Théâtre

La poésie au bout du fil en temps de confinement

La poésie au bout du fil en temps de confinement

09 mai 2020 | PAR Anne Verdaguer

Pendant toute la période du confinement, le Théâtre de la Ville et le Théâtre de la Colline ont proposé des consultations téléphoniques lors desquelles des comédiens ont lu des textes pour un public privé de représentations. Entre intimité et confidences partagées, la magie opère.

Le rendez-vous était pris entre 17h et 18h. J’avais pour consigne de répondre à un numéro masqué. L’idée même de cet appel anonyme au bout duquel un inconnu me lirait un poème mystérieux était incroyablement romanesque et même romantique, comme quand on attend le coup de fil d’un être aimé. 

C’est une voix féminine (Anne Rotger, de la troupe de Jöel Pommerat, je le saurai plus tard) qui est à l’autre bout du fil. Pour préambule, deux questions : Où êtes vous? Et comment vivez-vous ce confinement? Immédiatement à l’aise dans cette conversation où tout reste anonyme, et grisée par cette opportunité d’un échange sans filet, je me livre à une série de confidences, ignorant tout du poème qu’elle allait me lire… Le voyage commence, il peut prendre de multiples chemins. Vient alors le moment où elle donne son interprétation de mon humeur et de notre échange. Sa prescription qu’elle chuchote dans un souffle prend la forme de deux magnifiques poèmes : « Tu es plus belle que le ciel et la mer »  de Blaise Cendrars et un quatrain de François Cheng 

Ne quémande rien. N’attends pas

D’être un jour payé de retour.

Ce que tu donnes trace une voie

Menant plus loin que tes pas.

Plus de 100 poèmes par jour lus en plusieurs langues, c’est le défi relevé par les comédiens du Théâtre de la Ville sous la direction d’Emmanuel Demarcy-Motta pendant ces 8 semaines de confinement. S’y sont ajoutés des consultations scientifiques, autour de 6 thèmes, proposés par 8 personnalités.

Menée en parallèle, l’initiative « au creux de l’oreille » du Théâtre de la Colline a elle aussi mobilisé des centaines de comédiens, metteurs en scènes et amis du théâtre. Son directeur, Wajdi Mouawad, qui a tenu son journal de confinement  en explique la genèse : « Ce qui m’importait le plus, c’était la présence et surtout l’unique. Parce que c’est ça qui détermine le théâtre, et c’est là où le théâtre est le plus puissant, c’est dans le rapport à l’adresse, c’est dans le fait que je vous parle vraiment, vous êtes vivant, je suis vivant et nous nous parlons aujourd’hui ».

Pour ces artistes, confinés eux aussi, et dans l’incertitude de ne pas savoir quand ils pourront remonter sur scène, c’est aussi l’occasion de continuer à nous donner leur vision du monde, et de nous délivrer leur message pour le monde de demain.

Pour lire notre chronique d’une autre consultation téléphonique poétique et confinée, c’est ici. 

Les consultations poétiques et scientifiques du Théâtre de la ville jusqu’au 30 mai, pour tout public  

Au creux de l’oreille, du Théâtre de la colline  jusqu’au 7 Mai,  

Le Journal de confinement de Wajdi Mouawad. 

Visuel : Théâtre de la ville

 

 

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