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“La Grande Magie” de Emmanuel Demarcy-Mota ne charme pas

“La Grande Magie” de Emmanuel Demarcy-Mota ne charme pas

10 December 2022 | PAR Julia Wahl

Le Théâtre de la Ville accueille jusqu’au 8 janvier La Grande Magie de Eduardo De Filippo, dans une mise en scène de Emmanuel Demarcy-Mota.

La pièce de Eduardo De Filippo commence comme un vaudeville : un mari jaloux, Calogero, voit sa femme le quitter lors d’un spectacle de magie. La pièce glisse toutefois rapidement vers le merveilleux, le magicien à l’origine de la supercherie tentant de convaincre l’époux malheureux que l’adultère de sa femme est une illusion, le tour de magie n’ayant jamais cessé. Durant quatre ans, Calogero s’accrochera à cette croyance.

Si la mise en scène de Emmanuel Demarcy-Mota retransmet bien l’univers du vaudeville, le caractère onirique de la suite de la pièce n’est retranscrit que par des poncifs du genre, formes géométriques projetées en fond de scène et musique lancinante.

Surtout, la principale nouveauté de cette proposition interroge : Calogero, le mari jaloux, devient une femme, Calogera, la femme infidèle un homme et l’amant une maitresse. Malheureusement, ce qui pourrait passer pour une remise en cause des rapports traditionnels hommes- femmes rate son coup : les ressorts de la jalousie du Calogero de De Filippo s’inscrivent clairement dans une culture patriarcale qui enjoint aux femmes d’être chastes et aux hommes de les surveiller, tout en niant leurs sentiments (le texte de Eduardo De Filippo est on ne peut plus clair à ce sujet). Certes, on pourrait voir dans le choix de Demarcy-Mota le désir, précisément, de renverser cette bipartition des genres. Mais alors, il eût fallu modifier également les genres des personnages secondaires. Or, seul le policier en charge de faire la lumière sur la disparition fait aussi l’objet d’un changement de genre. Malheureusement, il s’agit d’un personnage gauche et veule : en l’état, ces quelques choix d’inversion des genres nous donnent surtout l’impression d’assister à une pièce misogyne.

 

Visuel : La Grande Magie – Nadège Le Lezec

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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