Théâtre

Des Sorcières de Salem sombres et autoritaires par Demarcy-Motta au Théâtre de La Ville

Des Sorcières de Salem sombres et autoritaires par Demarcy-Motta au Théâtre de La Ville

31 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 19 avril, Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville s’attaque au Nouveau Monde et donne sa vision de la pièce culte d’Arthur Miller (1953) sur le exécutions pour sorcellerie dans le Massachusetts de 1692. En son fief à l’Espace Pierre Cardin (du Théâtre de la Ville en travaux), il sort la pièce du Maccarthysme avec lequel elle a tant résonné pour un faire un miroir de l’Amérique puritaine.

 

Dans la communauté puritaine du Salem du 17e siècle, au cœur d’une population de colons en guerre permanente avec les natifs, le révérend Parris (Gérald Maillet) trouve sa fille de dix ans inanimée. La veille, il l’a vue avec d’autres jeunes-femmes danser nue. Il a peur d’être pris en défaut et interroge la chef de ce groupe qu’il va voir, Abigail (Elodie Bouchez). Dans un climat de suspicion en sorcellerie, il fait appel à un spécialiste en démons et sorcières : le révérend John Hale (Philippe Demarle). Les filles poursuivent ce qui ressemble plus à l’hystérie que de la sorcellerie. Le fermier John Proctor (Serge Maggiani) les confronte. Il apparaît que Abigail a été sa servante et a eu une liaison avec lui quand sa femme (Sarah Karbasnikoff) a été malade. Leur nouvelle employée Mary Warren (Grace Seri) a confirmé qu’il y a eu sorcellerie et veut se rétracter, en vain : Après cela, la machine de l’enquête religieuse se met en route et il n’est plus possible de revenir en arrière… Dire ou se dédire, c’est tout autant que faire, et le péché est là…

Choisissant une atmosphère très sombre qu’éclaire parfois le rais de lumière d’un espace scénique qui s’agrandit, Emmanuel Demarcy-Motta propose une version élégamment scénographiée (avec Yves Collet) de la pièce mythique de Miller. Il y a un peu de Colonie pénitentiaire dans ces Sorcières de Salem sorties de leur Maccarthysme inaugural et quelque chose de fort qui se dit du rapport des Etats-Unis à la parole et à la transparence. Mettre l’élégance et le propos de la pièce en rapport avec la Démocratie en Amérique de Castelucci, donnée au Théâtre de la Ville il y a deux ans est assez intéressant dans l’image d’une Amérique aux prises avec des natifs, tétanisée et hystérique.

Les acteurs, eux, nombreux sur le plateau,  suivent cette idée de destin qui s’emballe, certains avec grâce (Elodie Bouchez), d’autres avec sensualité (Grace Seri) ou raideur puritaine (Sarah Karbasnikoff) et Serge Maggiani avec grandeur. Mais leur texte semble parfois presque trop lourd à porter, comme une relique ancienne et cette vision de la pièce n’éclaire pas tout à fait toutes les relations et tous les dialogues. On sort du spectacle avec de belles images et un petit peu frustré soit d’avoir suivi une pièce datée, soit, d’être peut-être passé à côté d’une partie de l’oeuvre.

Les sorcières de Salem, d’Arthur Miller, mise en scène : Emmanuel Demarcy-Mota, durée: 2H.

visuel: (c) Jean-Louis Fernandez

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