Danse

[Festival d’Automne] « Available Light » : les lumineux contrepoints de Lucinda Childs

[Festival d’Automne] « Available Light » : les lumineux contrepoints de Lucinda Childs

05 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En 2014, le Festival d’Automne et le Théâtre de la Ville nous permettait, en présentant Dance, une pièce créée en 1979,  de comprendre la danse en miroir de l’immense chorégraphe américaine Lucinda Childs. Le voyage dans le temps nous amène aujourd’hui en 1983. Available Light est une affaire de trio : Adams/Childs/Gehry. Une cohésion totale d’un décor, d’une musique et d’une phrase chorégraphique.  Chef d’œuvre

[rating=5]

C’est une expérience hypnotique et charnelle. Ici, une seule phrase est découpée, accélérée, ralentie. Il est question d’arabesques, de pieds en première, de deux tours, de quelques jetés. Une phrase simple, techniquement obsessionnelle, mais sans grande difficulté. Les danseurs jaillissent dans la lumière, en clair-obscur. Ils sont puissants et en aucun cas écrasés par le décor tout en métal de Frank Gehry. Ici, nous sommes dans l’extension de la scénographie de Dance, signée par Sol Lewitt, où les danseurs composaient avec leur double vidéo. Ici, le plateau se divise en deux pour mieux entrer dans la musique circulaire de John Adams. Les danseurs deviennent alors de merveilleux pions, permettant des points de vue différents sur des répétitions de gestes.

Les onze danseurs sont vêtus de costumes signés par Kasia Walicka Maimone : des sortes d’académiques découpés dont virevoltent des bouts. La liberté se niche dans les détails il faut croire.  Ils sont tels des robots, happés par les cellules répétitives de John Adams. Ici on devient fou. Ce groupe répète, répète encore puis découpe et recompose : répétitions et leitmotiv fusionnent. On le comprends ici,  l’époque joue beaucoup. En 1983, le Fase d’Anne Teresa de Keersemeker, une composition en boucle et déphasée sur une musique de Steve Reich,  a un an. L’idée que la danse n’a pas à être ni jolie, ni illustrative est dans l’air du temps. Ce qui est neuf, c’est l’apparente aridité derrière laquelle se dévoile une sensualité extrême. Il y a ici des corps qui ne se touchent jamais, chacun posé à une distance assez imposante de l’autre. Et pourtant, c’est électrique, c’est rouge de désir. La lumière, ici véritable actrice, transforme le corps des danseurs. Ils deviennent des machines.

C’est hypnotique et fascinant, et, c’est évident, une performance technique folle. Si les pas sont simples, la décomposition du mouvement est de la haute voltige. Le travail est d’une précision militaire.  L’occasion est trop belle de voir une nouvelle archive dansée. Après la danse contact de Paxton qui se donnait jusqu’il y a peu aux Abbesses, Available Light permet d’accéder à un autre pendant de l’art chorégraphique américain , la célèbre post modern dance qui n’a rien perdu de sa radicalité.

Visuel :© Craig T. Mathew

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *