Arts

Sophie Calle, maman in memoriam

Sophie Calle, maman in memoriam

07 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sophie Calle est artiste plasticienne, photographe et réalisatrice, elle est surtout écorchée vive. De ses douleurs elle crée des œuvres. La rupture, la cécité ont été des sujets moteurs. Au festival d’Avignon, elle envahit l’église des Célestins de sa peine, celle de la perte de sa mère, Monique, en 2006. Sublime.

« Je pense à ma mère. Est ce que ma mère était une bonne mère ? Je parle déjà d’elle à l’imparfait. Elle a un cancer du sein. Trois mois, d’après les médecins. Ma mère qui ne peut guérir. La chose est entendue. Même à Lourdes »

La maman de Sophie était une joyeuse vivante, sur sa tombe est gravé « je m’ennuie déjà », comme quoi elle ne manquait pas d’humour. Sa fille a transformé sa mort en acte culturel en mettant à son chevet une caméra afin de ne pas rater son dernier souffle. Pendant ses absences auprès d’elle, Sophie Calle a voyagé et créé. On suit le parcours de la fille alors que la mère agonise. Trois mois sans retour possible. Sophie Calle consulte une voyante dont elle fait le récit sur les murs de la chapelle utilisée comme jamais. Chaque recoin, chaque niche de lumière est intégré au récit.

L’église est pleine de photos, de vidéos, d’objets personnels et de textes courts. L’exposition est titrée Rachel, Monique, en référence à celle qui s’appela « Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler ».  Ses noms sont déjà un  pan de son histoire. Par cette installation, Sophie Calle nous transmet ce lien universel et pourtant propre à chacun qu’est la perte d’un parent.

Car, il faut parler de récit, ou du moins de fil conducteur. On suit l’histoire qui commence avec les noms de celle qui en avait tant avant de lire les carnets de route « imposés » par la voyante qui l’amèneront à Lourdes à la rencontre de folles visions, coup de cœur pour le bureau médical des guérisons !  On entre ensuite dans les journaux intimes de Monique Sindler, son dernier nom. On la rencontre, en vidéo, masque mortuaire déjà là, mais vivante encore, en photo, belle nana, qui en 1949 se pavanait devant le Louvre sous l’objectif d’un jeune homme américain.  Au centre de la nef, des photos de pierres tombales s’étalent sous verre, et, tout à l’extrémité, on découvre un second enterrement, folklorique, tendre et douloureux. Dans une démarche nécessaire de poursuite des rêves, Sophie Calle raconte sur la pierre sculptée : « J’ai enterré les bijoux et le portrait de ma mère sur le rivage du glacier du nord. (…)Ma mère avait toujours projeté d’aller un jour au Pôle Nord . Elle est morte il y a deux ans sans accomplir ce rêve. Pour le garder intact peut être invitée à naviguer dans l’Antarctique, j’ai accepté pour elle. Pour l’emmener. Dans la valise : son portrait. Son collier Chanel et son diamant. »

La scénographie fait monter en chacun l’attention et la tension nécessaires à prendre la peine sur soi.  Cette exposition est un miracle, et ce lieu s’emplit comme un cimetière où l’on vient se recueillir et retrouver la paix. Sophie Calle montre l’importance de garder la mémoire de ses disparus intacte. Elle lira les carnets de sa maman à son rythme pendant toute la durée du festival.

L’église des Célestins, lieu magique d’Avignon, détruit, à l’âme lourde est un écrin parfait pour lui rendre hommage.

 

Visuel : © ADAGP 2012

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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