Actu
« The Eddy », la série forcément jazzy de Damien Chazelle est arrivée sur Netflix

« The Eddy », la série forcément jazzy de Damien Chazelle est arrivée sur Netflix

09 mai 2020 | PAR Yaël Hirsch

Dans les 8 épisodes de cette série au casting international qu’il situe à Paris, Damien Chazelle, le réalisateur de La La land et de Whiplash propose, depuis le 8 mai, sur Netflix, une série un peu thriller et nécessairement très musicale. Mouvementé, mais pas toujours haletant.

The Eddy, c’est le nom du club de jazz parisien, un peu underground dans sa fréquentation, mais très rétro dans sa programmation autour d’un unique groupe qui cherche à percer. Le grand jazzman américain Elliot (André Holland) et le malin français Farid (Tahar Ramim) se sont associés pour faire sortir de terre ce lieu où ils ont mis leurs dernières économies. Marié (à la ville et à la scène) avec Amira – la belle Leila Bekhti – et père de deux enfants, Farid est un peu trop magouilleur. Ayant fui New-York après le décès de son fils et un divorce sanglant avec sa femme, Elliot vient de quitter la chanteuse du club (Joanna Kulig révélée par Pavel Pawlikowski dans Cold War) et attend de pied, pas si ferme que cela, sa frondeuse de fille, ado clarinettiste en révolte (la radieuse Amandla Stenberg). Surtout, ce dernier essaie d’impulser de la qualité au club, sans que la sécurité financière et physique soit présente.

Articulé autour du Jazz de Glen Ballard qui a passé commande de la série avec le producteur Alan Poul à Chazelle, le scénario signé Jack Thorne approfondit surtout la psychologie du héros. Et un Paris touchant qui oscille entre un rétro impulsé par la musique et un ancrage plus underground et social : il y a le lieu du club et les essais métissés qui ont lieu dans le garage du plus jeune héros, où rap, jazz et voix orientale de la grand-mère se mélangent… Un Américain à Paris rencontre Les Misérables ou Divine dans cette série, de la même manière que la brusque noirceur du meurtre originel jure avec les longues plages de jazz lancinantes.

Avec un premier épisode programmatique filmé, en 360 degrés extatiques et en mouvement, par Chazelle lui-même, la série passe le relai à d’autres réalisateurs (Houda Benjamina ou Alan Poul). The Eddy est un objet intéressant mais qui perd un peu le spectateur dans les accélérés et les ralentis de son rythme. Les personnages, très joliment incarnés par un casting international branché et malin (du côté français, arrivée de Alice Isaaz, apparitions de Benjamin Biolay et aussi de Tchéky Karyo …) permettent de tenir le rythme et le fil, dans un ensemble complexe où Damien Chazelle renoue avec l’impossible exigence de Whiplash, par delà les nostalgies maitrisées et oscarisées de La La Land.

The Eddy, de Damien Chazelle, avec André Holland, Tahar Ramim, Leila Bekhti, Amandla Stenberg, 8×50 minutes, 2020, en ligne depuis le 8 mai sur Netflix.
visuel : (c) Netflix

La poésie au bout du fil en temps de confinement
Ces musiciens qui se filment dans leur confinement (53)
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *