Politique culturelle

[Interview] Xavier Le Roy « Il y a une nécessité de travailler avec la généalogie de l’art dans lequel on s’inscrit »

[Interview] Xavier Le Roy « Il y a une nécessité de travailler avec la généalogie de l’art dans lequel on s’inscrit »

17 mars 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Xavier Le Roy est le chorégraphe à suivre. Le Théâtre de la Cité Internationale lui consacre une résidence de trois ans et le Centre Pompidou, dans le cadre de l’indispensable Nouveau Festival, vient de clore une « Rétrospective ». L’occasion de rencontrer l’ex universitaire qui offre un décryptage de notre monde par le mouvement.

Avez-vous l’impression d’avoir créé un style ?

Je ne pense pas avoir créé un style, si je l’ai fait c’est indépendant de ma volonté. Je n’ai pas une compagnie au sens où on peut l’entendre, c’est à dire le format qui serait d’avoir des danseurs qui travaillent ensemble sur une longue durée. Je ne veux pas travailler comme ça, je fais des pièces qui peuvent être : soit moi seul sur scène, soit des vingtaines.

Ici, vous présentez une exposition, « Rétrospective », comment avez-vous recruté vos danseurs ?

Pour ce travail, il faut que ce soient des gens qui parlent français. Ce qui est important pour moi c’est qu’il y ait autant de femmes que d’hommes. Il faut qu’il y ait un mélange des générations, là les danseurs ont entre 23 ans et 58 ans, ceci afin d’avoir des récits et des parcours différents puisque c’est ce qui compose une partie de ce qui est échangé avec les visiteurs. Il y a aussi un mélange parmi ceux qui ont participé au projet dans d’autres pays, à Rio et Hambourg, notamment. 

Le projet se nomme « Rétrospective », l’ex scientifique que vous êtes devient-il historien ?

Le mot rétrospective n’est pas utilisé dans le sens de me tourner vers l’histoire, il est plutôt utilisé ici pour le fait que c’est un format qui est très adapté aux arts visuels plutôt qu’aux arts vivants. En prenant ce titre là, j’essaie de faire une pièce pour les espaces des musées et en même temps ça utilise ce que « Rétrospective » veut dire, se tourner vers l’arrière, mais je le vois plus dans quelque chose qui doit se projeter vers l’avant, de créer quelque chose de nouveau et pas d’historiciser des pratiques, mais plutôt de produire du récit qui va vers l’avant.

Est-ce qu’il y a une volonté de rassembler les mouvements de la danse pour faire musée? En voyant Giszelle, on pense à Sans titre de Seghal, et ces deux spectacles ont plus de dix ans…

Le temps des spectacles, on n’en est pas responsable. On fait des choses qui ne sont pas forcément comprises au moment où on les fait. Il y a une nécessité de travailler avec la généalogie de l’art dans lequel on s’inscrit. J’ai eu cette expérience d’avoir participé avec le Quatuor Albrecht Knust (Paris) sur la recréation de pièces d’Yvonne Rainer et de Steve Paxton. Le quatuor a initié ce projet de retravailler des œuvres qui ont été importantes dans l’histoire de notre modernité. Quand ils m’ont invité à participer à cette expérience j’ai compris que certaines réponses à mes questions pouvaient être dans des pratiques qui ont eu lieu avant et dont on n’a pas connaissance. Il y a peut-être une conscience que l’on peut voir, actuelle, et il y a des divergences à ce niveau-là de la nécessité de visiter des choses de l’histoire pour comprendre ce que l’on fait, ce que l’on doit faire, ce sont des outils, une force motrice. L’idée du musée dans le sens de conserver ne m’attire pas. Les questions que posent Boris Charmatz sont intéressantes quand ça produit une pensée, pas quand ça range les choses, je ne suis pas attiré par cela. Comment on fait avec la danse, est ce qu’un support filmique, de notation, des dessins suffisent pour avoir accès au travail, d’une façon oui mais cela ne permet pas l’expérience de la pièce puisque qu’il faut la remonter. Je suis partisan de montrer les choses.

Il y a un décalage artistique qui se crée dans le moment où sont montrées les œuvres. Au TCI, vos soli étaient présentés de façon chronologique, le plus récent, Le sacre du printemps était plus théâtral, avez-vous envie d’aller dans ce sens ?

Je n’aime pas les catégories, cela divise, sépare, cela n’aide pas à sentir ce que les travaux font. La classification ça arrête, moi j’aime que ça aille dans le sens du mouvement, si je me suis tourné vers cette activé-là, c’est pour ça. Pour qu’une pièce vive, il faut la montrer, après on dépend de ceux qui veulent bien la montrer. J’ai cette chance.

Sur quels types de projets travaillez-vous maintenant ?

Rétrospective va aller à New-York et à Singapour. Je travaille aussi sur un solo.

Votre travail Produit de circonstance a du libérer pas mal d’Universitaires. Vous y êtes critique envers l’université et son népotisme, vous libérez les chercheurs, c’est pas mal ! Au départ vous deviez la montrer une seule fois. Que gardez-vous de l’université ?

Si ça libère les chercheurs, c’est une bonne raison de montrer les pièces ! Ce que je garde de l’université? On est formé quand on y passe dix ans, cela nous constitue. L’approche analytique que ‘j’ai des choses elle s’est faite à la fac, maintenant on peut retourner les choses, est ce que j’ai étudié la science parce que j’avais une approche analytique. Pendant dix ans j’ai appris à poser des problèmes, expérimenter, analyser, tirer et communiquer des résultats, ça a été mon éducation. Je ne suis pas dans une volonté d’utiliser ça pour le traduire dans une pratique qui serait artistique et plus scientifique et je ne suis pas non plus dans une dynamique de rejet de cette chose même si comme vous dites je suis critique, mais je suis critique de la société de façon générale.

Vous dites « j’ai perdu la croyance en la science »

Oui, et puis je me rends compte que ces problèmes que je vois dans le domaine de la science, je les retrouve dans le domaine artistique, c’est quelque chose de plus large, qui dépasse l’université et qui me gêne.

Visuel : ©Vincent Cavaroc

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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