Théâtre
[Avignon Off] « Finir en beauté » Mohamed El Khatib partage le deuil

[Avignon Off] « Finir en beauté » Mohamed El Khatib partage le deuil

07 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire un spectacle non pas sur la mort de sa mère mais sur tout le reste : l’annonce, l’entrée dans le deuil, l’extraction des affligés du cœur du monde de ceux qui vivent. C’est l’entreprise autobiographique de Mohamed El Khatib, et c’est un coup de poing libérateur.

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« Le deuil étire ». Le 20 février 2012  le jeune homme de 32 ans perd sa mère qui souffrait depuis plus de dix ans d’un cancer du foie. Pendant les nombreux aller-retour qu’elle a effectué à l’hôpital, lui, camera à la main filme les paroles des médecins et de la patiente. Premier effet ; on se marre et on ne va pas arrêter. Car ce que le metteur en scène nous délivre c’est que la mort est une folie pure qui rend les humains déments.

Sur scène, un écran de télévision et des petits objets posés sur une caisse de technicien. Il est vêtu d’une tenue de ville et va nous raconter dans un geste qui est à la fois une thérapie et un exutoire son expérience du deuil. Best of des condoléances les plus absurdes ( « Une mère ça ne meurt jamais »), fous rires et crises de larmes pour « rien » alors qu’en fait l’humain se niche dans les pacotilles du quotidien. Et on le voit bien oui, on le comprend, on aurait pleuré nous aussi complètement incapables à retrouver son geste à elle, furieux contre nous même devant ces « petitsbolsàsoupe » devenant un mot valise et  se tirant la malle. Disparaissant. Comme elle.
On repense avec « Finir en beauté » au travail que Sophie Calle avait présenté en 2012 à Avignon. Une chapelle entière à la mémoire de sa mère. Là aussi, le partage d’une expérience intime devenait universelle.
Ce que Mohamed El Khatib ose faire est à la fois radical et courageux. On le taxera surement de voyeur, ce serait une erreur. Il ose dire ce que seuls ceux qui ont traversé « ça » savent. Il ose rire et montrer que le deuil est une force.
Lui est artiste associé au CDN d’Orléans et manie à la perfection le trouble qu’apporte la fusion du théâtre documentaire et de la fiction. Il joue sa vie dans une distance parfaite, permettant au spectateur d’entrer dans sa famille.

Percutant.

Visuel : © DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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