigliotti
Jean-Baptiste Chavignier
Erwan Le Roux
Samuel Murez
Pierre Rétif
Francesco Vantaggio

Visuels : ABN

Infos pratiques

Elephant Paname
Kraspek Myzik
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *