Cinema
Arras film festival jour 1 : un début de festival entre fantaisie et réalisme

Arras film festival jour 1 : un début de festival entre fantaisie et réalisme

06 novembre 2022 | PAR Julia Wahl

C’est à une réelle alliance des contraires que s’est essayée cette première journée complète au Arras film festival, entre des films empreints de fantaisie et d’autres au réalisme social assumé.

Une francophonie de fantaisie

Commençons par la légèreté : les films francophones de la journée se distinguent par la place qu’ils accordent à l’imaginaire, seule façon de conjurer un réel trop éprouvant. Ainsi en est-il de Ailleurs si j’y suis, du réalisateur belge François Pirot. Nous y suivons un Jérémie Renier qui, dépassé par une entreprise au bord de la faillite et un couple qui bat de l’aile, suit un jour la croupe ondulante d’un cerf qui le mène au bord d’un lac où le temps semble arrêté. L’eau turquoise devient alors un havre paradoxal pour cet anti-héros épuisé, dont le visage laisse peu à peu la place à la sérénité.

Côté français, Noémie Lvovsky adapte La Grande Magie, de la pièce de théâtre éponyme de l’auteur italien Eduardo De Filippo : jaloux compulsif, Denis Podalydès entre en dépression après le départ soudain de son épouse lors d’un spectacle de magie. Le forain, un rien filou, tente de le convaincre que, le temps n’étant qu’une illusion, sa femme va, d’une minute à l’autre, réapparaitre : c’est simplement le spectacle qui dure. Outre la fantaisie de la réalisatrice et de ses interprètes, le film nous propose une réflexion sur le réel et le merveilleux. Signe des temps et de notre besoin viscéral d’un ailleurs, la pièce de Eduardo De Filippo sera mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota au Théâtre de la Ville en décembre.

Réalisme et question de genre

Tournons-nous à présent vers le réel, il est vrai parfois un peu sombre. Le réalisateur chilien Fernando Guzzoni retrace pour nous dans Blanquita un scandale sexuel qui éclaboussa des politiques et hommes d’affaires chiliens impliqués dans des viols d’enfants. Une horreur qui serait restée impunie sans la pugnacité d’un prêtre et d’une jeune femme, Blanquita, qui prend sur elle de les dénoncer, quitte à prétendre, au mépris  de la réalité, les avoir elle-même subis. Rapidement prise dans un engrenage de mensonges, elle interroge la hiérarchie des crimes : ses mensonges sont-ils réellement plus graves que les viols subis durant des mois par ces enfants ?

C’est un autre très beau personnage féminin que nous brosse Les Tournesols sauvages, du réalisateur espagnol Jaime Rosales. Tiraillée entre sa soif de liberté et son besoin de plaire aux hommes, Julia (Anna Castillo) enchaine les histoires compliquées. Elle fait toutefois montre d’une force sans faille, qui lui permet à chaque fois de rebondir. Comme pour le personnage de Blanquita, joué par Laura Lopez Campbell, le jeu de l’actrice principale est un élément essentiel du film.

Terminons par le très beau Joyland, qui nous emmène dans le patriarcat du Pakistan contemporain. La famille de Haider vit entièrement régie par le père, qui décide des mariages comme des professions. Tout bascule quand Haider trouve un emploi dans une troupe de cabaret et tombe amoureux de la vedette, une femme trans. Mais cette histoire d’amour ne peut finir que tragiquement, tant est lourd le poids du patriarche. La clôture des mentalités est marquée par les nombreuses scènes d’intérieur, où les murs semblent omniprésents et les fenêtres closes sur d’autres murs. Les couleurs franches et les lumières qui dansent accompagnent toutefois cette découverte de la sensualité. Les personnages y sont riches et complexes tandis que la photographie et le cadrage participent de cette tentative d’émancipation.

Visuel : Joyland

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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