Arts
75070 à la Yellow-Cube Gallery

75070 à la Yellow-Cube Gallery

05 octobre 2022 | PAR Noemie Wuchsa

A la Yellow Cube Gallery se tient l’exposition éphémère “PariSéoul – Deux deux” du collectif 75070 (Emmanuel Mousset et Woorim Moon). Le finissage de l’exposition aura lieu ce vendredi 7 octobre à 19h. Une peinture à quatre mains, un dialogue à deux voix, pour former un monde individuel à ciel ouvert, à même la rue. 

La street comme prétexte

NW : Comment est né votre collectif ?

EM : On s’est rencontré en première année aux Beaux-Arts de Caen, mais on a réellement commencé notre collaboration en troisième année. On a même passé notre diplôme de Master en tant que duo, puis ce travail à quatre mains a continué. 

WM : Pour être honnête, j’ai réfléchi quelques jours avant de lui proposer un duo avec moi. On dessinait toujours ensemble, la question se posait. Quand je lui ai proposé, il a dit oui. Déjà, Emane ne dit jamais non (Rires). C’était une époque où les collaborations foisonnaient et se rendaient visibles sur les réseaux sociaux. Pourquoi un duo avec lui en particulier ? Car je voyais des limites dans mes travaux personnels, qu’il n’y aurait pas tant de développement qu’à plusieurs mains. J’avais besoin de quelqu’un qui pouvait m’aider à côté, pour partager la création avec un autre vécu. 

EM : On fait la même peinture, on regarde les mêmes choses. Cette collaboration va de soi pour moi. 

WM : Le 5 décembre 2015. Je m’en souviens : j’ai publié notre premier article sur Facebook. Ça fait déjà 7 ans ! 

 

NW : Quelles sont vos influences, les mouvements, des artistes que vous aimez et/ou qui vous ont inspiré ? 

WM : Concrètement, il y a plusieurs artistes qui inspirent nos travaux : Baselitz, Lüpertz, et Miquel Barceló, le plus contemporain de ces trois grands maîtres. On est aussi beaucoup influencé par des artistes de bande-dessinée comme Quentin Blake (l’illustrateur de Roald Dahl). 

EM : On est dans de la peinture figurative. Pour être plus précis, ce qui touche à l’expressionnisme et au fauvisme. On pense d’office à la période figurative de Picasso, jusqu’aux peintres expressionnistes allemands (des années 50’ à 70’). Il y a une brutalité, une violence qui se transmet dans leurs gestes, avec de grandes traces de pinceaux et des couleurs vives. Notre peinture, c’est presque quelque chose de l’ordre du graffiti, du tag

“À l’autre bout du monde, on perçoit la même réalité”

Quels sont les sujets principaux dans vos tableaux ? 

WM : Évidemment, il n’y a jamais de sujets très précis, fixés. Ça change en permanence. Mais en général, c’est tout ce qui englobe la street : ce que l’on voit, ce que l’on consomme, ce que l’on mange, les personnes devant le métro, les vendeurs à la sauvette, les toxicomanes, les vendeurs de maïs. Il y a dans nos travaux une forme de marginalité. 

EM : Étant donné qu’on peint ce que l’on voit, ce qui nous touche, les sujets finaux sont nos amis, la rue, les quartiers nords de Paris, les marchands et les gens plus ou moins louches. 

WM : Dans nos deux histoires personnelles, on a en nous un aspect “géographique” de marginalité. Notre lieu de naissance et de vie se situe en périphérie, en marge d’une capitale : Eman vient du Nord de Paris, et moi du Nord de Séoul. Dès ma naissance, j’ai plongé dans cette multiculturalité, ce cosmopolitisme, mais j’ai aussi été témoin de discriminations. Même si l’on est tous les deux à l’autre bout du monde, on voit qu’à travers nos échanges, on perçoit la même réalité, ou du moins, des points très similaires. À l’aide de ça, on arrive à créer. 

EM : La plupart du temps, les figures humaines dans nos tableaux montrent l’anonymat, les passants, les gens qui travaillent dehors, les marginaux, au sens où ils ne sont pas forcément présentés dans l’art, si ce n’est dans la photographie, je trouve. 

WM : Mais souvent, le monde de la rue est dépeint comme quelque chose de négatif, de triste, de déprimant. Ce n’est pas le cas dans nos travaux : l’on rend ça plus joyeux, léger, enfantin. 

EM : Oui, disons que l’on tente de contrebalancer, parce que ces histoires ne sont biensûr pas toujours joyeuses…  Nous souhaitons simplement fixer, représenter ces silhouettes, mais comme tu dis, pas de manière dramatique pour autant. En parallèle, on explore le champ de l’ironie – Moon montre un tableau de dinosaure vert sur fond rose -, comme cette chose, par exemple. Dans notre expo temporaire, on touche vraiment plus au monde du sport, des catcheurs, des footballeurs. C’est notre passion commune, qui reste un prétexte pour tenter des formes. En peinture, il faut trouver des prétextes. 

WM : Avant d’être artistes, nous sommes deux hommes du quotidien. Puisque l’on n’a pas énormément d’argent, l’on va naturellement dans les kebabs. C’est là-bas que l’on croise ces fameuses télés d’écran plats qui diffusent l’actualité, le quotidien sportif. À partir de cela, nous espérons diffuser l’authenticité des choses. 

NW : La question du support est présente dans vos travaux, par leur grande diversité (toiles, bois, ou objets en tout genre)… 

EM : Totalement. À l’exposition, en ce moment, les principales peintures sont sur toile. Mais l’on aime beaucoup varier : le pinceau peut passer sur du papier, du bois, du béton … On ne se cantonne pas à un matériel. C’est chouette de découvrir de nouveaux supports, notamment ceux déjà salis. On récupère des objets dans la rue; c’est plus simple pour nous que de commencer sur une page complètement blanche. C’est plus vivant. 

WM : La diversité du support montre encore une fois que rien n’est défini par avance dans notre art commun. Si l’on voit une belle affiche de mode jetée dehors, rien ne nous empêche de la récupérer, tout comme un bout de bois à côté d’une rivière. 

EM : L’aspect économique rentre aussi en jeu. Les toiles vierges sont assez chères. 

WM : Ce qui compte n’est pas la qualité du support mais ce qu’il nous inspire pour le colorer, le façonner progressivement. 

EM : En plus, ça se rapporte directement avec les thèmes de la rue qu’on évoque dans nos peintures. Le support raconte une histoire improvisée. 

WM : Il y a énormément d’improvisations, de hasards. Ces situations imprévues nous emmènent vers une création infinie. 

Visuels : © Emmanuel Mousset

« L’Annonce faite à Marie » par Philippe Leroux et Célie Pauthe, aux fondations de la cathédrale
Tribute Concert for Lars Vogt
Noemie Wuchsa

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration