Théâtre
Racine carrée du verbe être, de Wajdi Mouawad

Racine carrée du verbe être, de Wajdi Mouawad

22 octobre 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Jusqu’au 30 décembre 2022 au Grand Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad nous présente Racine carrée du verbe être. Une pièce métaphysique intense qui explore les possibles de l’existence et mesure l’impact de nos choix. En trois tableaux d’une heure quarante chacun, plongez dans l’histoire fascinante de Talyani Waqar Malik. Vertigineux, puissant, brillant.

Et si ?

« Rien n’est écrit ni rien ne s’écrit et nous vivons ballottés par le vent des probabilités. »

Dramaturge surdoué multi-récompensé, metteur en scène hors norme, comédien, plasticien, le Directeur du Théâtre National de la Colline né au Liban en 1968, a dû s’exiler en France à dix ans pour fuir la guerre. S’inspirant de son histoire personnelle, exprimant au cœur du récit le double trauma de la guerre et de l’exil, Wajdi Mouawad revient cette fois sur les planches avec une création originale dans laquelle il imagine les vies possibles de Talyani Waqar Malik (Jérôme Kircher et Wajdi Mouawad).

Août 1978. Talyani a dix ans alors que la situation est de plus en plus instable à Beyrouth. Que faire ? Rester ? Quitter le pays ? Pour aller où ? En France ? En Italie ? Ailleurs ? 

Cinq destins, cinq villes, cinq équations. Nous suivons sur une semaine l’évolution d’un personnage complexe, dont les actions vont déterminer l’existence. En examinant le lien de causalité entre les choix et les conséquences qui en découlent, l’auteur nous propulse dans une arborescence de possibles.

Beaucoup plus que du théâtre

Wajdi Mouawad est au théâtre ce que Christopher Nolan est au cinéma : leurs œuvres aux intrigues labyrinthiques sont parsemées de mises en abyme, d’uchronies, de récursivités, de mathématiques. Ils aiment brouiller les frontières, manipuler le temps, expérimenter de nouvelles structures narratives afin de surprendre le spectateur, de l’embarquer dans un univers riche et dense, à l’esthétique recherchée. 

Dans une mise en scène spectaculaire, Wajdi Mouawad nous offre ici beaucoup plus que du théâtre. Sur scène ils sont quinze et font vivre les personnages dans un décor polymorphe avec projections vidéos et illustrations musicales percutantes. Les comédiens sont tous excellents et participent à une œuvre magistrale qui ne laissera personne indemne.

Chet Kircher

Mention spéciale pour Jérôme Kircher, dont le spectre de jeu semble s’élargir en permanence. Au-delà d’une interprétation remarquable, il s’empare avec brio des émotions les plus violentes, les plus âpres, les plus rêches de ses personnages et les restitue avec une vérité brute glaçante. Quand le public s’indigne ou réagit face aux paroles abjectes et irrévérencieuses proférées, le comédien jubile et surenchérit avec délectation. Il repousse toujours plus loin les limites du jeu théâtral. En bonus ? Sa ressemblance sur scène avec l’auteur est hallucinante et il joue (vraiment) de la trompette !

Une expérience unique

Preparez-vous à vivre une expérience forte. Préparez-vous à être bousculés dans une nouvelle dimension, où vous verrez se déployer un monde de possibles, à partir d’un événement tragique d’une violence inouïe, qui fera bifurquer à tout jamais la trajectoire d’un jeune garçon, marqué au fer rouge par le déracinement de son pays.

Aller voir une pièce de Wajdi Mouawad n’est pas un acte anodin. En poussant la porte de son théâtre, vous vous confrontez à une nouvelle lecture du monde, enrichie de physique quantique, de questionnements métaphysiques et philosophiques. Vous changez de prisme et vous êtes littéralement transpercés par une histoire qui ne s’arrête pas à la fin de la représentation.

Et si le monde n’était qu’une illusion ?  

Visuel : (c) Simon Gosselin 

Racine carrée du verbe être 

Texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

Avec Maïté Bufala, Madalina Constantin, Jade Fortineau, Jérémie Galiana, Delphine Gilquin, Julie Julien, Jérôme Kircher, Norah Krief, Maxime Le Gac Olanié, Wajdi Mouawad, Merwane Tajouiti, Richard Thériault, Anna Sanchez, Raphaël Weinstock

Enfants en alternance : Adam Boukhadda, Colin Jolivet, Meaulnes Lacoste, Théodore Levesque, Balthazar Mas-Baglione, Ulysse Mouawad, Adrien Raynal, Noham Touhtouh

Au théâtre de la Colline 

Durée : environ 6h avec entractes 

Spectacle à voir en intégrale ou en 2 soirées 

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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