Danse

« (Sans titre) (2000) » La mise à nu de la danse contemporaine par Tino Sehgal

« (Sans titre) (2000) » La mise à nu de la danse contemporaine par Tino Sehgal

23 janvier 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il y a 13 ans, le lauréat 2013 du Lion d’Or à Venise crée une pièce de « situations construites » nommée (Sans titre) (2000). Ce roi du vide qu’est Tino Sehgal s’affrontait alors à la définition même de la danse contemporaine. Revu au XXIe siècle, le spectacle prend l’allure d’un témoignage âpre aussi étonnant que déroutant.

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(Sans titre) (2000) ou 20 minutes pour le XXe siècle, ou Museum of modern art. Ce sont les trois noms que porte le spectacle. Les deux derniers, ce sont  l’interprète dont on devine la nudité dans le noir qui nous l’annonce, debout les bras en croix. La lumière s’allume, crue. Aucun décor, aucune autre lumière que les pleins feux de la salle et du plateau, et aucune musique. Le vide, c’est ce qui entoure le danseur qui est là, seul avec ses pas, sans possibilité de se cacher ou de dissimuler une maladresse.

Le propos est de faire un musée de la Danse, à l’instar de celui créé par Boris Charmatz. Deux danseurs interviennent tour à tour pour nous livrer une histoire du XXe siècle.

Frank Willens et Boris Char­matz, dans cet ordre, vont offrir la même partition à quelques détails près. La cruauté est ici là à l’état pur. Sans florilège, la nudité laisse voir la perfection des corps de ces athlètes se parer de douleurs et de rougeurs. Tout dans ce spectacle incarne le siècle achevé. Le XXe siècle qui dans ses frontières historiques s’ouvre sur la Première Guerre Mondiale et se clôt sur les attentats du 11 septembre 2001 pue la mort. Les artistes, qu’ils soient peintres (Duchamps est ici incarné largement) ou chorégraphes, ont largement déconstruit le classicisme pour tenter d’atteindre la radicalité propre à cette époque qui appartient déjà au passé.

Le premier solo sera plus long que le second, alors que les mouvements sont quasi les mêmes. Il s’agit de prendre le temps de rentrer dans la très ardue proposition et d’y prendre goût. On voit comme dans une expérience scientifique comment deux danseurs peuvent, de par leur personnalité, livrer une interprétation si différente qu’elle transforme les gestes.

Le public averti de Beaubourg se prend vite au jeu. Il s’agit de reconnaître les pas, le plus facile étant le bras emmenant le corps du Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker. On reconnait en art, Le nu descendant l’escalier et Fontaine (NDLR ne dévoilons pas la nature de l’hommage) de Duchamps et Le cri de Munch. On entrevoit les deuxièmes de Cunningham et la géométrie de Trisha Brown.

En sortant de (Sans titre) (2000) le spectateur aura une vision parfaite de ce qu’a été la danse au XXe siècle. La performance de ce duo séparé est saisissante de force. Ici, les respirations se font rares, on rit un peu mais pas souvent, les corps sont transmués par la douleur, les yeux se révulsent, les membres sont avalés, l’ordre des choses est inversé. C’est bien là que l’on reste sans voix et donc sans titre devant le portrait du siècle de l’horreur.

Visuel : © MYRA- Logo du Centre Georges Pompidou

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