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« Les Sorcières de Salem » au Théâtre de la Ville : Emmanuel Demarcy-Mota nous offre une vision onirique de la pièce d’Arthur Miller

« Les Sorcières de Salem » au Théâtre de la Ville : Emmanuel Demarcy-Mota nous offre une vision onirique de la pièce d’Arthur Miller

11 mars 2020 | PAR Julia Wahl

 

Mise à jour du 5 octobre : Le spectacle a été arrêté suite à la Covid, il a repris sa route et joue en ce moment et jusqu’au 10 octobre. Réservations ici

Le Théâtre de la Ville reprend jusqu’au 4 avril la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota des Sorcières de Salem, un texte d’Arthur Miller revenant sur une histoire survenue dans le Massachussetts en 1692.

L’histoire des Sorcières de Salem est connue de tous les livres d’histoire américaine : dans la ville de Salem, en proie aux querelles intestines, des femmes accusent leurs concitoyens de les avoir ensorcelées. Lors de procès à charge retentissants, le gros de la population est décimée.

Ce n’est pas pour rien qu’Arthur Miller, en 1953, utilise cette histoire comme allégorie du maccarthysme qui sévit alors : considéré comme fondateur des États-Unis modernes, cet événement fait figure de repoussoir, les accusés ayant été laissés aux mains de juges et jurés aveuglés par leur puritanisme. Sur cette horreur s’édifie progressivement une société laïcisée, régie par le Droit. En comparant Mac Carthy à ces inquisiteurs d’un autre temps, Arthur Miller le présente comme condamné par l’Histoire, voué à disparaitre dans la préhistoire de la société américaine.

L’une des forces de la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota est de parvenir à lier entre eux le cadre des années 1950 à une esthétique qui fait la part belle à l’onirisme induit par la représentation de la magie. La représentation des années 1950 passe essentiellement par le costume, plus précisément les vêtements des hommes, et le mobilier de la maison des Proctor. Les femmes, en revanche, sont revêtues pour la plupart d’entre elles de légères robes blanches atemporelles, qui les extraient de toute contextualisation.

Les costumes sont en effet d’importants éléments de mise en scène : ils opposent les hommes aux femmes, mais aussi différents moments de la vie des accusatrices, qui troquent bientôt leurs jolies tenues blanches évasées pour de sombres robes droites à collet monté. Une façon, bien entendu, de convaincre leurs interlocuteurs de leur moralité.

C’est toutefois dans les jeux de lumière (saluons le travail de Christophe Lemaire et Yves Collet) que les oppositions chromatiques sont les plus manifestes : un plateau et une salle dans l’ensemble très sombres, desquels se détachent des visages à la blancheur de craie ; des lumières latérales vertes que viennent rencontrer des douches roses. Un jeu sur les contraires et la complémentarité des couleurs qui, outre leur charge symbolique, plonge avec brio le spectateur dans un lieu incertain, étrange, à l’atmosphère qui se prête volontiers au sabbat de sorcières.

Ce travail sur l’étrangeté, toutefois, bien qu’efficace, est parfois excessif : des visages et des lunes se détachent parfois au-dessus du décor, pour bien marquer que nous sommes dans un autre monde. Surtout, le jeu des comédiennes – et il ne peut s’agir que d’un choix de direction d’acteurs – est par trop affecté, déréalisé, qu’il s’agisse de ces voix d’outre-tombe ou des éléments chorégraphiques qui ouvrent la pièce.

Visuel : Jean-Louis Fernandez

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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